L’ENFER DES ZOMBIES

En 1978, George Romero ne s’est pas seulement contenté de vendre par paquets de dix du zomblard de grande surface. Via son Dawn of the dead, le barbu a juste réalisé l’un des plus grands chefs-d’oeuvre du cinéma d’épouvante et, accessoirement, balancé un méga pavé dans la mare d’une société de consommation qui sentait déjà bien plus la merde que les cadavres déambulants sur le parking de son centre commercial. Devant ce succès critique et mondialement reconnu, Zombie va vite devenir la tendance sur laquelle il va falloir surfer du côté de la Botte. Et par un étrange coup du sort, le producteur Fabrizio De Angelis va trouver en Lucio Fulci l’homme providentiel pour donner forme au cauchemar à venir…

Sans nouvelles de son père parti faire des recherches scientifiques sur une île au large des Antilles, Anne va être contactée par la police ayant retrouvé une lettre de ce dernier sur un voilier abandonné naviguant dans le port de New York. Bien décidée à retrouver la trace de son daron, c’est accompagnée par un journaliste venu enquêter sur l’agression de deux membres des forces de l’ordre sur le bateau fantôme, que la belle va mettre les voiles en direction de Matoul, le petit paradis terrestre perdu au milieu de l’océan d’où semble provenir l’inquiétante missive…

Y doivent vraiment crever la dalle ces morts-vivants!

Peu de temps après la sortie du film de Georgy en Europe, De Angelis va contacter le grand Dardano Saccheti afin qu’il écrive un scénario profitant de l’impact de celui-ci. Sous contrat avec le nabab Dino de Laurentis, Saccheti ne pourra être crédité au générique, où apparaîtra à sa place le nom de sa moitié avec qui il a coécrit l’histoire : Elisa Briganti. Décidant de s’éloigner assez radicalement du fond et de l’intrigue du méfait résultant de la collaboration entre Argento et Romero, le mec qui aura fait couler le sang plus que de raison dans un nombre hallucinant de récits destinés au bis transalpin, va volontairement mettre en avant la partie originelle du mythe, et puiser son inspiration du côté de péloches telles que le Vaudou de Jacques Tourneur. Pas bête niveau démarcation. Reste néanmoins à trouver le bon metteur en scène…

En premier lieu, Fabrizio De Angelis va jeter son dévolu sur Enzo Castellari, talentueux cinéaste parvenant à sublimer bien des choses avec très peu de moyens. Mais l’excellent réalisateur de Keoma ne va guère être transcendé par le sujet, bien trop semble-t-il éloigné de ses prédispositions artistiques pas véritablement portées sur le genre horrifique. Étonnant, lorsque l’on sait que peu de temps après l’Enzo s’en ira filmer une tête de requin en plastoque bouffeur d’hélicoptère. Quelques échos laissèrent entendre aussi que le salaire proposé n’était pas vraiment de l’ordre de ce que Castellari avait escompté. Mais ça, c’est un secret que le Fabrizio emportera sûrement avec lui dans sa tombe… Pas trop chaud donc pour aller casser de la barbaque en décomposition, Enzo Castellari va tout de même susurrer à l’oreille de la production le nom de Fulci, qui de prime, avait déjà collaboré avec Saccheti pour les besoins de L’emmurée vivante. Suite au visionnage de ladite bobine, De Angelis va embaucher dans la foulée le père Lucio. Choix déterminant s’il en est car désormais, les vivants n’ont qu’a bien se tenir, les morts arrivent…

Chez les zombies, le vegan on ne connait pas!

Coup d’envoi pour Lucio Fulci de ce que l’on a coutume d’appeler sa funeste tétralogie. Bien loin encore d’aller chercher la poésie macabre d’un Frayeurs ou de L’au-delà, avec L’enfer des zombies le romain va pourtant offrir à ses spectateurs une petite leçon de mise en scène. Malgré un scénar tout ce qu’il y a de plus basique, et qui finalement sied à merveille aux images qui vont être portées à l’écran, Fulci va multiplier les plans somptueux alternants décors paradisiaques et horreur des plus viscérales. En témoigne deux séquences très significatives montrant le petit village délabré se situant à proximité de l’hôpital insulaire. Dans la première, seul le vent hante les rues désertes balayées par le sable même si, on sent clairement que ce calme apparent cache une abomination à venir. Un peu plus tard, nous sommes face à ce même endroit, mais cette fois-ci la donne a considérablement changée. Si le silence est d’or là où règne la mort, le hameau est désormais traversé par une meute de zombies faisant route vers le bastion dans lequel se cachent le docteur Ménard et ses hôtes. Silencieusement, insidieusement, les goules semblent toutes se diriger instinctivement vers leur seul et unique objectif : boulotter la chair encore fraîche se trouvant toujours sur place. Une transition redoutable.

