Les Indestructibles 2

Le Retour de la Super Famille

Il aura finalement fallu attendre un peu plus de 13 ans avant de voir émerger une suite aux Indestructibles, de nouveau pilotée par son auteur original, le génial Brad Bird, qui se réconcilie avec le film d’animation après deux passages très réussis du côté du film live. Et difficile, malgré l’aura d’auteur respecté de l’ami Brad, de ne pas être inquiets concernant nos attentes face à ce film aux allures de Madeleine de Proust. Donc finalement, qu’est-ce que ça vaut ce nouvel épisode ?

Le premier volet étant l’un des films du studio Pixar le plus respecté et porté aux nues par une fan-base très active, l’annonce de la production de cette suite avait généré pas mal de réactions, généralement assez contrastées, entre approbation totale et nette méfiance, voire agressivité, de la part des internautes. Une fan-base dont la moyenne d’âge tourne autour des 25 ans, ce qui met en évidence le caractère très générationnel d’un film comme celui-là.

Brad Bird annonçait dans une interview récente que la principale tentation lorsqu’on aborde une suite est d’analyser ce qui a plu lors du premier film et de tenter de le reproduire dans la suite, mais que cette méthode avait des allures d’impasse qui finissait sur un film souvent tout foiré et déconnecté de son propre univers. Selon lui, il est simplement plus judicieux de rendre la suite fidèle au premier film, à sa logique de création et à son univers interne, en cherchant à le rendre tout de même imprévisible.  Un élément qui explique peut-être déjà mieux le choix de démarrer ce second volet au moment exact où s’achevait le premier. Un choix qui désamorce évidemment l’envie parfois revendiquée par certains fans de voir une suite présentant une famille de super héros ayant vieilli et acquis de l’expérience, sous la forme d’une éventuelle équipe B parodique des Avengers. En effet, la logique d’application des pouvoirs de chaque personnage n’a de sens que lorsqu’elle est appliquée aux rôles qu’ils occupent dans le premier film (la super-vitesse de Flèche lié à son caractère de gosse hyperactif, l’élasticité d’Helen qui renvoie à son adaptabilité dans son rôle de mère au foyer,…). La modification de ces rôles et caractéristiques auraient donc rendu lesdits pouvoir bien moins lourds de sens, voire carrément inappropriés.

Les Parr prêts à en découdre avec le démolisseur, introduit à la fin du premier volet

Cette volonté de garder le film dans les clous plantés par son prédécesseur permet donc de respecter ce parti-pris mais amène le film sur le terrain risqué de la redondance. Heureusement, même si on nous joue à nouveau la carte de la cellule familiale dysfonctionnelle appliquée à des êtres super-héroïques, c’est pour nous montrer cette fois-ci Elastigirl reprendre la dynamique de son mari dans le premier volet (elle quitte le foyer pour aller jouer les super-héros pendant que Bob s’occupe du ménage et des enfants). Un choix scénaristique qui joue le jeu de l’inversion et permet au film de mieux rentrer en phase avec son époque en questionnant discrètement nos représentations d’une cellule familiale « classique ». Certes, ce n’est peut-être pas très original mais le film a, d’un côté le mérite d’être clair sans pour autant marteler son message à coup de masse portative, et d’un autre l’intelligence de traiter le sujet presque uniquement via le versant super-héroïque du personnage Bob. D’autant plus que ça permet la mise en place de quelques scènes parmi les plus drôles du film, notamment la scène à la fois hilarante et ultra-ludique dans l’apparition graduelle des pouvoirs de Jack-Jack lors de son combat contre… Un raton-laveur. Parce que oui, ce film est drôle, très drôle, hilarant même. Que ce soit dans ses dialogues, ses situations, et surtout sa grammaire visuelle, l’humour présent fait systématiquement mouche et n’a vraiment aucun mal à faire contracter les zygomatiques. Un élément très rassurant qui justifie sûrement à lui seul le visionnage du film.

