L’interview « presque façon Proust » de Patrick Massobrio

On vous l’avait promis dans la récente news présentant le bouquin – et nous tenons toujours nos promesses sur Monsters Squad (surtout à l’approche de Noël des fois que le Papa du même nom nous surveille…) – voici l’interview de Patrick Massobrio, le membre masculin du duo NMPM créateur des VHS ART. Soyez sympa, ne rembobinez pas tout de suite…

Bonjour Patrick ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Quel a été ton parcours professionnel ?

Bonjour, tout d’abord je tiens remercier Monsters Squad et te dire tout le plaisir que j’ai à faire cette interview avec toi. Je m’appelle Patrick Massobrio, je travaille en duo avec mon épouse Nan sous le pseudonyme NMPM et nous nous définissons comme des artisans créateurs un peu touche à tout. Depuis 2014, une grande partie de mes travaux est constituée de ce que j’appelle le « VHS Art » et transforme de vieilles cassettes vidéo en divers personnages et créatures. Avant de me consacrer pleinement à ma création personnelle, j’ai été ingénieur en informatique, puis technicien en effets spéciaux indépendant avec ma femme avant de faire un break de 3 ans en Chine, son pays d’origine. Là-bas nous avons ouvert un petit café galerie et j’ai enseigné le français à des étudiants Chinois souhaitant venir étudier en France. Un parcours assez diversifié donc, mais chaque expérience a été aussi formatrice pour la suite que riche en rencontres et je n’en regrette aucune.

Et côté cinoche, tu as donc été bercé dans les années 80 et l’explosion de la VHS ?

J’ai eu des parents assez permissifs qui m’ont laissé voir des films d’horreur très jeune, vers 6-7 ans. Mon tout premier a été Link, de Richard Franklin, lors de sa diffusion sur Canal Plus. J’ai toujours adoré les monstres et les univers horrifiques. Je ne sais pas trop d’où ça vient, ça s’est fait naturellement. Gamin, je pouvais rester de longs moments, comme hypnotisé, devant les posters d’Evil Dead 2, Les Poupées ou Freddy 3 qui ornaient la devanture du cinéma de quartier…et j’ignorais tout de ces films, les images suffisaient à faire s’emballer mon imagination. Ma mère me dit aussi que, tout gamin, la première machine qui m’a attiré était le magnétoscope. J’appuyais sur tous les boutons et du coup, je leur ai effacé pas mal de trucs en enregistrant n’importe quoi à la place. Mon père m’amenait souvent au vidéo-club et c’est là que j’ai chopé le virus du cinéma. C’était mon Pays des Merveilles avec toutes ces jaquettes incroyables.

Avant les « VHS ART » dont nous allons parler, comment t’es-tu exprimé ? Tu as réalisé des films d’animation et œuvré dans les effets spéciaux notamment. Peux-tu nous en parler ?

