LE CHEVALIER DU MONDE PERDU

Dans un monde où toute forme de civilisation telle que nous la connaissons a totalement disparu, un mercenaire solitaire sillonne les routes en chevauchant sa moto parlante. Après avoir été malmené par une poignée de renégats, ledit chevalier va s’encastrer la gueule au milieu d’une falaise, mais va être remis sur pied par une étrange communauté ayant le pouvoir de soigner ses blessures par la force de l’esprit. En contrepartie, les gus en robe blanche vont lui demander un menu service : délivrer leur mentor, un scientifique fait prisonnier par l’armée d’un tyran nommé Prossor. Au départ hésitant, le valeureux guérillero va finalement se laisser convaincre par les arguments de la progéniture de ce dernier…

Apocalypse prends garde, car y a Robert qui débarque !

Tremble Max Rockatansky…

En ce début des années 80, suite aux bombes Mad-Maxiennes préparées par George Miller qui ont pilonnées le box-office mondial, un bon paquet d’avatars plus ou moins réussis va voir le jour de l’autre côté des Alpes. De par ce sous-genre devenu une véritable spécialité chez nos amis transalpins, nous allons parfois découvrir du postnuke franchement fréquentable, Les guerriers du Bronx, Les nouveaux barbares ou l’excellent 2020 Texas gladiators, mais aussi subir quelques titres qui vont faire morfler les carrières romaines comme personne : avec des bandes telle que La chasse aux morts-vivants ou encore le douloureux She d’Avi Nesher. Pas de doute donc, en territoire italien lorsque l’on aborde le thème du néant apocalyptique, il y a à boire et à manger. Et vu la tenue visuelle des premières minutes de ce Chevalier du monde perdu, il paraît peu probable que cette péloche contribue à rehausser le niveau de ce type de production. Mais c’est pas très grave, parce que l’on va bien rigoler…

La séquence d’ouverture est à elle seule un monument du cinéma bis. Avec en fond un soleil brûlant, on découvre notre baroudeur déterminé à s’enquiller des kilomètres d’asphalte, le tout juché sur sa monture mécanique qui lui balance des vannes pas drôles toutes les 30 secondes. Mais de nombreux dangers vont rapidement se mettre en travers de son chemin. Bon, danger est un bien grand mot, car si le héros doit se farcir les troupes de l’armée Omega, celle dirigée par Prossor, le gonze possède à tout casser une vingtaine de soldats à sa solde. Alors voilà, il ne doit pas faire face à des légions napoléoniennes non plus, donc pas besoin de s’appeler John Rambo pour triompher de toute cette petite cohorte ; et c’est tant mieux me direz- vous, parce que n’oublions pas que c’est Robert qui s’y colle. Après deux ou trois acrobaties afin d’éliminer ses poursuivants, le motard reclus, qui au passage a pris sans broncher une balle qui va lui exploser l’épaule et une flèche perforant sa jambe va, par on ne sait quelle prouesse, se fracasser bêtement contre ce qui apparente à une colline. Et dans la foulée, se retrouver allongé sur une table autour de laquelle des individus aux allures sectaires vont lui faire disparaître par magie les séquelles de son accident. Pourquoi et comment l’ont-ils récupéré ? Pour avoir cette réponse il suffit de laisser libre cours à son imagination je présume. Mais nous ne sommes pas – encore – à un anachronisme près.

La puissante armée d’Omega…

… face aux puissantes légions du Robert! Ça promet une bataille pour le moins épique…

Malgré un rythme pas forcément déconnant, l’ensemble reste aussi mou que peut l’être Ginty lorsqu’il tente de se la jouer rebelle sans dieux ni maîtres. On n’y croit pas une minute, et lui non plus d’ailleurs, et il va falloir patienter jusqu’à la scène de la traversée des souterrains pour commencer à s’amuser un peu. En effet, dans l’optique d’atteindre la base ennemie le guerrier motorisé va devoir, en compagnie de la fille de l’otage qu’il doit libérer, se coltiner un long périple du style 200 mètres à même une espèce de tunnel pas vraiment bien fréquenté. Pour le coup, le réalisateur va légèrement desserrer les fesses et se lâcher un peu. M’enfin, pas de quoi éclabousser la faïence, mais il va envoyer trois ou quatre malheureuses mygales, un vieux serpent sous lithium et une poignée de mutants s’obstinant à rester dans l’obscurité, venir perturber l’escapade des deux futurs tourtereaux. C’est toujours ça de pris…

Arrive ensuite le clou du spectacle qui va se dérouler en deux temps. De prime la libération du leader de la confrérie, où Ginty va dégommer l’intégralité des hommes de main du despote. Facile. Même si en passant sa belle va se faire capturer puis torturer par l’odieux persécuteur. Et quelle torture ! Dans les grandes lignes, l’ex-miss Inde 1965 Persis Khambatta (Star trek the movie) va grimacer attachée sur une plaque lumineuse lui chauffant le postérieur, pendant que l’infâme Prossor, sous les traits d’un Donald Pleasence qui s’en donne à cœur joie, va appuyer frénétiquement sur les boutons d’une télécommande afin de lobotomiser sa prisonnière. Transcendant. Puis on passe à la phase de recrutement d’une légion de combattants afin de mettre un terme définitif aux agissements de l’usurpateur. C’est donc avec une palanqué de gus tous plus absurdes les uns que les autres que le sauveur de la planète va donc mettre à mal l’organisation du méchant oppresseur. Accompagné de nanas s’enfilant des collants sur la caboche, de mecs sapés comme des drags queen, de karatékas en tenue de combat – n’importe quoi – Robert Ginty va mollement renverser le régime autoritaire mis en place, avant de partir vers de nouvelles aventures qui ne verront jamais le jour, sans même avoir pris le temps de lever sa douce et tendre compagne. Le con…

A la vue de la tronche de la victime, quel peut bien être l’outil de cette torture?

Avec un casting qui a probablement dû engloutir la quasi-intégralité des quelques lires constituant le budget que cette œuvre inclassable, Warrior of the lost world c’est un peu l’exemple même des fonds de tiroir de ce que produisait encore la Botte à la période où son ciné était alors au bord du précipice. Impossible de le rejeter en bloc, tant les situations, la bonne volonté, ainsi que le charme désuet et nostalgique qui en émane nous procurent encore, une trentaine d’années plus tard, un plaisir certain et non dissimulé. Ce n’est certes pas très bon dans sa globalité, mais I predatori dell’anno Omega demeure néanmoins fort divertissant. Et puis un film avec Ginty, ça reste quelque chose dont il serait dommage de se priver.

LE CHEVALIER DU MONDE PERDU

David Worth – Italie et Etats-Unis – 1983

Avec Robert Ginty, Persis Khambatta, Donald Pleasence, Fred Williamson, Harrison Muller Sr, Phillip Dallas…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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