Ce raton-laveur s’apprête à passer un très mauvais moment

Tout comme dans le premier volet, Brad Bird offre en filigrane un commentaire de sa vision du film de super-héros, notamment via un jeu de citations régulier de certains modèles du genre, particulièrement les Spiderman de Sam Raimi, lors par exemple de l’attaque du monorail ou lorsqu’Elastigirl virevolte entre des buildings à la recherche de l’hypnotiseur, antagoniste principal de cette suite. Il adopte également une nouvelle fois une approche très haute-en-couleur du système de représentation lié aux êtres super-héroïques, qui tranche énormément avec la norme actuellement imposée par les deux mastodontes producteurs de films du genre, Disney et la Warner, à savoir : un ancrage plus réaliste et fonctionnel appliqué à l’équipement général du super-héros, costume en tête. Ici donc, place à l’ancienne tradition des collants et juste-haut-corps de couleur vives et très identifiables, ce qui, malgré l’aspect éventuellement kitsch pour certains, a au moins le mérite d’être rafraichissant.

Une toute nouvelle galerie de personnages

Ce deuxième volet voit donc l’apparition d’une nouvelle flopée de nouveaux super-héros, chacun avec son pouvoir attribué, ce qui amène le film a souvent caractériser l’aspect surhumain de ces nouveaux protagoniste par leur seule, unique et très spécifique habilité, et ça, ça amène un double effet sympa. D’un côté, le film n’a aucun mal à les humaniser via un ensemble de caractéristiques plus humaines et plus communes assez foisonnant, ce qui a pour effet de créer une empathie plutôt forte pour ces personnages. D’un autre côté, cela permet d’amener le film vers un parti-pris à nouveau très ludique de confrontation de ces différents pouvoirs, qui va d’ailleurs servir de principal moteur narratif lors des divers affrontements de la séquence finale, et cette logique de mise en opposition de particularités renvoie à une démarche finalement très populaire de cour de récréation, où on passait notre temps à se demander qui de super-bidule ou de super-trucmuche l’emporterait dans une confrontation directe, en justifiant nos choix par les logiques internes de fonctionnement de chaque pouvoir de chaque super-héros évoqué.

Enfin, le dernier gros point fort de ces nouvelles aventures de la famille Parr est la lisibilité exemplaire de ses scènes d’actions. Ce qui, certes, peut éventuellement s’expliquer par les spécificités du cinéma d’animation, permettant une action souvent plus ciselée, mais cela nierait surtout le talent à l’œuvre de son auteur, qui a prouvé à quel point il maîtrisait ce genre d’exercice depuis… le premier volet des Indestructibles justement. J’en veux d’ailleurs pour preuve l’hallucinante scène d’attaque de la maison de Frank Walker par les robots dans A la Poursuite de Demain, l’un des deux films live actuellement à l’actif du réalisateur.

En bref, une proposition comme celle-ci, qui parvient à nous faire rire une nouvelle fois en parodiant l’univers des super-héros tout en en respectant les codes sans les travestir, reste plus que bienvenue. Particulièrement à l’heure du formatage consensuel actuellement vécu par le film de super-héros, qui, du côté des grosses productions, joue souvent maladroitement la carte de la déconstruction méta pour se donner des airs intelligent mais finit bien souvent par ridiculiser ses icônes dans une démarche des plus nihiliste. Les Indestructibles 2 est un must, pour le cinéma d’animation, pour le film de super-héros, et au moins une récréation rafraichissante, même pour les plus réfractaires.

Vinouze
Atteint du virus depuis ma découverte d’une trilogie se déroulant dans une galaxie très lointaine, mon dada à moi, c’est le cinéma « bigger than life », même (et surtout) lorsque celui-ci est fauché comme le blé. Du blockbuster dantesque à la série Z gore, ma curiosité m’amène partout, avec une fameuse préférence pour les univers abordant le jeu vidéo depuis mes pérégrinations de gosse dans la peau d’un certain hérisson bleu.

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