SOCIETY

Bill Whitney, un jeune homme vivant avec ses parents et sa bombasse de frangine dans le luxueux quartier de Beverly Hills, est du genre perturbé. Malgré les conseils de son psy qui lui répète à longueur de séances que ses troubles n’ont rien d’anormal, Bill se pose néanmoins des tas de questions concernant les membres de sa petite unité familiale. En apparence bourgeois légèrement coincés du fion, il semblerait que les darons du teenager aient des penchants assez extrêmes, et pour le moins étranges, lorsqu’il s’agit de se faire péter la rondelle. Pressentant qu’un piège se referme progressivement sur lui, l’adolescent va mener son enquête…

Souvent conduit au pilori lorsque l’on évoque l’aspect parfois télévisuel du rendu de ses mises en scènes – mouais… – Brian Yuzna demeure toutefois un cinéaste à l’imagination riche et débordante. Ayant gravé à jamais son nom à la truelle au panthéon du cinéma bis en produisant l’incontournable Re-animator en 1985, le natif des Philippines passera lui-même à la réalisation quelques années plus tard. Et ce, juste après avoir de nouveau produit un Stuart Gordon jouant à la poupée en faisant résonner de la glande pinéale sur l’excellent Dolls, puis le très réussi From beyond. Passé par un Disney que le futur réal’ du Retour des morts-vivants 3 aurait aimé mettre en boîte afin de rétrécir une poignée de morveux en quête de sensations fortes, mais qui finira entre les mains de Joe Johnston, Yuzna va donc s’atteler en cette fin de décennie à porter à l’écran un script au vitriol qui va donner forme à l’intrigue de son Society. Et à coup sûr, le portrait que va dresser Brian des résidents du puissant Beverly, va être un peu plus transgressif que celui présenté peu de temps après via la série événement dans laquelle Tori Spelling ressemblait encore à quelque chose…

Elles sont canons les résidentes de Beverly Hills…

Grâce à un cachet visuel so 80′ résolument ancré dans son époque, où brushings parfaits et fringues trop larges sont de la partie, Society va rapidement planter son décor sous le soleil omniprésent de la divine Californie. L’astre lumineux qui inonde de manière constante l’intégralité du métrage, n’est pourtant que l’un des nombreux artifices prompts à dissimuler l’envers d’un tableau d’une société bourgeoise américaine qui va être présentée d’une façon relativement obscure. Si en façade tout semble presque immaculé : villas immenses, pas une mouche à merde flottant à la surface des piscines et bagnoles rutilantes, dès que l’on gratte un chouia sous la croûte, et bien on se retrouve vite avec pas mal d’immondices. Yuzna va décrire la congrégation qui y réside telle une espèce de secte, dont un vieux juge libidineux occupe en quelque sorte la place du gourou respecté de tous. Sauf qu’ici, contrairement à la plupart des hallucinés qui croient en tout ce ramassis de conneries, l’objectif sectaire n’a rien à voir avec le profit matériel. Ces individus qui se proclament clairement au-dessus des autres, comme le spécifiera l’un des adeptes de ce club très fermé au malheureux Bill en lui expliquant qu’il n’est pas un extraterrestre, mais simplement un être d’une race supérieure, partent du principe que les personnes en bas de l’échelle sociale n’ont pour but que d’être gouvernés par ceux qui en trônent au sommet. Ça fait mal à entendre, mais c’est toujours tellement vrai. Et surtout pas prêt de changer… Enfin, revenons à notre partouze à venir.

Ce qui s’appelle prendre une main dans la gueule.

De ce parti pris explicitement corrosif et très jubilatoire, découle alors une critique acerbe de la classe dite haut de gamme d’une Amérique encore sous le joug de l’ère Regannienne. Vision dont Yuzna va tirer profit afin d’introduire un large panel de séquences toutes plus dingues les unes que les autres. Dans l’optique de lourdement insister sur le côté complètement malsain de cette communauté qui se torche avec du papier à billets il va, grâce notamment aux délires visuels imaginés par Screaming Mad George (SFX sur l’aventure spatiale très Rocky Balboesque Arena), mettre en images un certain nombre de scènes pour le moins surprenantes. Gérant son suspense de façon très efficace par le biais de pas mal de détails croustillants, le Brian va envoyer la sauce lors d’un dernier acte qui restera tout bonnement mythique. Car ouais, lorsque l’on pense gang bang virant à l’orgie dans laquelle les chairs vont se mélanger d’une façon carrément inédite et hallucinante, on pense bien entendu à ce fameux final de Society.

Quand l’expression parler à un cul prend tout son sens…

Trop souvent catalogué au rayon d’honnête artisan de seconde zone, Brian Yuzna prouve qu’avec cette bande il est grandement capable de faire une très bonne série B horrifique tout en jetant un méga pavé dans la mare (dans la gueule?) d’une société américaine dont il se moque ouvertement en en grossissant volontairement la perversion. Régulièrement considéré comme étant sa meilleure bobine – re-mouais – Society n’en reste pas moins une très chouette expérience, de celle du style que l’on a tendance à ce souvenir pour longtemps. Sorti il y a peu en DVD et Blu-ray via une magnifique édition, et donc disponible dans les contrées du royaume Macronien, l’éditeur Ecstasy of films a mis les petits plats dans les grands (la copie est superbe) pour permettre aux tiers états de (re)visionner cette petite perle indispensable du cinéma bis. Alors dans ces conditions, on peut se lâcher, y a plus qu’a partouzer !

SOCIETY

Brian Yuzna – Etats-Unis – 1989

Avec : Billy Warlock, Devin DeVasquez, Evan Richards, Ben Meyerson, Ben Slack, Connie Danese, Charles Lucia…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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