FRAYEURS

Il y a des cuvées dont nous nous souviendrons longtemps, et 2018 restera unique tant cette année sera celle qui aura fait la part belle à l’immense Lucio Fulci en matière d’éditions de dvd/blu-ray parus sur notre territoire de Gaulois réfractaires. Les petits gars de chez Artus nous auront concocté pas moins de 3 superbes combos collectors consacrés aux meilleurs des travaux du maître, le tout agrémenté de livrets, de tonne de bonus, de masters hallucinants, et de packagings absolument somptueux. Après L’enfer des zombies puis L’au-delà, place désormais à la dernière (?) sortie maousse de la collection dédiée au poète du macabre éditée par l’ours polaire, avec l’incontournable Frayeurs

New York. Lors d’une séance de spiritisme, une médium va devenir la victime d’une atroce vision via laquelle elle va observer le suicide par pendaison d’un prêtre au beau milieu d’un cimetière. Considérée comme cliniquement morte, la jeune extralucide va être enterrée à tort mais sauvée in extremis par un journaliste venu mener une enquête sur ce mystérieux incident. Souhaitant connaître la vérité, le reporter va apprendre de la voyante que le décès du Père Thomas va avoir pour conséquence d’ouvrir à jamais, le jour de la Toussaint, une porte menant directement aux enfers. Les citrouilles étant presque prêtent à être creusées, le duo décide donc de se rendre à Dunwich, une petite ville réputée maudite d’où l’homme de dieu a choisi d’en finir, afin de contrecarrer les plans liés à cette horrible malédiction…

Un prêtre au regard étrange. C’est tellement rare…

Second volet de la tétralogie dans lequel Fulci va nous offrir une ode à la putréfaction en présentant le mort-vivant d’une façon aussi personnelle qu’elle ne sera funèbre, Frayeurs est une œuvre à ranger avant tout au côté de L’au-delà. L’enfer des zombies était un film de commande, destiné à engendrer un max de blé en surfant sur le sillon sanglant laissé par les goules du bon George suite à leur carnage dans le désormais célèbre centre commercial. S’éloignant radicalement du travail de Romero et posant les bases du savoir-faire du maestro romain lorsqu’il est en mode of the dead, le succès fut immédiat et Zombi 2 accéda au rang de culte. La maison près du cimetière est encore une bobine à part, car dépossédée de l’aspect sorcellerie/démonologique qui hante les 2 métrages que sont L’aldilà et celui sur lequel nous nous attardons aujourd’hui. Pas de prophétie ni même d’apocalypse en vue chez les Freudstein, mais un métrage atteignant les cimes du sépulcral, du lugubre et du malsain. Donc concernant ce sujet, si premier chapitre il doit y avoir, c’est bien du côté de Dunwich qu’il faut le chercher. Et avant d’aller jeter un œil, au sens propre comme au figuré, du côté de la Nouvelle Orléans pour clore cette sinistre épopée, le cureton suicidaire de Paura nella città dei morti viventi va faire trembler comme personne les tombes de son petit bled paumé.

Voilà ce qui arrive quand on mange n’importe quoi…

Ce qui de prime va se révéler très intéressant, s’expose dès la scène d’ouverture où le réalisateur n’hésitera pas à nous plonger au cœur du cauchemar qu’il s’apprête à nous livrer. Sublimé par la photographie du grand Sergio Salvati, la visite de la future nécropole laissant apparaître un curé adepte du nœud coulant, nous entraîne dans l’ambiance mortifère dont cette série B sera imprégnée. Assez rapidement, on comprend aussi que la perspective ésotérique de l’intrigue va, à défaut de jouer un rôle prépondérant, avoir une influence importante. Des signes divers et variés provenant des morts surviennent pour mettre en garde des vivants qui peinent à concevoir l’ampleur de la menace qui pèse sur eux. Et Fulci va habilement jouer avec cela. D’un pauvre type qui, isolé à l’intérieur une vieille maison abandonnée décide de se soulager l’asticot en se le frottant sur un orifice en plastique appartenant à sa compagne gonflable, va se retrouver face à ce qui s’apparente à un cadavre de bébé rongé par la vermine. De murs qui, frappés par des éclats de verre vont se mettre à saigner, ou encore de miroir qui se brise sans raison en passant par un rocking-chair se balançant seul dans la chambre d’un gamin éploré, le réal’ va explorer nos peurs les plus primaires pour les transformer en armes redoutables afin d’accentuer les abominations qu’il portera ensuite à l’écran.

Une revenante au teint plus très frais.

Co-écrit par l’inévitable Dardano Sacchetti, le scénario de Frayeurs va faire preuve de davantage de consistance par rapport à celui de « sa suite », qui elle se penchera plus en détails sur le livre d’Eibon. Non pas qu’il soit d’une grande linéarité, car cette péloche est d’abord une succession de passages tous plus incroyables les uns que les autres ; un peu comme une excursion à l’intérieur d’un mausolée dans lequel se trouverait des tableaux que la haute gouverne des âmes torturées aurait peinte avec ce qu’il reste de leur fluide corporel, mais il pose tout de même une trame narrative ne permettant peut-être pas d’en comprendre l’intégralité, mais néanmoins de saisir en majeure partie l’essence des maléfices qui s’abattent sur cette bourgade théâtre d’infernales exactions. Car oui, ce bis est une véritable balade sensorielle, où la terreur se mêle simultanément à la douleur et ce, qu’elle soit physique ou psychologique.

Parfaitement en phase avec la BO magnifique de Fabio Frizzi, composant un score qui n’est pas sans rappeler quelques gorissime souvenirs en provenance de Matoul, Frayeurs est l’un de ces intemporels chefs-d’oeuvre du cinéma d’épouvante, par le biais duquel son auteur savait transposer tout ce qu’il filmait en pur tourment sur pellicule. On s’y réfère continuellement, on s’y replonge sans sourciller et à ce titre, cette pépite se révèle simplement indispensable.

Lucio Fulci – Italie – 1980

Avec Christopher George, Catriona MacColl, Carlo De Mejo, Antonella Interlenghi, Giovanni Lombardo Radice, Daniela Doria, Fabrizio Jovine, Janet Agren, Michele Soavi…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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