Le NIFFF : compte-rendu

 

Attention, quelques petits spoils peuvent apparaître pour certains films décrits.

L’effervescence était de mise à Neuchâtel -comme tous les ans à la même période, et ce depuis 2001- pour cette dix-huitième édition du NIFFF. Outre les températures plus que clémentes qui ont attiré curieux et festivaliers dans un site regroupant 5 salles parsemées dans le centre ville ainsi qu’un village grandement sympathique, dans ce pays si charmant dont les habitants sont d’une gentillesse hors-normes (Big Up pour le bénévoles qui gardent le sourire en toute circonstances ce qui confère un charme tout particulier à l’événement qui, il faut bien l’avouer acquiert une grande maturité  d’années en années).

5 jours de joie et d’allégresse ou nous avons pu profiter d’une sélection pour le moins éclectique forte de 150 films venus de 41 pays différents, 300 invités dont David Cronenberg (merci fieu pour la dédicace sur mon exemplaire de La Mouche), des projections Open Air, des rétrospectives, un espace VR etc, etc.  Ajoutons que les salles sont extrêmement confortables, mais que lors de période caniculaires, elles se muent en vrai crématorium : svp, pensez à un petit coup de climatisation pour les années à venir chers organisateurs. Merci également pour la possibilité offerte d’accéder à plusieurs visions de presse dans ce programme déjà chargé.

Venons-en au vif du sujet : la programmation, avec très peu de films que nous avions déjà pu visionner à Bruxelles comme l’excellent Aterrados, La Femme La Plus Assassinée du Monde, Inuyashiki, Tigers Are Not Afraid ou encore I Kill Giant. Du côté des découvertes, cette gentille et très loufoque fable Franco-Belge de Yann Le Quellec (pour un premier film Quellec se ploie…)  Cornélius, le Meunier Hurlant. A mi-chemin entre Amélie poulain et O’Brothers, Cornélius souffre d’un défaut majeur (voulu où pas, personne n’est unanime à ce sujet) : les acteurs tentent un prouesse théâtrale, qui ne tient absolument pas la route, frisant par moment un amateurisme que seul des réalisateurs semblables à Bruno Dumont ont la capacité d’utiliser comme atout de poids. La narration, la saturation des couleurs et l’évolution des personnages arrivent cependant à rattraper  cette erreur de jeunesse.

Quant à Hereditary, premier long-métrage de Ari Aster, diffusé en sa présence mérite à mon sens tous les éloges dont il fait l’objet. En effet, ce film aux allures sataniques se divise en deux parties d’environ une heure. La première, d’une intensité dramatique portée à bout de bras par les excellents Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff et surtout l’intrigante Milly Shapiro, est d’une puissance  rare. La seconde – sans trop en dévoiler – sous ses faux airs de Rosemary Baby, ne sombre pas de le cliché habituel d’abus de jumpscares, ce qui me semble-t-il eût été bien trop facile pour le réalisateur qui paraît vouloir mettre un point d’orgue à apporter originalité et personnalité à cette œuvre qui ne laissera personne indifférent.

Première mondiale également pour Cutterhead, film danois de 83 beaucoup trop longues minutes dont je vais vous dévoiler le pitch que j’avais rapidement noté au verso d’un timbre poste : une journaliste obtient l’autorisation d’effectuer un reportage dans un tunnelier, ou de ouvriers qualifiés doivent passer par un caisson hyperbare pour procéder à la maintenance de la tête de forage, puis une explosion, puis ils sont enfermés dans le caisson en attendant les secours qui tardent à arriver. C’est tout sauf que c’est long, c’est inutile, déjà vu et revu, mal interprété, noyé de scènes de remplissage, mollasson bref, je vous offre la chance de votre vie d’éviter 83 minutes de souffrance inutile.

Autre première mondiale pour le japonais Kasané, Beauty and Fate, où une jeune fille défigurée par une énorme cicatrice, passe un pacte avec une actrice en vogue pour réaliser un rêve qu’il lui est impossible (vu qu’elle ressemble quand même beaucoup à Albator) : devenir une comédienne renommée.  Outre la magnifique performance d’acting (parfois on s’y perd, tellement le jeu est excellent), la photographie époustouflante et les multiples rebondissements, Kasane par moments dans sa volonté de bien faire provoque une impression de longueur dans certaines scènes, mais offre au final une sentation de satiété typique aux bons films nippons.

