SANCTUAIRE

Durant le Moyen-Age, période bénie où tu avais toutes les chances de te faire torturer pour hérésie par les serviteurs de Dieu si par mégarde ils te découvraient un grain de beauté sur la pine, un bataillon de chevaliers teutoniques va être amené à éradiquer tout un village accusé de sorcellerie. Afin de pallier à ce massacre, les preux combattants vont ériger sur l’endroit de leurs méfaits une immense cathédrale censée enterrer les forces du mal pour l’éternité. De nos jours, lors de travaux de restauration de l’édifice, une jeune femme, Lisa, va exhumer un étrange parchemin qu’elle va confier aux bons soins de son ami bibliothécaire afin qu’il le traduise. Une fois ce décryptage terminé, le malheureux Evan va libérer, par inadvertance, d’infernales entités qui vont pousser un groupe de touristes piégés dans ce lieu maudit à commettre une multitude d’immondices…

Il y a en effet, pas mal d’immondices cachées dans cette église…

Avant de prendre sa forme définitive telle que nous la lui connaissons, le scénario de Sanctuaire va connaître un nombre important de modifications. Conçu initialement pour être une suite directe de l’efficace combo Démons shooté par Lamberto Bava, l’histoire devait présenter une poignée d’individus qui, à bord d’un avion dans l’optique d’échapper aux créatures griffues, allait trouver refuge à l’intérieur d’une église abandonnée. En apparence tout au moins. Enjoué mais surtout trop ambitieux, le fiston de Mario imaginait déjà une intrigue dans laquelle on allait découvrir un temple peuplé d’enfants devenus cannibales, qui se transformeraient en une menace aussi dangereuse pour les rescapés que pourraient l’être les cousins baveux de Sally. Le réalisateur du remarquable Macabro envisageait même de profiter des dernières avancées technologiques en matière d’effets spéciaux, afin de porter à l’écran des séquences qui dévoileraient les monstres sanguinaires revenir à la vie en sortant de journaux ou de photographies. Dis comme ça, on regrettera que Demoni 3 n’ait officiellement jamais vu le jour. Mais à la fin des années 80, comme nous le savons tous, les jours s’assombrissent pour le cinéma de genre transalpin et le producteur Dario Argento n’a pas forcément la lire facile. Le fils prodigue est donc obligé de revoir ses élans créatifs à la baisse, et sera contraint de jeter l’éponge face aux manques de moyens l’empêchant de clore sa somptueuse trilogie. Mais comme à l’époque rien ne se perd en Italie, c’est le prometteur Michele Soavi, promu nouveau réal’ de ce projet, qui va être contraint de repenser considérablement le script afin de pouvoir enfin entonner la messe…

Peu enclin a garder les éléments du récit mettant en lumière les êtres de l’ombre de Lamberto Bava, Soavi va radicalement transformer cette aventure en une série B qui gardera du scénar’ original uniquement l’idée de la sainte bâtisse. Audacieux le Michele ? Ben carrément ouais. D’autant plus que La chiesa est une bande particulièrement attendue auprès des fans qui voient, en Soavi, le digne successeur d’un Argento qui commence alors à être sérieusement sur le déclin. Même si concernant le maestro, le début de la phase de disgrâce débutera véritablement avec la bobine Trauma-tisante qu’il réalisera en 1993. Mais revenons plutôt à nos curetons, ou devrais-je dire à nos démons. Exit donc les bestioles qui pour le coup ne feront pas des tombes leurs cités, et place à la horde maligne et sournoise du clan de Belzébuth.

Barbara culbutée par un bouc démoniaque!

La première partie du métrage est parfois déroutante. Soavi optant pour le parti pris de planter son décor et d’exposer ses personnages sans qu’il n’en ressorte un caractère suffisamment fort, prédestiné à devenir le héros d’une trame assez difficile d’approche. Si Evan, puis surtout Lisa, semblent être les deux intervenants les plus emblématiques de l’entame de cette œuvre, il vont rapidement passer à la trappe lors de la seconde moitié de la péloche. L’homme à qui l’on doit l’excellent Bloody bird, paraît ne pas se soucier de ce qu’adviendra ses perso : le pauvre traducteur finira possédé, et la belle restauratrice se fera culbuter. Par un bouc de surcroît. En contrepartie, Michele Soavi va saisir l’occasion de nous donner un aperçu de son talent en multipliant d’incroyables mouvements de caméra ponctués de travellings balancés à vive allure, et de plans-séquences aériens hallucinants. De même, il va progressivement instaurer une ambiance qui va devenir de plus en plus pesante et malsaine. On ne peut plus approprié pour envoyer la sauce dans le dernier acte de cette visite guidée de la maison du divin.

Passées donc la puissante intro médiévale et la mise en place des principaux enjeux, dans lesquelles on ressent clairement de subtils clins d’œil adressés à quelques grands classiques du ciné horrifique, Shining ou encore Prince of darkness en tête, Sanctuaire va ensuite passer à la vitesse supérieure en compilant un paquet de scènes plutôt efficaces. Avec son brio habituel, Soavi va compiler sans relâche suicide au marteau piqueur, empalement, lacérations au visage, et de magnifiques passages, dont celui au milieu duquel un type cherchant sa nana va avoir l’agréable surprise de la retrouver cul nu dans les bras d’un ange de la mort. Tel un beau livre doté de somptueuses images, le talentueux Michele nous convie à une exploration des ténèbres assez personnelle.

Les démons ont franchement très bon goût…

Par le biais d’un casting plutôt plaisant mais pas réellement mis en avant par l’enjeu narratif, nous avons tout de même le plaisir de croiser la jolie Barbara Cupisti (L’éventreur de New York, Opéra) ayant déjà montré le bout de sa frimousse devant l’objectif de Soavi pour Deliria justement. Mais aussi le pas mauvais Tom Arana (La secte, ou encore The dark knight rises dans le rôle de l’avocat de Bruce Wayne), ainsi que la toute puérile Asia Argento qui, tout juste adolescente, n’était pas encore en position de nous faire craquer le slibard comme elle le fera par la suite. Alors on se calme les gars, car même si elle était déjà toute mignonne c’était encore une gosse en ce temps là. Il n’y a donc pas matière à s’astiquer le manche frénétiquement, nous ne sommes pas des curés non plus.

Edité il y a peu chez Le chat qui fume dans un superbe collector blu-ray/dvd blindé de bonus passionnants, The church, film étonnant et ô combien singulier, possède désormais une édition à la hauteur de son potentiel. Idéal donc pour (re)voir cette petite pépite du bis qu’il serait franchement dommage de passer sous silence.

SANCTUAIRE

Michele Soavi – Italie – 1989

Avec : Hugh Quarshie, Tomas Arana, Barbara Cupisti, Fedor Chaliapine, Giovanni Lombardo Radice, Asia Argento, Roberto Caruso…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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