EN EAUX TROUBLES

Jonas Taylor, un ancien plongeur spécialiste des sauvetages en eaux profondes, va être recruté par les membres d’une base aquatique afin de secourir une équipe de scientifiques coincés à l’intérieur de l’épave d’un submersible endommagé par l’attaque d’un requin long d’une vingtaine de mètres. Reclus en Thaïlande depuis maintenant cinq ans à cause d’une intervention sur un sous-marin qui fut perturbée par l’appétit d’un squale géant, et qui coûtera la vie de quelques uns de ses amis, Taylor sera d’abord réticent à l’idée de retourner barboter dans la flotte, mais acceptera finalement la proposition. Une bonne occase’ pour lui afin de faire face à ses vieux démons, et d’enfin régler quelques comptes avec la grosse sardine meurtrière…

Statham prêt à en découdre avec le squale. Attention, ça va chier!

A la suite du relativement sympathique Peur Bleue de Renny Harlin, la sharksploitation est devenue un genre plutôt en vogue. Certes, pas mal de Z indéfendables tournés avec quatre boîtes de thon et une poignée de CGI pourraves ont vu le jour par paquets de dix, mais aussi et surtout un certain nombres de films vont tout de même se démarquer de par leurs indéniables qualités. Que l’on pense au claustrophobique 47 meters down, à l’excellent Instinct de survie ou à l’angoissant The reef de l’Australien Andrew Traucki, le cousin pas si éloigné de Bruce fût plutôt à l’honneur lorsque son destin fût confié aux paluches expertes de réalisateurs talentueux. Alors quand la Warner annonce la mise en chantier d’une bande qui résulte d’un projet, en stand-by depuis 97, récupérée chez Disney et inspirée du best-seller Meg : A novel of deep terror de Steve Alten, que le métrage va être doté d’une enveloppe de 130 millions de dollars et qu’en plus, c’est Jason Statham qui va tenir le rôle principal : il y a franchement matière à s’astiquer l’aileron.

La vilaine bête fait la connaissance d’une jeune gamine…

Et c’est ce qu’ont fait les fans en patientant jusqu’au jour où ils ont pu visionner la bête sur les écrans des salles obscures. Une attente aussi conséquente que la saucisse d’une baleine, qui pour beaucoup va résulter en un espoir fou de découvrir un nouveau fleuron digne des Dents de la mer premier du nom. Mais la chute va être brutale pour une bonne partie d’entres eux car en définitive, on va se situer à des années-lumière du chef-d’oeuvre de Spielberg. Et si consanguinité avec Jaws il y a, alors c’est plutôt du côté de l’opus 3 qu’il va falloir la chercher.

Confié aux bons soins de Jon Turteltaub, fort d’une filmographie comptant à son palmarès Rasta rockett et des Benjamin Gates, – ouais je sais, ça rassure pas des masses -, En eaux troubles ne va, d’un point de vue strictement narratif, en aucun cas s’empêtrer dans une intrigue complexe et difficilement préhensible. Turteltaub, malgré la durée confortable de son métrage, soi tout de même presque 2 heures, va aller droit au but ; privilégiant l’action, les multiples interventions du féroce mégalodon, et les hallucinantes prouesses du transporteur. Pourquoi pas après tout. Très rapidement, on comprend vite que développer la psyché de ses personnages n’est pas vraiment au cahier des charges du scénario et, que le metteur en scène semble s’en battre royalement les rouleaux en préférant se concentrer sur la baston programmée entre Statham et le prédateur glouton. Inutile donc de chercher la moindre trace du trio Brody, Quint, Hooper, car l’ensemble de l’oeuvre va être conçue uniquement sur une dynamique formatée pour le grand spectacle et rien d’autre. Et concernant cela, on ne va pas être déçu.

… et c’est pour mieux la bouffer!

Dans la droite lignée d’un Bruce Willis en mode Armageddon, Jason Statham va faire le show à lui tout seul. Présenté comme la fine fleur de son domaine de prédilection, chaque séquence particulièrement forte de la bobine va faire la part belle au chauve expendable. Et elles vont être nombreuses, même si parfois aussi divertissantes qu’amusantes. Même face à un gigantesque bestiau, le Statham est naturellement chaud et n’a peur de rien : car à partir du moment où tu lui files une paire de palmes et un tuba, il te transforme le meg en une barquette de poisson pané. Et ce, jusqu’à plus soif et sans aucun souci de réalisme quelconque. Cela reste résolument fun, surtout lors de ce final que je ne vous ferai l’affront de vous dévoiler, via lequel on atteint des sommets de pur n’importe quoi. Mais on ne va pas s’en plaindre, parce que le contrat est plutôt bien rempli et qu’on a parfois l’agréable sensation d’assister au retour d’un Enzo Castellari auquel on aurait octroyé des ressources pharaoniques afin d’aller filmer du fossile vivant.

Mais tout finira bien. Car Poupette, Choupinette, Clarinette où je ne sais quoi, aura la vie sauve.

En parlant de fossile, la deuxième star de ce Mégalodon qui n’est autre que la créature affamée issue des abîmes de la mer, n’est pas mal non plus dans son style. Monstre surpuissant adepte de la destruction massive, il bénéficie d’une somptueuse modélisation synthétique qui le rend tout bonnement très impressionnant. Cerise sur le gâteau, étant donné qu’il est carrément bien fichu, le réal’ ne se fait pas prier pour nous le montrer dès que l’opportunité se présente, et non sans un certain brio. Impératif et primordial à l’égard de ce type de prod’.

Très inégal dans sa conception, The meg n’est, ne sera, et n’a pas la prétention de s’imposer comme l’héritier légitime de la pépite du grand Steven, mais plutôt telle une série B dotée de riches moyens et prompt à divertir du spectateur. Nous sommes ouvertement sur une base destinée à un large public et qui n’a pour unique objectif la rentabilité, mission qu’il remporte haut la main en ayant rapporté un truc comme cinq fois la mise initiale du budget qu’il lui était alloué. Pour une péloche plus sombre, ou tout du moins clairement plus horrifique, il aurait peu être fallu laisser derrière la caméra un Eli Roth initialement envisagé. M’enfin, on verra ça si séquelle il y a…

EN EAUX TROUBLES 

John Turteltaub – Etats-Unis et Chine – 2018

Avec Jason Statham, Li Bingbing, Winston Chao, Jessica McNamee, Ruby Rose, Rainn Wilson, Cliff Curtis, Robert Taylor…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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