Dark Star

La fin des années 60 et le début des années 70 ont été témoin de gros changements dans la façon de mener la production d’un film à Hollywood. Ces changements, outre pour les raisons qu’on connait (effondrement d’un système économique pour les studios, démocratisation du matériel audiovisuel, …), sont également en partie venus directement des écoles de cinéma, où une génération de baby-boomers se formait à produire et réaliser les films de la décennie suivante.

Parmi ces écoles emblématiques, l’USC (l’Université de Californie du Sud, réputée pour son école de cinéma) a notamment accueilli et produit le film d’étudiant d’un certain Georges Lucas. THX 1138, sorti sur les écrans en 1971, avait eu un impact si retentissant dans les milieux critiques que beaucoup d’autres étudiants ont voulu suivre le même modèle et exploiter avec succès leur film de fin d’étude, par ailleurs, l’école elle-même encourageait les étudiants sur cette voie.

Parmi ces futurs créateurs se trouvaient 2 loustics, John Carpenter et Dan O’Bannon, qui, 3 ans plus tard, mettaient sur pied un projet de comédie loufoque SF intitulé Dark Star, et qui allaient déjà préfigurer de beaucoup de choses dans leurs carrières respectives. Les 2 comparses coécrivent le scénario, où se croisent un maëlstrom d’influences, parmi lesquels un imaginaire lié à la Science-Fiction, la pièce de Samuel Becket En Attendant Godot, la figure du camionneur-routier, et un soupçon d’idéologie hippie.

Dark Star va se produire dans la longueur, le manque de moyens et de temps investi par chacun des intervenants (toujours étudiants et devant généralement travailler dans leur temps libre pour gagner de l’argent) ralentissant souvent la production. Bientôt, une version d’à peine plus d’une heure, donc non exploitable en salle, voit le jour. Les 2 créatifs décident donc de se tourner vers le producteur Jack Harris comptabilisant déjà quelques productions dans le domaine horrifique à l’époque, dont Beware ! The Blob, afin de bénéficier d’un budget de 60.000$ pour tourner quelques scènes supplémentaires et enfin dépasser la durée minimum d’1h20 nécessaire à une diffusion plus large du film.

En termes de réalisation, même si on peut par moment sentir une maladresse étudiante, notamment dans l’utilisation de certaines longueurs (une première version montrait les personnages dormir pendant 10 minutes !), on peut déjà sentir chez Carpenter une capacité impressionnante à pallier les manques de moyens matériels et financiers par une maitrise de ses cadres et de sa narration. De plus, Carpenter, en musicien confirmé, signe ici sa première B.O. de film, sentant déjà bon les sonorités synthétiques qui marqueront les oreilles des spectateurs de ses films suivants, et orientant l’ambiance sonore du long-métrage vers des aspects étranges et angoissants.

Si Dark Star est officiellement l’œuvre de Carpenter, il n’en reste pas moins un projet ayant bénéficié d’une influence énorme de la part de Dan O’Bannon, scénariste, mais également acteur, monteur, production designer et superviseur d’effets spéciaux. Celui-ci était parait-il un gugusse à la très forte personnalité, et son rôle dans le film, celui du Sergent Pinback, serait directement calqué sur lui.

En résulte finalement une comédie efficace, usant du caractère inapte et maladroit de ses protagonistes pour créer des situations ubuesques souvent hilarantes rattrapant bien vite les quelques temps morts, avec une mention spéciale pour le membre d’équipage désamorçant une bombe à l’aide de la phénoménologie et toute la séquence avec l’alien en forme de ballon de plage (animé par Nick Castle d’ailleurs, l’interprète de The Shape dans Halloween). De plus, on sent déjà dans Dark Star des figures narratives qui se retrouveront dans Alien quelques années plus tard, également écrit par Dan O’Bannon. Celui-ci prenait en effet très mal le fait que les spectateurs de certaines des séances en salle ne rient pas aux moments jugés légitimes par ce dernier, en résultera une réflexion : « Puisque je n’arrive pas à les faire rire, je leur foutrai la trouille à la place ». Du côté de Carpenter, c’est vers son amour pour les marginaux rebelles qu’il semble intéressant de déceler une patte. En effet, comment ne pas sentir une filiation, même discrète, entre ces simili-routiers de l’espace à l’humour potache, et Jack Burton, personnage principal de Big Trouble in Little China, réalisé par Carpenter 10 ans plus tard. Un film qui mélangeait également de nombreuses influences pour un résultat final ouvertement comique.

En bref, si Dark Star reste parfois maladroit et approximatif dû à son caractère formateur mais aussi désargenté, il n’en reste pas moins un pur film culte ayant, même sans avoir réellement marché en salle, marqué l’imaginaire de nombreux créateurs et orienté certains choix graphiques ou narratifs de grands succès des années qui ont suivi, d’Alien à Star Wars, en passant par presque toute la filmographie de Carpenter. Une pépite à absolument (re)découvrir !

Vinouze
Atteint du virus depuis ma découverte d’une trilogie se déroulant dans une galaxie très lointaine, mon dada à moi, c’est le cinéma « bigger than life », même (et surtout) lorsque celui-ci est fauché comme le blé. Du blockbuster dantesque à la série Z gore, ma curiosité m’amène partout, avec une fameuse préférence pour les univers abordant le jeu vidéo depuis mes pérégrinations de gosse dans la peau d’un certain hérisson bleu.

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