Oui, je dessine et sculpte depuis l’enfance mais c’est lorsque j’ai étudié les effets spéciaux que j’ai vraiment commencé à m’exprimer. C’est aussi à ce moment que j’ai rencontré Nan et que nous avons débuté notre duo dans la vie comme dans les ateliers. Nous devions réaliser deux courts métrages en fin de première année d’étude, un en pixilation (semblable à la stop motion mais incluant aussi de vrais acteurs) et un en live. Nous avons accouché de deux bébés bien craspecs et délirants qui nous ressemblaient bien. Par la suite, j’ai peaufiné ces derniers et nous les avons montrés dans de petits festivals comme la Gorenight de Dunkerque, où nous avons reçu un prix, le tout premier Bloody Week-End ou SPASM à Montréal. Le film d’animation Jeannot Goes Psycho était inspiré de Jan Svankmajer, une de nos idoles, mais à la sauce Kawai, avec une carcasse de lapin se révoltant contre la cuisinière et finissant par lui trancher la tête, Zatoichi style. Le deuxième, Tomie : Dark Flowers était un fan film librement adapté du manga culte de Junji Ito. Avec le recul, le résultat n’est vraiment pas très bon : nous étions ambitieux mais inexpérimentés et j’ai surtout été obligé de faire l’acteur à la dernière minute…et comme je joue très mal…. Mais bon, nous avons beaucoup appris et les effets réalisés avec des bouts de ficelles et des cotons tiges étaient réussis. Nous avons quand même fait sortir une personne d’un ventre à la Revanche de Freddy et surgir des créatures gluantes mi-fleurs mi-humaines d’une mare de sang. Fait amusant, le dernier film officiel en date adapté du manga, Tomie Unlimited, comprend une créature quasiment identique à la nôtre. Du pur hasard bien sûr mais on en était resté bouche bée. Mais bon, on évite de le montrer et les seules copies sont bien cachées chez nous !  Tous ces effets ont été réussis grâce au soutien de Michel Soubeyrand, notre professeur d’alors qui est depuis devenu mon meilleur ami. Il a notamment créé le fameux gode du VibroBoy de Jan Kounen (et m’a d’ailleurs prêté le moule original pour que je m’en tire une copie !).  Tout en poursuivant nos études, nous avons commencé par travailler comme ses assistants avant de voler de nos propres ailes. Et le premier job que nous avons décroché fut d’ailleurs un film hard, La Vierge et le Démon, de Jack Tyler. Nous devions réaliser un masque et des gants pour la créature du film. Je suis assez fier de cette expérience car elle reste une de nos meilleures : le réalisateur était une personne très sympathique et cultivée, mais surtout honnête et de parole. Et nous n’étions pas peu fiers de découvrir les « performances » de notre créature sur le DVD !

Parlons à présent de ces fameuses VHS : outre via ta culture ciné, comment t’es venue cette idée ?

Le plus simplement du monde. Je regardais une cassette vidéo et j’ai trouvé que cela ressemblait à un visage anguleux. Qui plus est, à cette période, des blogs américains et anglais commençaient à évoquer le « revival » inattendu du format alors que le DVD était à son apogée. Ce retour d’entre les morts m’a donc inspiré trois zombies, les « Video Dead », réalisés notamment avec quelques restes de nos travaux d’effets spéciaux. Cela a ensuite évolué vers les « Video Store Memories » qui, elles, transforment les VHS en personnages cultes du cinéma. Je ne suis pas un collectionneur de VHS ni un nostalgique du format. Quand on voit aujourd’hui l’image des blu ray, j’aurais bien du mal à revenir à la qualité VHS. Mais ma culture ciné s’est construite via ces petites briques noires et elles sont une part essentielle de mon enfance. Je ne pouvais pas m’en débarrasser sans état d’âme et je leur ai donc donné une seconde vie.

Tu travailles en duo avec ton épouse Nan. Comment fonctionnez-vous ?

Nous travaillons toujours à quatre mains mais nous avons divers styles de créations très différents selon lesquelles l’influence de l’un ou de l’autre est prédominante. Pour ce qui est des VHS Art, c’est moi qui assure la conception et Nan vient apporter ses compétences et son expérience sur divers éléments.  Elle réalise notamment tous les travaux de couture et de découpe sur les masques et me remplace sur le lettrage si nous travaillons sur plusieurs pièces en même temps avec des délais restreints. Dernièrement, nous avons fait appel à nos amis créateurs Anne et Alex, alias « Le Rat et L’Ours » (http://rat-ours.com/), pour crocheter un bonnet aux dimensions d’une VHS en vue d’un hommage au Ogroff de Norbert Moutier. On adore ce type de collaboration entre potes.

Entre l’idée d’un sujet ou la commande reçue et le produit fini, tu as en moyenne combien d’heures de travail ?

C’est très variable. Cela peut varier d’une petite semaine pour un modèle simple à un mois de boulot pour une très belle pièce incluant beaucoup d’éléments en relief. Nous sommes très attentifs aux petits détails donc cela prend du temps. Nos clients le comprennent bien et pour l’instant, nous n’avons rencontré que des personnes qui nous laissent volontiers tout le temps nécessaire à un résultat optimal.

