TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES

Lorsqu’en 1985 Duccio Tessari décide de mettre en boîte un énième western à l’italienne, les colts des pistoleros ne fument plus des masses depuis déjà quelques années. Les Clint, Franco, et autres légendes éperonnées, ont laissé depuis un bon bout de temps leurs canassons moisir dans leurs écuries pour se consacrer à d’autres tendances un peu plus en phase avec la mode de cette décennie. En s’étant lui-même tiré une balle en pleine gueule dans le courant des 70′, le genre est déjà mort et enterré depuis un bon moment. Passé à la sauce comique plutôt grasse et indigeste, s’essayant à une improbable mais intéressante fusion teintée de fantastique, ou alors faisant l’expérience de se marier carrément avec les arts martiaux, ce courant populaire qui participa à grande échelle à l’apothéose du ciné bis transalpin va, sous l’égide de Duccio Tessari, tenter un ultime come back assez étonnant, en adaptant les aventures d’un héros de bandes dessinées…

Durant ces glorieuses 80′, on bouffe à tous les râteliers dans la Botte. On s’inspire dans le meilleur des cas, on pompe parfois sans vergogne, mais surtout, on surfe un max sur la vague des succès américains pour engranger le plus de pognon possible. En 1981, Harrison Ford va, dans la saga Indiana Jones, personnifier à la perfection l’incarnation de l’aventurier charismatique sans peur et sans reproches, as du punchline même dans les situations les plus périlleuses, et maître dans l’art du maniement du fouet. Les ersatz en provenance du pays de Lamberto Bava pour donner leur version du mec qui aurait mieux fait de ne pas partir à la recherche du crâne de cristal, ne tarderont pas à faire surface et, entre autres, Antonio Margheriti nous livrera deux excellentes péloches sur ce thème via les sympathiques Les aventuriers du cobra d’or et Le temple du dieu soleil.

En 85, Duccio Tessari a alors une fin de carrière, comme nombre de ses congénères d’ailleurs, qui sent clairement la vieille nouille gluante. Travaillant de plus en plus pour la télévision, ayant ses plus belles heures de gloire déjà bien loin derrière lui, le réalisateur du très bon L’homme sans mémoire (74 quand même) va alors miser tout ce qui lui reste en énergie sur un projet aussi délicat qu’il n’est surprenant. Adapter les péripéties de Tex Willer, le personnage phare d’une BD, pour en faire un long métrage. Si, sur le papier plonger un gus de la trempe de l’Indy du père Spielberg dans un environnement propre au western a franchement de quoi réjouir, ce mélange demeure néanmoins un exercice de style assez acrobatique à mettre en boîte…

Kit Carson sollicite son ami Tex Willer pour l’aider à découvrir ce qu’il est advenu de la disparition d’un chargement comprenant un nombre important de fusils. Aidé par Tiger Jack, un jeune guerrier indien Navajo, notre trio va remonter une piste les menant à un riche industriel. L’un des hommes de main de ce dernier, décidé à passer aux aveux, succombera assassiné par une fléchette qui le transformera en une momie toute sèche. Très vite, enfin pas trop quand même, notre fine équipe va découvrir qu’un étrange trafic d’armes se trame insidieusement entre des bandits mexicains, et des adorateurs un peu chelous vénérant une antique divinité aztèque…

Voila ce qui arrive lorsqu’on ne boit pas assez, on se déshydrate. Nous sommes très pointilleux la dessus dans la Squad, c’est pour ça qu’on s’hydrate beaucoup… (enfin, surtout un…).

En bon artisan chevronné, notre bonhomme possède quelques belles réussites au compteur tout de même (Les titans, Un pistolet pour Ringo), Tessari va intelligemment utiliser un scénario qui n’est certes, pas d’une grande complexité, pour associer les deux thématiques qu’il va utiliser. Soit, celle usée jusqu’à la corde du western, dont il va tant bien que mal tenter d’en faire quelque chose d’original, et puis celle, tout aussi très mécanique mais qui n’est pas encore à bout de souffle, du film d’aventure profondément marquée par Le temple maudit sortit un an auparavant. En résulte une œuvre bâtarde qui se cherche sans véritablement se trouver. Une première partie à mettre sous l’influence de ce qu’ont su sublimer par le passé les boss ayant suivi le sillon creusé par le gros Sergio, mais en (beaucoup) moins bien, et une seconde plus fantastique, renvoyant directement à une ébauche maladroite de la deuxième épopée du professeur Jones. Quelques plans sont pourtant superbes, mais l’ensemble souffre d’un rythme trop inégal pour en apprécier pleinement le contenu. Le dernier tiers de cette bande, nettement plus axée sur le côté surnaturel de l’intrigue, se perd malheureusement dans le fait que l’on nous en promet des tonnes, pour en définitive ne rien nous dévoiler. La faute évidente à un budget que j’imagine microscopique mais que Tessari aurait peut-être pu exploiter différemment. En témoigne cette exploration grossière de la grotte abritant les adorateurs du dieu antédiluvien, dans laquelle on espère croiser, soyons fous, une créature originale, voir un individu peu commun. Mais la visite de cette taverne aboutit finalement à la rencontre d’un vieux sac à patates rouge qui cause avec une voix métallique, et dont on se demande encore ce qu’il vient foutre là. Cela aurait pu devenir une sorte d’apogée, mais au final cette séquence se contente d’enfoncer un peu plus le clou avec une maladresse évidente. C’est un peu con.

La jolie prêtresse aztèque et… son soutif en métal!

Alors, vous l’aurez bien compris, il a fait ce qu’il a pu le pauvre Duccio, mais quand même… Malgré les défauts précités, Tex et le seigneur des abysses est loin d’être une daube infâme. Pas mal de choses ne fonctionnent pas mais l’ensemble demeure attachant et relativement divertissant. La présence du grand Giuliano Gemma (Le dernier jour de la colère et… plein de très chouettes bobines que je ne ferais pas l’affront de citer) n’est surement pas anodine à cela. Très talentueux, cet excellent acteur est du genre à porter une œuvre à lui seul sur ses épaules. C’est ce qu’il a fait pour le coup. Accompagné par William Bergé (Apocalypse dans l’océan rouge), le duo reste attrayant et dans un contexte que je qualifierais d’un peu plus argenté, aurait été davantage mis en valeur. Une sensation de potentiel quelque peu gâché émane clairement de cette rencontre avec le seigneur des abysses.

La chemise est d’un goût particulier, mais il a quand même la classe Giuliano.

Alors oui, ce n’est pas ce Tex e il signore de abissi qui aura remis sous le feu des projecteurs cette colossale machine italienne qu’est le western. Et encore moins dans la catégorie des succédanés d’Indiana Jones. Mais ce titre est tout de même une curiosité à redécouvrir, pour se remémorer à bon escient ces petites perles de l’exploitation qui fleurissaient encore chez nos amis de l’autre côté des Alpes il y a maintenant un peu plus de trente ans. Et rien que pour ça…

TEX ET LE SEIGNEUR DES ABYSSES

Duccio Tessari – Italie – 1985

Avec : Giuliano Gemma, William Berger, Carlo Mucari, Isabel Russinova, Peter Berling…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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