AMITYVILLE 2 : LE POSSÉDÉ

Au cœur d’une nuit de novembre 1974 plus noire encore que peuvent l’être les abysses de l’enfer, Ronald DeFeo Jr. assassina à l’aide d’une carabine de calibre 35 son père, sa mère, et ses quatre frères et sœurs. Ce drame, qui secoua l’Amérique puritaine, prit une ampleur toute considérable lorsque le jeune homme, alors âgé de 23 ans, avoua avoir agi sous l’impulsion d’un infernal commandement. Des voix, lui auraient en effet ordonné de massacrer l’intégralité de sa famille. Bien avant l’incontrôlable exposition médiatique que la bâtisse sise au 112 ocean avenue allait connaître suite à la narration d’une nouvelle mésaventure, celle des Lutz, l’effroyable secret de la maison d’Amityville alimenta moult spéculations, et fût une source intarissable de théories sur la question que l’on se pose unanimement : mais que s’est-il donc réellement passé à 3h15 ce soir-là ?

A défaut d’apporter une réponse tangible, car ce n’est pas le but, le metteur en scène transalpin Damiano Damiani s’est inspiré de cette tragique histoire, afin de concevoir ce qui va devenir l’un des plus effrayants films d’épouvante du début des années 80…

Celle-ci, pas certain que l’autre tête de nœud de Stéphane Plaza souhaite la faire visiter…

Au milieu d’un automne déjà confortablement installé sur la bourgade d’Amityville, une petite ville non loin de New York, les Montelli accompagné de leurs 4 enfants – on a volontairement conservé la consonance italienne de la fratrie sans pour autant utiliser le nom des DeFeo – vont emménager dans une somptueuse demeure de style colonial. Cette acquisition, qui avait tous les attributs d’un magnifique rêve éveillé, va malheureusement pour eux rapidement se transformer en un inénarrable cauchemar. En premier lieu, des phénomènes étranges, en apparence du style pas très normaux, vont commencer à se manifester à une fréquence toujours croissante. Et en sus, il semblerait qu’une force d’origine satanique arpentant insidieusement le moindre mètre carré de cet endroit maudit, ait une influence considérablement dévastatrice sur Johnny, le fils aîné de la tribu Montelli…

Ce qui de prime frappe à la vision du Possédé, c’est l’acharnement bienvenu que le réalisateur va employer afin de souiller et mettre en pièces les sacro-saintes valeurs que se plaît tellement à promouvoir l’intouchable église. L’image familiale telle que nous la concevons ne va pas seulement être écornée : elle sera bafouée, outragée, salie et bien pire encore. Ce socle censé être la base fondatrice des liens du sang aura pour destinée de devenir le jouet du malin, qui poussera le sacrilège ultime au-delà de l’humainement concevable. Même si finalement, il se contentera d’accélérer le pourrissement d’un fruit déjà lourdement gangrené par un ver beaucoup plus destructeur que tous les agissements diaboliques des cohortes de sbires du cornue. La représentation du père en est un parfait exemple. Derrière le masque d’Anthony Montelli – excellent Burt Young taillé sur mesure pour ce rôle souvent ingrat – se dissimule en fait l’incarnation de l’annihilation de sa propre descendance. Violent, indirectement castrateur et pervers narcissique, le despote de ce clan psychologiquement torturé, ouvrira un péage aux entités malfaisantes qui se verront par là même offrir une parcelle d’autoroute entre les deux mondes pour venir infester le fragile Johnny. La mère, sous les traits d’une Rutanya Alda toute en schizophrénie – l’actrice fût suite à son interprétation nommée au Razzie Awards en 83, mouais, c’est assez disproportionné à mon humble avis… – fera preuve d’amour et de protectionnisme avec ses marmots même si, l’attachement futile et inutile qu’elle porte envers le seigneur paraît être aussi important. Sauf que, lorsqu’elle devra faire face aux émissaires de Belzébuth, comme toujours on ne verra pas l’ombre d’une intervention du divin. Les clous plantés au travers des poignets du charpentier seraient-ils rouillés ? En tout cas, il peine à les enlever lorsque les êtres créés à l’effigie de son paternel ont besoin de ses services…

On a l’air de bien s’amuser chez les Montelli…

Du blasphème, Amityville 2 en regorge. Ce frère qui, sous l’emprise de l’indicible, viendra s’envoyer sa charmante sœur peaufinant pour l’occasion le ternissement définitif du portrait superficiellement idéaliste de la lignée Montelli. Et la cerise sur le gâteau, en plus de se l’être prise entre les cuisses, c’est qu’après de malencontreux remords, la belle semble au final avoir pris un certain plaisir avec la bite démoniaque de son frangin. On s’amuse comme on peut lorsque le diable est sous son toit. Mais à partir du moment où l’on a la possibilité d’aller confesser ses péchés inavouables au sein d’un isoloir dominé par un prêtre dont les pensées ne sont pas nécessairement des plus saines, la faute avouée est à moitié pardonnée. Non ? C’est un beau paquet d’hypocrisie tout ça quand même…

En résulte de ce métrage un thème lourd de sens et particulièrement difficile à transposer, mais que Damiani va s’approprier et retranscrire via un évident brio. Jouant astucieusement avec la bande composée par le grand Lalo Schifrin, dont les notes n’ont jamais parues aussi menaçantes, l’italien va instaurer de purs moments de terreur tout au long de son œuvre. Qu’ils soient ouvertement explicites, le visage de Johnny se métamorphosant, son attitude à l’égard des représentations religieuses, ou carrément plus subtiles : la caméra survolant les murs de l’invivable bicoque laissant deviner le mal surgissant des ténèbres pour traquer sa future proie, la trappe présente au sous-sol abritant nombres d’immondices et de mouches à merde que l’on présume être l’épicentre de la source de cette tourmente ; le réal’ va proposer un panel de l’étendue de son potentiel en veillant non pas juste à nous faire frémir, mais en actant irrévocablement ce qui est à l’heure actuelle une série B calibrée pour susciter la peur à chacun de ses visionnages.

Aaaah les ravages du Biactol…

A cette période extrêmement propice aux exactions des tueurs masqués, nous sommes alors à l’aube des 80′, et malgré quelques références évidentes un chouia trop facile à la masterpiece de Friedkin, Amityville 2 – clairement le meilleur opus de la saga – fait désormais figure de petit classique parmi les fans de bis. Que ce soit à même la filmo de son auteur ou simplement à l’intérieur de ce sous-genre que représente le film de possession, la pépite de Damiani peut se targuer d’être sans conteste l’une des plus belles et représentatives réussites dans ce domaine. Car à quelques exceptions près, il y en a quand même fort heureusement, il aura tout de même fallu attendre 30 ans qu’un sino-malaisien australien (oui oui tout ça) nous terrorise à nouveau de la sorte en redonnant ses lettres de noblesse à ce type de prod’ par le biais d’une conjuration définitivement scellée au panthéon du B-movies.

AMITYVILLE 2 : LE POSSÉDÉ 

Damiano Damiani – Etats-Unis – 1982

Avec James Olson, Burt Young, Rutanya Alda, Jack Magner, Andrew Prine, Diane Franklin, Moses Gunn, Ted Ross…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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2 réponses

  1. Lolo dit :

    Un superbe article pour le meilleur de la saga Amityville. Un bon complément au numéro de Videotopsie entièrement consacré à la maison qui saigne

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