Aujourd’hui tu sors un livre reprenant tes créations mais pas seulement. Il y a des textes qui accompagnent les photos. Tu peux nous en dire plus ?

L’idée du livre m’est venue l’année dernière lors de la rencontre avant décrochage de notre exposition au Vidéo Club de la Butte, un des derniers de Paris. Nous avons passé une super soirée en compagnie de Christophe et Céline Petit, les patrons, François, le frère de Christophe qui a également travaillé dans le vidéo-club mais aussi de nombreux clients habitués et amis comme Patrice et Stéphanie de Hors-Circuits. Tout au long de la soirée, chacun y est allé de ses souvenirs et anecdotes liées à la VHS et à l’âge d’or des vidéo-clubs. C’était vraiment très intéressant et parfois émouvant à écouter. J’ai donc voulu recréer l’ambiance de cette soirée dans le livre, d’autant que c’est vraiment de ce type de souvenirs que sont nées nos créations. J’ai ainsi invité des personnes de divers horizons et pays, rencontrées à travers le projet et qui sont devenus des amis, à partager leurs souvenirs dans ce livre. Ce sont des collectionneurs, des cinéphiles, des journalistes venant de France, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et même de Chine, tous unis par une passion communicative du cinéma. On y retrouve notamment Josh Schafer de « Lunchmeat VHS », qui a été le tout premier à écrire sur nos travaux dans son fanzine et, pour la France, notre David Didelot national ! J’ai vraiment été très touché que tous acceptent de participer à ce livre et c’est intéressant de comparer les similitudes et différences dans les souvenirs de personnes de différents continents. Et comme une grande partie des personnes qui nous supportent viennent de pays anglophones, nous tenions à ce que le livre soit en français et en anglais. Cela rajoutait une charge de travail supplémentaire non négligeable mais, pour nous, c’était essentiel et un moyen de les remercier.

Quelles seront tes futures créations ? Des commandes ou des idées en vue ?

Oh que oui. En plus de quelques commandes personnalisées, j’ai une dizaine de personnages sur le feu dont Sybil Danning dans Hurlements II ; les frangins de Basket Case ; la Frankenhooker ; Zatoichi et un Critters. J’ai aussi plusieurs idées d’évolution pour le « VHS ART », j’aimerais notamment réaliser des personnages tout en volume, comme des marionnettes à fils. Mais comme chaque pièce demande du temps pour être de qualité, cela va m’occuper un bon moment.


Les 10 questions « passion » façon Proust :

Quel est ton premier film vu (et le contexte) ?

Le premier dont je me souvienne vraiment en tous cas, et qui m’a marqué à vie : Ghostbusters que j’étais allé louer avec mon père pour le week-end. Gozer et ses yeux rouges m’avait terrorisé.

Ta scène ciné culte ?

Le final des Yeux sans visage de Franju, la scène dans laquelle Edith Scob quitte la demeure avec des oiseaux. C’est sublime. 

Le film qui t’a le plus déçu voire énervé ? Pourquoi ?

Zatoichi : The Last. Je déteste ce film. La bande-annonce était pourtant prometteuse et la présence de l’immense Tatsuya Nakadai, qui avait déjà croisé le fer avec Shintaro Katsu dans la série originale, inspirait confiance mais le résultat est déplorable. Ichi est mon personnage favori, et l’idée d’un film montrant ses derniers jours était intéressante, mais le traitement n’a ici ni queue ni tête. Déjà le personnage est trop jeune et ils sont allés chercher un chanteur à la mode incapable d’incarner le masseur aveugle de manière convaincante. On dirait qu’il coule un bronze à chaque fois qu’il s’énerve. Mais le pire reste l’état d’esprit général, qui semble juste vouloir détruire un mythe adoré des cinéphiles. Le film est sorti dans la même période que les Batman de Nolan, qui apportaient plus de réalisme à l’univers du Dark Knight, et c’est ce que semblent avoir cherché à reproduire les responsables de ce film. Sans succès. Du coup, oublié le Zatoichi virevoltant et charismatique qui taillait les bad guys en pièces dans des chorégraphies démentielles. Ici, Ichi agite les bras dans tous les sens, crie, se casse la gueule et se fait découper par le moindre petit ennemi. Il gagne presque toujours par chance. Et, attention spoiler…….la mort du personnage se contente de repomper, en beaucoup moins bien, la fin d’un chambara mythique avec Meiko Kaji. Triste jusqu’à la dernière minute…

