La femme reptile (The reptile)

Une petite soirée Hammer Film de temps à autre, c’est bon pour le moral comme disait La Compagnie créole. Un Hammer flick, c’est comme une pizza pour les uns ou une bouteille de Tropico pour les autres (certains gourmets combinent parfois même le deux !)… c’est la gageur d’un agréable moment. L’assurance d’une soirée passée en charmante compagnie, la certitude d’avoir sa dose réglementaire de paysages brumeux, de châteaux menaçants et de monstres chelous. Et de monstre, il en sera bien sûr question dans ce film, mais point de Dracula, de momie ou de Garou à l’horizon. Bon, j’imagine que vous avez déjà lu le titre de cette chronique, le suspens est malheureusement éventé… Ce n’est donc pas de L’Homme insecte ni de L’Enfant mollusque dont il est question ici mais bien de La Femme reptile (plus sobrement The Reptile en VO). Tout un programme  !

Mais qui a enterré le Sergent Kabukiman ici ?

Harry et Valerie forment un mignon petit couple qui emménage à la campagne, dans un cottage non moins mignon hérité d’un défunt frère (mignon lui aussi, oui, si vous voulez). Malheureusement pour eux, la quiétude à laquelle ils aspiraient en allant s’isoler dans ce coin paumé s’avère de courte durée… De mystérieux décès similaires à celui du frangin de Harry s’accumulent alors dans la région, ce qui va pousser notre couple à mener l’enquête. Enfin surtout Harry en fait, puisque les femmes dans les années 60 étaient surtout douées pour faire la vaisselle et tomber dans des pièges… Le scénario se veut en tout cas archétypal et ne s’éloigne pas d’un pet de mouche des poncifs du genre. Les bouseux (pardon, les locaux) sont ainsi dépeints comme superstitieux et forts laids, le vieux fou du village comprends bien sûr la situation mais personne ne le prends au sérieux (parce qu’il est fou, bingo !), le gérant du pub conseille d’un air évasif «  aux étrangers  » de foutre le camp pendant qu’il en est encore temps… D’ailleurs, ce mec possède une des barbes les plus ridicules du septième Art. Chacune de ses apparitions m’envoûtait et me sortait complètement du film ! La barbe hypnotique, ça ferait un cool film d’épouvante tiens  ! Mais je m’égare, revenons plutôt à notre liste de poncifs  : Enfin, le mystérieux médecin anthropologue qui vit dans son château et qui semble cacher un lourd secret (indice  : lire le titre du film) vient clôturer cette liste non exhaustive de clichés. En clair, tout ça est quand même ultra balisé mais finalement, j’ai envie de dire que c’est précisément pour ça qu’on mate ce genre de bobine non  ? C’est comme reprocher au pizzaïolo d’avoir foutu de la mozzarella et des olives dans sa pizza  ! Si t’es pas jouasse tu la confectionnes toi-même ta calzone aux graviers  ! C’est comme ça  : quand on lance une péloche horrifique de la Hammer (ou de la Amicus) on va forcément humer à pleins poumons l’air frais des landes anglaises, on aura droit à une photographie chiadée et à des décors gothiques qui tabassent. Oui, malgré ces lieux communs (et un rythme pas franchement fiévreux), on se laisse facilement happer par cette histoire chelou d’ancienne malédiction orientale…

On dirait que ton risotto lui est resté sur l’estomac…

Il faut dire que la mise en scène de John Gilling y est pour beaucoup. Le réalisateur ne fait certes jamais d’étincelles mais son savoir-faire est prégnant, le mec sait poser ses ambiances et parvient à captiver avec pas grand-chose (on sent le budget assez léger, comme Fernand). Il tire ainsi le meilleur parti de ses superbes décors – mention spéciale à celui de la crypte dotée d’une source bouillonnante, qui aurait méritée plus de scènes tant elle en impose visuellement. Le talent du gars Gilling se fait aussi ressentir dans certaines scènes marquantes, comme celle du repas chez le docteur Franklin  : Après la ripaille d’usage, les convives se retrouvent au petit salon pour digérer peinards alors que la fille du doc’ se met à jouer un air à la cithare… L’ambiance envoûtante et progressivement hypnotique débouche sur un malaise palpable du plus bel effet. Notons aussi toutes les séquences nocturnes situées dans le château, qui nous présentent la fameuse Femme Reptile traquant ses proies, et qui distillent à chaque fois une belle tension. L’apparition tardive de la créature est finalement un bon point, le réalisateur faisant lentement monter la sauce durant les deux tiers du film, nous dévoilant uniquement une silhouette, puis une mue gigantesque, ainsi que les victimes de la bête qui s’accumulent … Le maquillage des morsures est d’ailleurs bien cradingue et se révèle vraiment malsain, graphique comme on aime ici. Car après morsure, les victimes de la femme à écailles se mettent à saliver une épaisse écume alors que leur face prend rapidement un teint verdâtre, ce qui est assez réjouissant pour tous les fans de plans crados  ! Oui, ces scènes sont vraiment cool, mais le clou du spectacle reste bien sûr les apparitions de la créature à sang froid du titre, iconique en diable  ! Même si les maquillages ont fatalement vieillis, ils conservent une grande force plastique et possèdent un je ne sais quoi de foncièrement creepy, malgré un rendu un poil cheap (le film date de 1966, comme ma maman, ouais). Un monstre ultra charmant en tout cas, qui a en outre le mérite de ne pas nous ressortir les éternels vampires du placard. Bon, on ne va pas se mentir, son modus operandi reste assez similaire à celui de Drac’ et de ses potes (deux crocs plantés dans le cou, la bestiole ne sort d’ailleurs que la nuit…) ou encore au lycanthrope, puisque la demoiselle s’avère elle-même la pathétique victime d’une ancestrale malédiction… Bref, une sorte d’amalgame, une relecture ou variation sur des thèmes plus classiques qui apporte en tout cas une fraîcheur salvatrice au genre. Et qui contribue aussi à faire de The Reptile un spectacle fort recommandable. Alors oui, dans l’écriture, on est donc vraiment sur du classique ; le film nous délivre d’ailleurs les inévitables séquences du majestueux château en flamme,  la traditionnelle exhumation au cimetière (et sous une pluie battante, j’en frétille à chaque fois !) ou encore des locaux forcément superstitieux. The Reptile parvient pourtant à s’extirper sans trop de mal du tout venant en la matière, de par sa mise en scène solide et son monstre novateur. Le prochain Hammer sur ma liste  : Plague of the Zombis, du même Gilling, et tourné vraisemblablement dans une partie des décors de La Femme Reptile. C’est vrai qu’ils ont de la gueule, alors pourquoi se priver  ?

« -Alors comme ça, vous collectionnez les cages vides ? »

Et parce qu’on ne peut décemment pas terminer l’article sans une photo du monstre titre…

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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