Shadow Creature

C’est moi ou le monde dans lequel on vit devient de plus en plus oppressant  ? Surpopulation galopante, destruction de la faune et de la flore, guerres multiples, réchauffement climatique, JUL, migrants qu’on laisse mourir par centaines, attentats, Trump, Poutine, Bolsonaro, Guillaume Canet… Ouais, ça fait beaucoup… Dur. Heureusement que le cinéma existe, c’est moi qui vous le dis. Ça fait parfois du bien de se déconnecter de cette réalité qui pue la crotte de poney. De se laisser porter par une petite bisserie dont la seule prétention est de nous divertir et de nous faire poiler pendant 1H20. Salvateur  !

Les 90’s, une époque d’insouciance.

En lançant le DVD de Shadow Creature, rien ne laisse pourtant présager une quelconque poilade. L’affiche du film et le pitch (la brioche qu’on transporte) au dos du boîtier laissent même penser qu’on va avoir affaire à une petite bobine SF bricolée et naïve. Ce qui ma foi n’est qu’à moitié vrai  ! Après un générique hystérique et grandiloquent aux violons stridents, la première scène dissipe tout malentendu : ce film est une vaste blague  ! Pour vous la faire courte, Shadow Creature raconte l’enquête que mène un flic sur des meurtres barbares. Ses investigations vont le conduire sur la piste d’un mutant au look reptilien engendré par le mélange accidentel entre une lotion capillaire et des moules (?)… Et c’est parti pour un festival de conneries en barre  ! Commençons par le plus savoureux, la galerie de personnages menée par l’incroyable détective Brighton. Musculature de mammouth, regard bovin et charisme de belette, le héros possède un charme tout animal qui plaira sans nul doute aux spectateurs adhérents de la SPA. Crétin incroyable, petit enfant coincé dans le corps d’un catcheur, c’est surtout un perso assez irrésistible  ! Tous les caractères sont attachants, du maire de la ville (forcément véreux) aux junkies décérébrés en passant par le scientifique roublard, la ribambelle de personnages fait plaisir à voir, mais Brighton remporte haut la main la palme du plus cool personnage, ainsi que notre adhésion. Les dialogues hilarants et dignes d’un soap enchérissent d’ailleurs dans le croustillant, alors que les acteurs semblent en roue libre totale et en rajoutent des caisses dans le surjeu et l’outrance… Bon, on ne va pas se mentir, certain sont tout simplement mauvais.

Un oeil pour une dent. Illustration de la loi du Talion .

Car comme souvent dans ce genre de prod’ qui frôle l’amateurisme, la technique est forcément rudimentaire  : le travail sur la photographie semble inexistant, la réalisation de James Gribbins (dont c’est l’unique film) reste assez sommaire et le montage est souvent dans les choux. Seuls les maquillages naviguent entre l’acceptable et le convainquant. Les quelques effets gores qui émaillent le film tirent même leur épingle du jeu, les séquences cradottes sont souvent fun, dommage que la réalisation ne les mette pas toujours en valeur. La créature, attrait number 1 de ce genre de film (on veut des monstres bon dieu !) est malheureusement assez mal branlée. Et pas franchement mémorable, pour le coup. Sorte de bestiole reptilienne dotée de fringues déchirées et de dents acérées, la « créature de l’ombre » du titre est un cousin éloigné (et pauvre) du Lézard de chez Spiderman… Ou du Loup-garou. Certaines scènes parviennent cela dit à la rendre vaguement impressionnante, comme lors de cette course-poursuite nocturne dans les couloirs déserts de l’université… Mais la plupart des séquences de massacre dans lesquelles la chose apparaît ne sont pas très bien foutues, à l’image de la séquence de métamorphose faciale qui aurait méritée d’être filmée de plus loin. Ou dans le noir.

Je savais que je n’aurais pas dû manger les palourdes du « Japopo’s »…

Mais ne boudons pas notre plaisir, parce qu’on passe pourtant un bon moment  ! Le tout est envoyé avec un telle nonchalance de gros branleur qu’on ne peut qu’apprécier. Le réalisateur ne se prend jamais au sérieux et ne cherche clairement pas à gagner un oscar, il se fait juste un kiff régressif et tente d’embarquer avec lui ses spectateurs. On est ici sur de la grosse gaudriole débilos, du pastiche de SF très très con mais aussi très fun. Une parodie vraiment amusante, pour peu qu’on soit friand d’humour type bac à sable (ou ras des pâquerettes, si on préfère les fleurs). Dans l’esprit, ça m’a un peu fait penser à Ghoulies III, c’est tellement bête, tellement naze que ça en devient parfois génial… Ce qui n’empêche pas le fil narratif, si classique soit-il, de se révéler satisfaisant et parfaitement ponctué en plans gorets et autres réjouissances. Le rythme se montre en effet bien géré ici. Résultat, le film n’est jamais chiant, ce qui n’est pas toujours le cas de ce type de cinéma.

J’ai comme un creux à l’estomac…

Un héros malabar sous stéroïdes, un hybride homme-moule, des contre-plongées (beaucoup de contre-plongées !), des séquences dégueux et des dialogues absurdes, Shadow Creature est une petite gourmandise parfaite pour oublier pendant quelques minutes la laideur de notre quotidien. L’ambiance et les perso’ sont d’ailleurs si sympathiques qu’on aurait presque aimé qu’une seconde aventure du Détective Brighton soit mise en boite… Presque  !

Brighton n’est pas qu’une montagne de muscles, c’est aussi un lecteur émérite.

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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