LE PIONNIER DE L’ESPACE

Charles Prescott est à la tête d’un programme de conquête de l’espace. Enchaînant les succès, celui-ci va envoyer son frère, l’indiscipliné Dan, à bord d’un nouveau prototype de fusée destiné à explorer des hauteurs spatiales encore jamais conquises. Le jeune pilote, talentueux mais trop ambitieux, va enfreindre les ordres donnés par sa hiérarchie dans l’intention de battre le record fixé par cette exploration. Malheureusement pour lui, son appareil va traverser un nuage de poussière de météorites qui va considérablement modifier la structure de ce dernier et, par extension, celle de son corps. Alors que la carcasse du vaisseau s’étant écrasé sur terre va être retrouvée vide de son occupant, d’étranges meurtres vont commencer à se produire…

Dans les années 50, la science-fiction est un genre alors très populaire du côté du pays de l’Oncle Sam. La guerre des mondes, Planète interdite ou encore Le météore de la nuit, agrémentèrent les soirées placées sous le signe de l’imaginaire de nombre de spectateurs en mal de stratosphère, et remplirent copieusement les poches de pas mal de producteurs en passant. Sur le vieux continent, loin de bouder cette catégorie cinématographique, c’est sur l’autre versant de la Manche, à même la Perfide Albion, qu’il va être intéressant de se tourner pour envisager une rencontre du troisième type. Déjà marquée par quelques productions Hammer carrément sympathiques, on pense notamment aux très bons Le monstre et La marque, tous deux signés Val Guest, la SF à la sauce worcestershire va nous réserver en cette fin des 50′ une poignée d’excellentes surprises, du calibre de ce Pionnier de l’espace. Allez, allons voir un peu plus près des étoiles en évitant de passer au jardin de lumière et d’argent, juste pour découvrir si l’on assistera à un Alien save The Queen…

Dan juste avant son passage dans le nuage de poussière de météorite.

Clairement articulé autour d’un scénario à deux vitesses avec, une première partie ouvertement science-fictionnelle et qui en profite pour présenter les différents personnages, First man into space va prendre une tournure plutôt bienvenue dans sa seconde moitié. Tout d’abord, l’histoire va se concentrer sur le rapport souvent conflictuel entre les frangins. Charles étant un mec posé, sérieux, ayant sa ganache bien visée sur ses épaules et Dan, va avoir le rôle du trublion. N’hésitant pas à repousser ses propres limites, le Fangio de la voie lactée ne rêve que de gloire, au risque d’y laisser sa propre vie. Dans l’idée de le canaliser, Charles va tenter par tous les moyens de le tempérer même si, indirectement, il se reprochera la mésaventure que va vivre son frérot. Pourquoi ? Parce que finalement Charles sait pertinemment que Dan est l’homme de la situation, qu’il est le seul capable de réussir cette mission avec tous les risques que cela comporte. Car l’aîné des Prescott n’est pas s’en prendre en considération que pour dépasser la notion de condition humaine, il faut parfois savoir sacrifier des vies. Même si c’est celle d’un parent proche…

Tchernobyl dans l’espace? Non. Juste le résultat des conneries de Dan.

Toute cette partie qui, force est de le reconnaître, traîne parfois quelques longueurs, va en revanche servir sur un plateau le deuxième acte de l’intrigue qui elle, va se révéler beaucoup plus accrocheuse. Maintenant que l’on a découvert qu’en voulant toucher le firmament l’as du pilotage est revenu différent de sa petite virée, le film va alors prendre un virage quasi horrifique. A vouloir aller trop loin, Dan s’est exposé à un élément qui dépasse tout entendement. Exploitant le thème du mal inconnu issu du cosmos que tu choppes sans le voir venir, un peu comme le voyageur en rut qui se récolte un herpès après se les être vidées dans un bordel miteux, le métrage va faire la part belle à l’astronaute infecté. En jonglant efficacement avec les apparitions de sa créature, le réalisateur va créer progressivement une tension qui ira crescendo jusqu’au dénouement du récit. Pas avare en détails macabres, elle égorge du bétail, dans un hôpital siphonne une réserve de sang, la bestiole recouverte d’une espèce de métal granuleux va multiplier les agressions pour pouvoir s’abreuver d’hémoglobine, substance vitale nécessaire à sa survie. Paraissant de prime indestructible, l’abomination interstellaire va explicitement devenir l’attraction principale de l’oeuvre et ses états de faits aboutiront à un final, certes quelque peu maladroit, mais avec un constat un chouia dramatique.

Vos papiers s’il vous plait! Parce que tu trouves que j’ai une gueule à avoir des papiers peut être!

Si la mise en scène de Robert Day, à qui l’on doit le pas mauvais Corridors of blood avec le duo Lee/Karloff, n’a rien de transcendante, elle demeure néanmoins efficace et pleinement fonctionnelle. En solide artisan du bis, le réal’ va particulièrement soigner les séquences montrant des effets spéciaux qui, de nos jours, semblent un peu kitsch, mais sont véritablement qualitatifs. Bien entouré par une brochette d’acteurs consciencieusement impliqués dans leurs rôles respectifs, parmi lequel on reconnaîtra Marshall Thompson (Monstres invisibles) ou encore Marla Landi (Le chien des Baskerville), Satellite of blood – j’aime bien ce titre – est une bande qui mérite amplement d’être (re)découverte et qui, de par son respect au genre, s’impose comme une très chouette péloche. Je le conseille vivement à tous ceux qui voudraient s’évader un peu en traversant la couche d’ozone en cockpit sauf, bien sûr, si vous craignez de vous ramasser une saloperie de l’espace qui aurait le pouvoir de vous transformer en un être à demi-vampire…

LE PIONNIER DE L’ESPACE

Robert Day – Royaume-Uni – 1959

Avec : Marshall Thompson, Marla Landi, Bill Edwards, Robert Ayres, Bill Nagy, Carl Jaffe, Roger Delgado, John McLaren…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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