Batman : Mask of Phantasm

J’ai récemment éprouvé le besoin de me replonger dans mon enfance (c’est sans doute dû à ma nouvelle condition de père) et plus particulièrement dans la série Batman, the Animated Serie. Il faut dire que, comme pour pas mal de gamins ayant usé ses slips à cette période, le Batman cuvée 90’s, c’est un peu ma base, ma Bible à moi. Une série télé qui cristallise pratiquement à elle-seule tout un pan de mon enfance. À la fois sombre, inquiétante et poétique, elle a indiscutablement imprimé son mood incroyable dans mon petit cervelet encore malléable et, sans exagérer, a carrément influé sur ma vision de la Vie… Ouais, rien que ça  ! Je crois vraiment que si j’aime autant le mystère, les nuits d’orage et les créatures monstrueuses, bref, si je suis mordu de Fantastique et d’Horreur, c’est en grande partie grâce à ce show (et aussi à une ribambelle d’autres, comme les Tortues Ninjas, Mighty Max, Crypte Show, Creepy Crawlers, Street Sharks… Quelle époque bénie!). Bref, j’ai ressenti le besoin de me replonger dans les ruelles sombres de Gotham City, de faire du street cleaning avec le héros torturé et surtout, de recroiser la route d’un max de super vilains aussi cool que monstrueux… Mon intégrale en DVD n’a pas fait long feu. J’ai fantasmé comme un sagouin devant ces épisodes à 7 ans, et j’ai repris un pied monumental en les revisionnant à 30 ans… Heu, c’est normal docteur  ? En y regardant de plus près, je dirais que la réponse est oui. Définitivement  : Le graphisme impressionnant de Bruce Timm, les thèmes musicaux grandioses de Shirley Walker et les scénarios géniaux de Paul Dini se marient vraiment à la perfection, pour un résultat toujours aussi fascinant 27 ans après la création du show ! Yes, un putain de chef-d’œuvre en fait, rien de moins… Et accessoirement, toujours la meilleur adaptation à ce jour du Cape Crusader. Mieux que Burton, mieux que Schumacher, BIEN mieux que Nolan.

Être ou ne pas être… un vigilante masqué !

Par un étonnant phénomène de synchronicité, j’apprends lors de mon marathon Gothamite que les deux longs-métrages tirées de la série allaient ENFIN sortir en Blu ray de par chez nous… L’incroyable Mask of Phantasm et le très sympa Subzero n’avaient curieusement jamais été édités en DVD en France (Warner, bande de pines d’huître). Mais le mal a enfin été réparé et l’achat était, vous en conviendrez, éminemment obligatoire ! Étrange sensation que de se replonger dans un film vénéré étant môme et plus jamais revu par la suite… C’est toujours à double tranchant. À l’époque, j’avais catalogué «  Batman contre le Fantôme Masqué » dans la catégorie de mes films préférés, un tiroir de mon cerveau déjà bien rempli. J’en gardais des souvenirs diffus, quelques images de cimetière et de parc d’attractions en flammes, mais surtout, mon sentiment principal était que le long-métrage respectait à la lettre l’univers et ses perso, tout en les enrichissant de manière considérable. Et on peut dire que ma mémoire ne m’avait pas trompé, ce film est exactement le bouquet final que méritait cette incroyable série, qui pousse encore plus loin tous les éléments les plus cool de cette dernière. Car ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est que Bruce Timm et sa bande ont débordé d’ambition pour ce développement ciné de leur bijou d’animation.

 » Et merde… J’ai oublié les fleurs dans mon autre bat-ceinture… »

L’atmosphère si caractéristique du show est bien là, toujours aussi envoûtante mais encore plus sombre et adulte. Le public ciblé a beau être les marmots, jamais on ne les prend pour des demeurés : le scénario, mature, ne joue en effet pas la facilité en traitant de front un gros tronçon émotionnel (la perte d’êtres chers, la culpabilité et la rupture amoureuse) ainsi qu’un arc narratif macabre sur les choix moraux et une vengeance meurtrière… L’ambiance louche en outre sur le bon vieux polar et l’horreur (le film a d’ailleurs été interdit aux moins de 13 ans en salle, si je ne m’abuse…). Et en axant leur script autour des origines du grand détective, script qui s’inspire d’ailleurs en partie du Year One de Miller et Mazzucchelli, les comparses Paul Dini et Alan Burnett mettent ainsi largement en avant le désespoir et la profonde tristesse de Bruce Wayne, qui se rattache à sa quête car c’est finalement l’unique sens de sa vie. La narration procède ainsi par flashback successifs, révélant alors progressivement la genèse de notre héros tout en levant le voile sur les raisons de la présence à Gotham de Phantasm (le Fantôme Masqué dans la langue de Bigard). Ce nouveau vigilante utilise des méthodes plus radicales et punitives que Batman  : le taré masqué agit en effet en bon gros dératiseur et se met à zigouiller méthodiquement les membres les plus puissants de la pègre locale  ! Le film est donc clairement plus violent que son modèle, qui nous montrait toujours des types chuter d’un immeuble de 45 étages pour atterrir immanquablement sur un putain de paravent ou dans un arbre, la Warner interdisant à l’équipe de montrer des morts à l’écran  ! Ici, Phantasm (qu’on appelle comme ça alors qu’il n’est finalement jamais nommé à l’écran) fait le ménage de manière bien plus extrême que Batman et ça fait bien plaisir (Les autorités ne tarderont évidemment pas à accuser à tord notre héros, qui va alors devenir l’ennemi public numéro un). Ce nouveau personnage, créé spécialement pour l’occasion, est clairement la principale attraction du film. Reprenant les attributs de la Faucheuse, Phantasm me faisait super flipper étant gamin, avec sa voix d’outre tombe et son masque morbide  ! Le justicier, adepte des méthodes expéditives, en impose vraiment un max et on attend donc avec impatience chacune de ses apparitions théâtrales, surgissant immanquablement d’un épais nuage de fumée  !

