LA MAISON AU BOUT DE LA RUE

Elissa Cassidy et sa mère emménagent dans une belle demeure se situant dans une paisible bourgade. Proposée à un tarif plutôt bon marché et bien loin d’être raccord avec les prestations dont elle dispose, la bâtisse fait face à une habitation qui fut par le passé théâtre d’un double meurtre. Une jeune fille, Carrie-Anne, y aurait assassiné ses parents sans explications apparentes. Censée être inhabitée depuis lors, dixit l’agent immobilier, les nouvelles résidentes vont rapidement constater qu’elle ne l’est pas vraiment. En effet, elles vont apprendre que Ryan Jacobson, le frangin de la meurtrière, occupe encore les lieux. Jusque-là, rien de bien gênant, si ce n’est qu’Elissa va s’éprendre de son malheureux voisin, qui au passage ne bénéficie guère d’une bonne réputation, et cela au grand dam de sa daronne. En sus, une étrange légende émanant du quartier raconte que Carrie-Anne, dont on n’a jamais retrouvé le corps, hanterait toujours le bois environnant…

Celle-ci n’est ni au fond d’un parc, ni près d’un cimetière, elle ne dispose pas de fenêtres du genre rieuses, mais voyons si cette maison au bout de la rue mérite tout de même que l’on s’y attarde afin d’en faire le tour du propriétaire…

L’acteur/réalisateur Mark Tonderai, à la courte et anecdotique filmographie pour les fans de ciné horrifique que nous sommes, ne va pas beaucoup se mettre en danger quant à la tenue visuelle qu’il va chercher à imprégner à son œuvre. C’est propre, plutôt fonctionnel, la photographie est correcte sans être transcendante, mais en aucun cas le britannique ne va tenter d’apposer une griffe personnelle sur sa mise en scène. Laissant pour le coup un ensemble qui n’est pas dénué de qualité, certes, mais qui reste franchement lambda, et que l’on croirait parfois frappé par le sceau des péloches les plus fades sorties de l’écurie Jason Blum. Du cinéma contemporain en somme.

La mère et sa fille…

En contrepartie, même si l’on comprend vite que derrière une caméra le gus ne fera pas d’étincelles, Tonderai va s’appliquer à illustrer un scénario bien plus travaillé que son synopsis ne le laisse paraître sur le papier.

Jouant tout d’abord sur, non pas une dénonciation, mais plutôt un état des lieux des difficultés rencontrées par un parent pour communiquer efficacement avec son enfant, imagé par exemple via le rapport délicat entre Elissa et Sarah, sa maman, Tonderai va faire ensuite une subtile comparaison des conséquences traumatiques que les familles Cassidy et Jacobson ont vécus. Si, chez les Cassidy le départ du père a endommagé la relation émotionnelle entre Elissa et sa génitrice, cassure fréquente car équilibre brisé au sein même de l’unité familiale, chez les Jacobson, les faits qui ont conduit la petite Carole-Anne à dézinguer ses vieux sont d’une tout autre ampleur. D’un côté, l’amour subsiste malgré l’absence du paternel, de l’autre, la haine existe pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrais pas afin d’éviter de spoiler le noyau dur de cette intrigue. Ceci dit, la célèbre citation de Marc Levy dans laquelle il explique que l’on devient qui l’on a décidé d’être, et que c’est bidon de blâmer son enfance et d’accuser ses parents pour ce que l’on est devenu, prend dans ce film un sens tout particulier qui amène à reconsidérer cette réflexion… Bon après, il le dit mieux que ça le philosophe, moi je me contente assez largement de la version courte…

Il en est de même concernant le jugement de la communauté porté à l’égard du fiston Jacobson. Tous le qualifient de paria, de détraqué notoire, sa seule présence indispose ces gens s’estimant eux en parfaite adéquation avec cette belle société dont ils se font les dignes représentants, alors même que pour la plupart d’entre eux ils ne connaissent, ou n’ont pas fait l’effort de le faire, ce type qui semble un peu paumé, et de surcroît complètement esseulé. Vont ils avoir raison de se positionner de la sorte ? A voir, car ce qui va en découler reste de la pure fiction. Mais dans l’idée nous sommes face à une pertinente analyse des rapports humains…

Tout homme galant se doit de porter sa bien-aimée.

Conçue comme une bande d’épouvante assez traditionnelle dans sa construction, malgré une histoire riche en rebondissements, le metteur en scène va aussi consciencieusement soigner l’épaisseur de ses personnages. Pour cela, ce dernier va pouvoir s’appuyer sur un casting vraiment très qualitatif. Dans le rôle de la mère culpabilisant vis-à-vis de ce qu’elle a construit, ou pas, avec sa fille, on retrouve la désormais fringante quinqua Elisabeth Shue, vue dans le Cocktail de Roger Donaldson (Jordan forever…), et inoubliable dans l’excellent Link de Richard Franklin. Parfaitement en phase avec son interprétation, celle qui sera à l’affiche en 2018 du Death wish d’Eli Roth, parvient à être touchante sans tomber dans le larmoyant déplacé et ce tout au long du métrage. En ce qui concerne Ryan, le gamin que la vie n’a pas épargné, on retrouve Max Thériot, le Bug du My soul to take de Wes Craven qui, tout en justesse, sème continuellement le doute quant à sa véritable personnalité. Et puis, il y a celle qui même peinturlurée de bleu dans les X-men ferait facilement bander un cadavre, c’est-à-dire la belle Jennifer Lawrence. En ce qui concerne la carrière de cette très chouette actrice qui, hormis avec les super-héros précités ne représente pas pour moi une idylle cinématographique, car dans les grandes lignes les choses dans lesquelles elle a tourné ce n’est carrément pas ma came, incarne à merveille cette adolescente promue emblème d’une fragilité cachée sous un masque d’assurance, qui va être confrontée à un mal insidieux et destructeur.

Jen a grand besoin de réconfort. Les prétendants risquent d’être légion…

Alors voilà, avec cette Maison au bout de la rue dont je n’espérais, ni ne craignais en fait, pas grand-chose, je me suis finalement retrouvé avec une oeuvre plutôt sympathique, ne passant pas outre l’édulcoration actuelle des bobines de ce type, mais bénéficiant de la présence de la divine Jennifer, c’est toujours ça, et d’une intrigue bien ficelée alliée à un rythme global dynamique par le biais duquel on ne s’ennuie pas. Perso, j’ai connu pire comme expérience…

LA MAISON AU BOUT DE LA RUE

Mark Tonderai – Etats-Unis et Canada – 2012

Avec : Jennifer Lawrence, Elisabeth Shue, Max Thieriot, Nolan Gerard Funk, Joy Tanner, Allie McDonald…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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