Quand Zatoïchi coule un b(r)onze…

Ton moment, ta scène d’humour préférée ?

La scène dans Les Aventures de Jack Burton dans laquelle Kurt Russell embrasse Kim Cattrall avant de narguer Lo Pan avec une énorme trace de rouge à lèvres sur la tronche. C’est une idée géniale et Russell est énorme ! Et les dialogues sont mortels :

– « Tu sais ce que Jack Burton dit toujours dans ce genre de situation ? »

– « Qui ? »

– « Jack Burton….MOI ! » 

Ce film est un monument.

Ta scène gore favorite ?

La scène d’ Evil Dead 2 dans laquelle Ash se prend un énorme geyser de sang en pleine poire avant que la tête de cerf empaillée ne se foute de sa gueule bientôt suivie par tout le mobilier de la maison. Mythique ! 

Ash s’amuse avec son cerf violent

La scène érotique la plus bandante, excitante pour toi ?

Brigitte Lahaie uniquement vêtue de bottes et d’une cape avançant faux à la main dans Fascination de Jean Rollin. Elle disait dans l’excellent livre « Les films de culte », qui lui est consacré, que c’était le film où elle se trouve la plus belle. Je suis bien d’accord sur ce point.

Le film le plus déjanté que tu aies vu ?

Sans doute possible Hausu de Nobuhiko Obayashi. Ce n’est pas un film, c’est une expérience. Il ne semble pas y avoir de juste milieu, on aime ou on déteste. Personnellement, je pourrais me le passer en boucle.

La scène la plus flippante à tes yeux ?

La scène du cinéma dans Messiah of Evil. Le personnage interprété par Joy Bang regarde un film dans une salle déserte qui se peuple petit à petit de possédés.

Ton actrice/acteur sur laquelle/lequel tu as fantasmé (mais vraiment hein) ?

Rollin again…Joëlle Coeur dans Les Démoniaques (ou tout autre film d’ailleurs). Ah Joëlle…

Cadeau Patrick : les deux pour le prix d’une…

Ton souvenir le plus marquant lié au ciné ? (film, rencontre, visite d’un lieu de tournage,…)

C’est tout récent. Ma rencontre avec Kevin Van Hentenryck, alias Duane Bradley dans Basket Case (voir photo ci-dessous. Non ce n’est pas Gérard Lenorman…ndlr), qui est venu se balader sur notre stand lors de la convention House of Horrors en novembre dernier. Un moment tout simple, à discuter de nos travaux avec un de mes acteurs cultes, qui est en plus une personne des plus sympathiques. 

Un grand merci à Patrick pour sa gentillesse (même s’il mélange les noms…private joke 😊 ) et sa disponibilité et bravo à Nan et lui pour leur travail passionné !

Les liens utiles :

Pour commander le livre : http://nmpmshop.bigcartel.com/product/video-store-memories-le-vhs-art-de-nmpm-livre-book ; 

Pour voir le travail de Nan et Patrick là : http://nmpmshop.bigcartel.com/category/vhs-art .

Facebook : https://www.facebook.com/nmpmvhsart/ 

Instagram : https://www.instagram.com/patrick_nmpm/?fbclid=IwAR1Q-AZ5QT1mL22SqmvGNqlFfZwHSRQRm1ZntJZ297_LTvsbPMXYCTFqEEk

Gérard Lenorman Duane Bradley (Basket Case)

 

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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