De façon parfois plus légère, Fulci va appliquer consciencieusement une approche de la dégradation des éléments tout au long de cette apocalyptique aventure. Le passage dans lequel la délicieuse Auretta Gay s’en ira faire quelques photos sous marines est, lui aussi, un bel exemple. La caméra du vieux Lucio lèche la plastique parfaite de la sculpturale interprète de Susan, insistant longuement sur les courbes affriolantes de la plongeuse, avant de l’envoyer faire une séance mouvementée de danse avec les squales pour l’un des actes de bravoure comptant parmi les plus mémorables de la série B. Et je ne parle même pas du cas d’Olga Karlatos, qui au sortir d’une douche durant laquelle on passe en mode voyeur, terminera avec une vilaine écharde dans l’œil. Filmer l’Eden suffoquant sous le souffle brûlant des enfers, un art que Fulci maîtrise à la perfection.

La jolie Auretta Gay. Plus très Gay pour le coup…

Parfaitement servi par le score envoûtant de Fabio Frizzi, lequel est toujours déclenché lors de moments particulièrement bien choisis, Fulci va considérablement accentuer l’aspect inquiétant qui émane de son Zombi 2 en jouant, notamment, sur les effets sonores. Les tambours, dont la provenance est vaguement évoquée, demeurent une menace constante et invisible pour les protagonistes essayant d’échapper aux hordes de la putréfaction. De même que les gémissements des non-morts qui, avant de passer à l’attaque, semblent émettre une lourde complainte s’apparentant à une respiration difficile qu’ils ont perdu à jamais. Sublimé par les effets spéciaux de Gianetto de Rossi, où chaque morsure est une ode à l’arrachage de latex sanguinolent, Fulci va aussi pouvoir compter sur un casting très qualitatif et parfaitement rôdé aux affres du cinéma bis. Ian Mc Culloch, vu chez Luigi Cozzi via son Contamination et que l’on retrouvera dans l’amusant La terreur des zombies, qui ponctionne d’ailleurs un certain nombre de plans sur la pellicule du Lucio. L’inexpressive (comme sa sœur en fait) Tisa Farrow, Anthropophagous quand même, et l’excellent Richard Johnson (Le démon aux tripes, et une filmo tellement riche qu’il faudrait un dossier entier pour en parler), viennent ajouter une plus-value indéniable à une œuvre déjà bourrée de qualité.

Sorti il y a peu chez Artus dans une très chouette édition, sur laquelle je ne polémiquerais pas, d’autres personnes dotées d’une intelligence supérieure à la mienne l’ont fait à ma place. Si ce n’est que pour ma part, les disques, que j’ai délicatement extraits avec un pied-de-biche après avoir maintenu fermement mon digipack dans un étau, ne comportaient absolument aucune rayure, ce bijou qu’est L’enfer des zombies possède désormais en terre gauloise un écrin à la hauteur de son extraordinaire potentiel. L’image sur le Blu-ray est somptueuse, et le tout est accompagné d’un joli livret en parfait complément de l’expérience Fulcienne proposée. Ah si quand même, faites chier les gars, en plus de la version anglaise, il manque les sous-titres moldaves… C’est con…

L’ENFER DES ZOMBIES 

Lucio Fulci – Italie – 1979

Avec : Ian McCulloch, Tisa Farrow, Richard Johnson, Al Cliver, Auretta Gay, Olga Karlatos…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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4 réponses

  1. Ali Bigoude dit :

    Je me souviendrais toujours de ce jour (soir), lors d’une autre grande première au Festival Fantastique du Rex à Paris, en 1979, où je suis ressortis de la salle complètement ko après avoir assisté à la projection de ce chef-d’œuvre, je n’avais encore vu aucun Fulci, je vais avoir droit à l’Aldila et La Paura les années suivantes, toujours au même endroit. Je ne m’en suis JAMAIS remis !! C’est l’un des tous premiers dvd que j’ai placé dans ma collection !!! Un fan de gore et de bis superbe !!

    • Tom dit :

      Je vous rejoint totalement là-dessus, ce film est une expérience incroyable. Et l’avoir découvert comme vous au Rex doit être un souvenir que l’on oubli pas 😉

      • Ali Bigoude dit :

        Bonjour Tom, merci de partager ma nostalgie, par ce commentaire et par les articles que je découvre au fur et à mesure de mes pulsions sur ce site. Pour la petite histoire, j’ai lu ici même (si je ne me trompes pas) que Fulci s’est vu  » invoquer  » par un bizness man du cinéma pour réaliser ce film, donc Zombie 2 serait un film  » de commande « , en tout cas sacrée péloche pour un boulot de fonctionnaire ponctuel, encore une fois !! je me suis essayè au super 8 vers cette période mais rien n’est sorti de cette courte expérience, sinon je suis toujours à l’affut d’une petite production bien torchée à visionner qui ne serait sortit qu’en peu d’exemplaire, en plus de ce qui se trouve déjà ici et là sur les réseaux. Bonne continuation à toute l’équipe de Monsterssquad. Alain

        • Tom dit :

          Comme vous dites, quelle merveille pour un film qui, à la base, était juste destiné à surfer sur une vague plutôt porteuse. Merci beaucoup Ali.

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