Christine

Il y a quelques semaines, mon gamin de 16 ans me dit : « papa, j’ai encore un livre à lire pour l’école et je devrais le présenter mais cette fois, il n’est pas imposé, je peux le choisir ». Croyez-moi, dans ces cas là, votre sang ne fait qu’un tour et, le connaissant comme si je l’avais fait (euh…), je lui dis : un Stephen King ! Je n’ai pas joué au salopard et ne lui ai pas fourgué Ca ou Le Fléau (1500 pages au bas mot, je pense qu’il n’aurait pas apprécié 😊), mais un des plus courts romans du maître, qui, s’il reste très plaisant à lire, n’en est pas moins une de ses oeuvres mineures à mes yeux. Mais j’étais sûr qu’il plairait à mon ado de fils. Pour preuve, il en a bouffé 200 pages en 2 jours. Et, après lecture, on a donc enfourné la galette de son adaptation filmique dans le lecteur blu-ray, histoire qu’il compare. Après cet épisode palpitant de ma vie de père que je voulais vous faire partager, place au film donc.

Arnie et Dennis sont les deux meilleurs amis du monde. Dennis, beau sportif, charmeur, doit sans cesse défendre Arnie, souffre-douleur des élèves de leur lycée. Un jour, en rentrant chez eux, Arnie découvre Christine, une vieille Plymouth Fury 57 en ruine à vendre. Tombé littéralement sous le charme de la voiture, au grand dam de tout son entourage, Arnie décide de la retaper. La transformation physique et mentale du jeune homme sera aussi spectaculaire que celle de sa voiture…

« Laisse-moi faire Dennis, c’est moi qui discute avec Charles Manson »

Les droits du roman de King avaient été vendus avant sa parution et c’est John Carpenter qui fût choisi pour en réaliser l’adaptation. Big John, suite à l’échec commercial de The Thing, devait se refaire une santé et accepta cette commande qu’il va cependant transcender avec l’aide du scénariste Bill Phillips pour aboutir à un métrage en tous points supérieur au livre qu’il adapte. En effet, tout en restant très agréable à lire comme dit plus haut, le roman présente des longueurs et des sous-intrigues qui ralentissent considérablement le rythme et l’adapter en l’état aurait été sans doute suicidaire. Exit donc toutes ces digressions inutiles et place à l’essentiel : Arnie et Christine !

Car c’est bien d’une vraie histoire d’amour entre eux deux dont il s’agit. Une histoire d’amour fusionnelle, passionnelle, avec tout ce qu’elle peut comporter : coup de foudre au premier regard, désir, sexe (Arnie ne se met pas au volant de Christine, il y pénètre avec plaisir comme il le ferait avec une femme). La jalousie est également présente quand Arnie se détourne un tant soit peu de Christine pour ébaucher une amourette avec Leigh (la jolie Alexandra Paul) et que la Plymouth tente d’assassiner cette dernière. Une liaison fatale avec de basiques instincts en somme…

« Bah maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément ! »

Le mimétisme entre Arnie et la voiture est magnifiquement retranscrit dans la transformation physique et mentale du jeune homme. Du garçon chétif, craintif, maladroit et inadapté, au contact de sa fiancée rouge, il devient arrogant, sûr de lui, cynique puis agressif et violent. Il s’adapte littéralement à sa voiture, allant jusqu’à adopter des vêtements qui semblent dater des années où elle a été construite et où elle a « vécu » (fin des années 50, début des années 60). Christine possède littéralement Arnie et non l’inverse. Pour mieux coller à cette romance mécanique, la mise en scène de Carpenter se fait particulièrement sensuelle, limite érotique et souligne la beauté du diable de la voiture. Le caméra du réalisateur caresse la carrosserie par ses longs travellings, comme le fait Arnie dans le film, et lui offre un écrin technique à sa mesure : grandiose. Christine en ressort magnifiée…et le roman de King grandi. Comme souvent c’est le réalisateur qui se charge également de la BO et sa composition musicale envoûte également le spectateur, son efficacité illustrant merveilleusement bien les scènes clés du film tandis les standards Rock n’roll utilisés régulièrement apportent également une touche sixties appropriée.

Ca t’apprendra à écouter du Lara Fabian dans ta caisse…

Des effets spéciaux vraiment réussis hissent le film encore plus haut dans la filmographie du réalisateur. La scène de la guérison de Christine, après avoir subi les outrages de la bande de casseurs (on pense littéralement à un viol), est tout bonnement bluffante. L’automobile est présentée comme un véritable monstre sur roues, et est même montrée, lors de la confrontation finale, semblant vouloir tout dévorer avec une gueule béante s’ouvrant sur des dents acérées et menaçantes. Cette voiture fait peur, vraiment peur.

Enfin, une interprétation à la hauteur (Keith Gordon notamment, impeccable de bout en bout), achève de faire de cette adaptation un grand film. D’un King mineur, Carpenter a tiré un film majeur, se hissant sans mal dans le top 5 du réal. Tout le propre d’un immense cinéaste en somme…

PS : pour ceux que ça intéresse et qui sont restés jusque là, le gamin a eu 15/20 à son exposé. Quand on sait que d’habitude, il est entre 10 et 12 pour ce genre de truc, on se dit que le choix du bouquin était bon… 🙂 

Christine de John Carpenter

Avec : Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, Harry Dean Stanton, Robert Prosky…

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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2 réponses

  1. RLM.deberque dit :

    Superbe critique, je n’avais jamais entendu parler de cette oeuvre de King mais ses lignes mon donné l’envie de découvrir et je pense d’apprécier livre et adaptation. Bonne continuation.

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