Spéciale dédicace au pote Nigel !

Si l’intrigue est logiquement centrée autour de notre ténébreux héros, de ses atermoiements et de son nouvel antagoniste, les auteurs nous font tout de même le plaisir d’invoquer les figures majeurs de l’univers Batman, dont l’immanquable Gordon, le loyal Alfred, le bedonnant Bullock ou bien encore, comble de joie, le Joker qui est lui aussi de la partie  ! Au final, seuls manquent à l’appel Robin, Batgirl et Harley Quinn (ce qui n’est pas une mauvaise chose pour le premier) mais il est vrai que ces personnages plus infantiles auraient certainement juré au sein d’un film aussi noir et sérieux. Même le Joker se montre ici sous un jour plus menaçant et moins cartoonesque que dans la série. Et d’ailleurs, son passé, si opaque jusque-là (il s’agissait d’un des rares ennemis à ne pas avoir d’origine story dans la série) est en partie révélé et donne encore plus de classe et de charisme à ce dandy psychotique  ! Inventer rétrospectivement un passé à un personnage aussi important et mystérieux est toujours un pari risqué, mais les scénaristes ne font ici qu’effleurer l’ancienne vie du plus grand maniaque de Gotham City. Résultat, le perso en ressort avec juste ce qu’il faut de background tout en conservant une part de secret  : l’équilibre est parfaitement conservé. Ce n’est par contre clairement pas le cas de Bruce Wayne, dont un large pan de sa vie pré-justicier nous est dévoilé ici, ce qui offre aux spectateurs de la série un regard nouveau et distancié sur leur héros. Une nouvelle vision du personnage, qui complète le puzzle et ajoute une nouvelle couche à la psyché de Bruce Wayne. Cette décision scénaristique va même jusqu’à redéfinir en partie les raisons de sa croisade monomaniaque contre le crime… Il fallait oser  ! Mais encore une fois, les scénaristes connaissent tellement bien leurs personnages que ces ajouts nous parviennent comme des évidences et ne semblent jamais artificiellement greffés.

Oui allo ? J’aimerais parler à Jean-Philippe… Jean-Philippe Ervitemonslip.

Reprenant tous les ingrédients qui faisaient l’intérêt et la beauté de la série d’origine (j’entends mon pote Mighty Matt beugler qu’il manque Clayface, oui c’est vrai, tous les ingrédients SAUF Clayface) Mask of Phantasm est effectivement un grand film, mon moi du passé ne m’avait donc pas menti  ! Une atmosphère envoûtante et mélancolique, de la baston, des mafieux, une grosse louche d’amertume et d’amours contrariées, Batman contre le Fantôme Masqué est une bombe, qui en outre retranscrit à merveille le caractère complexe et fascinant de Batman/ Bruce Wayne. Sérieusement, toutes les autres adaptations cinématographiques du personnage sont toujours passées un peu à côté de la dualité du playboy milliardaire, non  ? Il n’y a jamais eu de meilleur Bruce Wayne que Kevin Conroy ou Richard Darbois (les doubleurs VO et VF du dessin animé, tous deux impeccables dans le rôle). Jamais Julien Lepers, ni Val Kilmer et encore moins George Clooney ou Christian Bale ne leur arrivent à la cheville… Ce long-métrage se paye en plus le luxe d’être mieux écrit que les adaptations de Burton, plus sombre (et aussi plus respectueux du personnage) que celles de Schumacher et carrément plus fun que la trilogie de NolanMask of Phantasm reste donc LE grand film des aventures de Batman (bon allez, ex æquo sur le podium avec Batman Returns, qui reste un monument). Un petit bijou toujours aussi beau et puissant qui n’a pratiquement pas pris une ride en 25 ans (c’est pas comme moi…). J’ai hâte de le montrer à mon fils, tiens…

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

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