Nicolas Pesce qui nous avait gratifié du sublime The Eyes of my Mother diffusé au BIFFF en 2016, nous revient en force avec ce bel hommage aux Giallis des années 70 qu’est Piercing (diffusé au cinéma « Les Arcades », voir Piercing aux Arcades avouez que ça à de la gueule, mais je précise que le mérite de ce jeu de mots désopilant n’est pas de moi). L’ambiance vintage, les Split-screen sur la musique des Goblins, faut avouer que ça a de la gueule. Cet hommage fait place dans la seconde partie du film à une ambiance beaucoup plus malsaine, piquée de nombreuses touches d’humour noir et de références SM qui apportent une fraîcheur très agréable à l’ensemble de cette œuvre à ne pas mettre en toutes les mains.

Et ensuite, le top du top, la plus grosse claque visuelle qu’il m’ait été donné de voir sur grand écran fut le fait d’un réalisateur franco-argentin dont la filmographie n’est plus à préciser : Gaspar Noé avec son dernier Climax qui m’a littéralement bouleversé. On nous avait vendu un film sur la danse, n’ayez crainte il n’en est rien. Encore une fois le métrage se divise en deux parties distinctes, la première est composée de plusieurs plans-séquence complètement jubilatoires et hypnotiques ou nous assistons pantois à la dernière soirée d’un groupe de danseurs Hip-hop avant qu’ils ne prennent l’avion pour New-York (chapeau-bas pour l’intensité indescriptible de la chorégraphie réalisée sur Supernature de Cerrone). La seconde partie quant à elle est une série de plans séquences encore une fois, suite à un délire paranoïaque du groupe (dans ce Cluedo sous Lsd nous comprendrons vite que quelqu’un pourrait avoir versé de la drogue dans le plat de sangria). Cette partie démontre que le tandem Noé-Debié fonctionne toujours à merveille depuis sa collaboration sur Irréversible, et pour moi s’est bonifié. D’autre prouesses font à mon sens de cette œuvre un véritable chef d’œuvre, comme par exemple la liberté d’improviser qui a été laissée aux nombreux acteurs débutants, les deux petites semaines de tournage, la BO qui est juste incroyable, la mise en scène qui dépeint à merveille les difficultés d’un groupe à s’autogérer et ce voyage hallucinatoire qui a comme seul défaut de ne durer que 90 minutes, très éprouvantes convenons-en. Je n’exagérerai pas en disant que Climax est ma meilleure expérience cinématographique sur grand écran (mais bon je suis fan de Noé depuis ses débuts, donc il est possible que beaucoup d’autres spectateurs ne partagent pas mon avis).

Quelques chiffres pour terminer : le NIFFF c’est 44000 festivaliers, un budget total de 2 millions d’euros, 104 longs métrages dans 14 sections différentes, 7 premières mondiales, 5 premières internationales, et 9 premières européennes.

Voilà le NIFFF est fini, à l’année prochaine et merci à toute l’équipe pour ces grands moments.

Le Narcisse H.R GIGER est attribué à CLIMAX de Gaspar Noé (on s’en doutait un peu).

Le Méliès d’Argent est attribué à CLIMAX de Gaspar Noé qui est donc nominé pour le Méliès d’or à Sitgès en octobre 2018.

Le prix de la critique internationale est attribué à PIERCING de Nicolas Pesce.

Le prix Imaging The Future du meilleur production design est attribué à Alain Lampert pour PIERCING.

Le prix du public est attribué à KASANE de Satô Yûichi.

Le prix H.R Giger « Narcisse » du meilleur court-métrage suisse est attribué à CREPUSCULE De Pauline Jeanbourquin (ps : bravo aussi à Yannick).

 

Adam Korman
Grand amateur de cinéma de genre depuis ma prime jeunesse, aidé par les conseils de nombre de revues francophones de mon enfance, je tenterai de vous faire partager des thématiques filmiques assez éclectiques sur un ton acrobatique, qui pourraient muscler vos zygomatiques, sans vous rendre apathique tout en gardant une certaine logique analytique.

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