L’Heure de la Sortie / School’s Out

Le cinéma de genre à la française, dans ses expressions d’horreur et fantastique, bénéficie rarement d’un large rayonnement dans son pays d’origine. Les dernières tentatives pour réhabiliter un cinéma de ce registre dans l’hexagone ne se concentraient malheureusement que sur des productions trop désireuses de plaire à un large public que pour réellement mériter cette étiquette (exemple au hasard, comme ça, Grave, de Julia Ducournau). Paradoxal lorsque la presse généraliste francophone se complait à qualifier ce type de tentative de – attention ça va faire mal – « renouveau du cinéma de genre ». Une qualification que je retrouvais un peu trop souvent pour cette Heure de la Sortie. Autant dire donc que je ne débutais pas le visionnage du second long-métrage de Sébastien Marnier avec les meilleures considérations.

Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint-Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

Et pourtant, j’étais loin de me douter du potentiel que recèlait ce film inhabituel. Première chose qui frappe, de base, c’est son jeu d’acteur impeccable. Celui-ci se développe en toute sobriété, là où une tendance de la langue française est de montrer des acteurs parfois hésitants, et butant sur les mots pour amener du réalisme, les répliques sont ici prononcées sur le fil, tout en gardant un côté naturel et vraisemblable. Un élément qu’il est d’autant plus important de souligner que la majorité des rôles importants du film (mis à part le personnage principal, interprété par Laurent Lafitte) sont ici incarnés par des adolescents.

Cette sobriété dans les dialogues vient se coupler à une mise en scène du même acabit. Le film, à ce niveau-là, se repose principalement sur des cadrages millimètrés et un vrai parti-pris de l’épure, soulignant l’inquiétante étrangeté des situations dépeintes par quelques plans bien pensés, comme ce contre-champ du groupe d’adolescents s’arrêtant de jouer au basket pour fixer, immobile, Laurent Lafitte alors qu’une alarme retentit ; ou cette vision de la lente avancée du groupe vers la maison du protagoniste principal (qui accessoirement m’a fortement rappelé Assaut et La Nuit des Morts-Vivants, que voulez-vous, on ne se refait pas) alors qu’il atteint des sommets de paranoïa à leur sujet.

L’Heure de la Sortie est un film qui, dans son positionnement, se situe à la lisière du fantastique. Si on pense très fort au Village des Damnés, on n’est jamais vraiment certain de ce qui rend réellement dangereux les jeunes adolescents de cette oeuvre atypique, car c’est en effet sur Laurent Lafitte que le film choisit de centrer son point de vue. Mis à part quelques éléments qui semblent clairement fantastiques (l’invasion progressive de cafards dans la propriété du professeur par exemple), le film ne tranche qu’à la toute fin et fait reposer tous ses effets sur son ambiance. En résulte finalement un thriller ultra-efficace qui, même s’il peut rester relativement classique dans sa mise en forme et ne réinvente finalement pas grand-chose, a le mérite de savoir où il met les pieds en réutilisant astucieusement certaines ficelles dramaturgiques de classiques du cinéma d’épouvante pour mieux laisser le spectateur remplir les blancs.

Outre ses qualités formelles qui paraissent indéniables, L’Heure de la Sortie parvient, cerise sur le gâteau, à amener avec beaucoup de finesse un propos d’une résonnance inattendue avec l’actualité. Celui-ci ne se révèle pleinement que dans la deuxième partie et finit par notamment expliquer l’insistance étrange que porte la caméra sur une centrale nucléaire présente à quelques kilomètres de l’école où se déroule l’intrigue. 

En bref, L’Heure de la Sortie, par bien des aspects, reste une anomalie qui fait figure de curiosité bienvenue dans le paysage cinématographique francophone. À voir !

(Note des belges de l’équipe à l’attention des autres belges qui liront cette chro avant le 02 avril : le film sera diffusé deux fois à l’Offscreen 2019, une fois à Bruxelles le 23 mars au cinéma Nova et une fois à Liège le 02 avril au Sauvenière. Comme il s’agira sans doute des seules projections belges (faute de distributeurs), n’hésitez pas ! PS : si vous lisez cette chro après le 02 avril…ben…it’s too late 🙂 ) 

 

Vinouze
Atteint du virus depuis ma découverte d’une trilogie se déroulant dans une galaxie très lointaine, mon dada à moi, c’est le cinéma « bigger than life », même (et surtout) lorsque celui-ci est fauché comme le blé. Du blockbuster dantesque à la série Z gore, ma curiosité m’amène partout, avec une fameuse préférence pour les univers abordant le jeu vidéo depuis mes pérégrinations de gosse dans la peau d’un certain hérisson bleu.

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