ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA

A bien y réfléchir, force est de constater qu’il aura méchamment morflé le suceur de sang le plus célèbre de l’histoire de la littérature fantastique via les différentes adaptations – variations – auxquelles sa légende fut contrainte de se soumettre. Car, au-delà d’une poignée de classiques intemporels dans lesquels l’immense Christopher Lee, ou l’excellent Gary Oldman, furent de somptueux représentants du Comte imaginé par celui que l’on se plaît à surnommer l’Irlandais fou, quand les artisans du bis se sont attaqués en masse à son mythe, cela a donné lieu à des résultats parfois assez étonnants. Pour cette énième déclinaison des frasques de Dracula, on laisse de côté ses rejetons et on évite de lui faire rencontrer des loups-garous ou autres monstres avec lesquels il a coutume de se foutre sur la gueule, pour se concentrer sur son clébard, le féroce Zoltan…

Dans une province paysanne de la Roumanie profonde, des fouilles archéologiques menées par l’armée vont permettre de découvrir l’entrée d’une crypte où reposent un certain nombre de cercueils abritant des cadavres aux canines plutôt aiguisées. La nuit suivant cette découverte, un garde va ouvrir l’une des sépultures et ôter le pieu transperçant le cœur de la dépouille s’y trouvant, redonnant, par la même occasion, vie au doberman de la légendaire goule des Carpates. Ressuscitant dans la foulée l’un des anciens serviteurs de l’abomination transylvanienne, le molosse et son sbire vont partir en direction des Etats-Unis pour retrouver celui qui est amené à devenir leur futur maître : Michael Drake, le dernier descendant de la lignée du démon…

D’emblée, ça promet d’envoyer du lourd…

La lecture d’un synopsis aussi improbable a de quoi mettre en émoi les fantasmes délirants des bisseux les plus endurcis. Boulotté à toutes les sauces et malmené dans pas mal de genre, Dracula a enfin le droit d’être reconnu comme étant un ami des bêtes. Difficile alors de savoir quelles richesses le scénario de Frank Ray Perilli (remember le Laserblast de Michael Rae) va révéler en terme de surprises, parce qu’à vu de nez, ça sent quand même la pure poilade orientée très second degré. Et à mon grand étonnement, alors que je m’apprêtais à rire jusqu’à m’en faire péter la mâchoire, ben pas du tout en fait. Mis en scène avec un sérieux qui frise l’admiration, même s’il est délicat de ne pas sourire lorsque l’on aperçoit pour la première fois le cabot avec ses crocs saillants, Zoltan va s’inscrire dans un registre beaucoup plus proche des bandes horrifiques dites sérieuses qui fleurissaient durant les 70′. La réalisation est soignée, très fonctionnelle, et possède un cachet propre à cette époque propice au mystère, en gardant un côté transitoire vers la modernité de la décennie qui va s’ensuivre. On pense parfois au cinéma de Dan Curtis, en moins bien quand même, voir pourquoi pas à des œuvres telles que Bébé vampire dans lequel on retrouve d’ailleurs Michael Pataki (Halloween 4 et toute une filmo très conséquente), décidément un habitué aux prothèses dentaires.

Reggie Nalder, dans un rôle où ses dialogues n’ont pas dû être très longs à mémoriser…

Réalisé par Albert Band, producteur important depuis les années 50 et mondialement reconnu notamment pour ses collaborations sur des péloches comme La charge victorieuse de John Huston, le paternel de Charles et Richard va étaler avec brio tout le savoir-faire acquis durant sa longue et riche expérience dans le 7 ème art. Non pas que son métrage soit une référence en la matière, mais le réal de Ghoulies 2 va tout de même réussir à garder un rythme intéressant qui, lorsqu’il tombe quelquefois à plat ou abuse un tantinet de la redite, est vite rehaussé par la qualité de ce qu’il porte à l’écran. Même dans des décors naturels finalement assez minimalistes, ce cinéaste à qui l’on doit le sympathique Robot wars va parvenir à extraire le meilleur de ce dont il dispose, pour continuer à accrocher le spectateur en mal de vampirisme canin. Bien entendu, les interventions du cleps pompeur d’hémoglobine ne sont pas étrangères à cela.

Zoltan en action. Tu lui lances la balle, et il te ramène un tibia!

Le Zoltan, c’est bien entendu l’attraction principale de cette bobine. Pas vraiment adepte de la croquette Friskies, l’animal, superbe bête au dressage assez impressionnant qui plus est, va régulièrement attaquer tout ce qui va lui passer devant la trogne. Des campeurs égarés, les bergers allemands des Drake, l’un de leurs chiots, le big dob’ va croquer plus que de raison toutes les jugulaires qu’il va avoir à bout de truffe, offrant au passage quelques séquences hautes en couleur dont l’une, assez sanglante, est particulièrement réussie. Répondant à distance, style télépathie, aux ordres de Veidt Smith, l’ancien homme de main de Dracula (joué par l’inquiétant Reggie Nalder, inoubliable Kurt Barlow dans le Salem’s lot de Tobe Hooper), Zoltan va s’employer à faire grossir sa meute de monstres sur pattes en caressant l’espoir de contaminer celui qui est censé devenir un jour son nouveau mentor. Mission dont l’apothéose va se dérouler lors d’un siège mouvementé se déroulant dans une petite cabane un peu paumée, et offrant par là même l’un des meilleurs passages du film.

Le chien sanglant de Dracula est certes une modeste série B au budget probablement famélique, le gros de la tune ayant surement été utilisé dans l’optique de payer la prestation des acteurs, mais demeure néanmoins une honorable bisserie, abordant un sujet pour le moins original et peu commun. S’il surprend de par la tournure qu’il adopte, pas d’humour, pas de burlesque, Zoltan reste tout de même un divertissement estimable, et peut franchement se targuer d’être aussi un peu plus que ça.

ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA 

Albert Band – Etats-Unis – 1978

Avec : Michael Pataki, Jan Shutan, Libby Chase, John Levin, Reggie Nalder, Cleo Harrington, Tom Gerrard, Bob Miller…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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