Battleship Island

La Corée du Sud nous a offert quelques perles sur pellicule, c’est indéniable. Qu’on prenne les récents Dernier Train pour Busan ou The Strangers ou les un peu plus anciens J’ai Rencontré le diable, The Chaser ou Memories of Murders, il s’agit tous de pures pépites dans leur genre, souvent glauques en ce qui concerne les titres cités. Avec Battleship Island, c’est à un cinéma épique de grande envergure auquel on a droit et la réussite est tout aussi éclatante… Gros succès au box-office local (plus de 6 millions d’entrées), Battleship Island réuni en effet toutes les conditions pour attirer en masse les spectateurs avides de spectacles grandioses. Et c’est fort d’un important budget de 21 millions de dollars que le réalisateur Ryoo Seung-wan (City of Violence) nous offre cette fresque visuellement et humainement magnifique propre à apporter de vrais frissons aux spectateurs les plus blasés.  

Reposant sur une histoire vraie, Battleship Island s’inspire de crimes de guerre commis durant la Seconde Guerre mondiale : alors que la Corée est sous occupation japonaise, des centaines de travailleurs forcés coréens sont envoyés sur l’île d’Hashima au Japon. L’île est un camp de travail où les prisonniers sont envoyés à la mine. Soumis à des tortures extrêmes selon le rapport d’une commission d’enquête gouvernementale publié en 2012, nombreux y sont morts. Décrivant Hashima comme un lieu digne du pire des camps de concentration, on ne s’étonnera pas que le film soit évidemment accusé par certains médias japonais de déformer la réalité historique, ce qui explique sans doute que cette histoire n’ait jamais été abordée précédemment au cinéma…

Comme tout bon film du genre qui se respecte, la mise en place prend son temps en nous présentant les protagonistes principaux dont les vécus sont différents, mais qui finiront par s’unir face à l’adversité dans un destin commun. Un musicien accompagné de sa fille (la gamine qui l’interprète, Kim Su-an, est bouleversante et formidable de justesse tout comme dans Dernier Train pour Busan où elle était également présente) fait figure de personnage principal. Faisant penser au Roberto Benigni de La Vie est belle, tantôt drôle et bouffon, tantôt roublard et intraitable, parfois touchant, parfois noir et pathétique, celui -ci sonne « vrai », avec ses failles et ses faiblesses et Hwang Jung-min (le shaman dans le terrible The Strangers) lui apporte toute sa présence. Vient ensuite un truand plus noble qu’il n’y paraît, qui finira par s’amouracher d’une jolie prostituée meurtrie par la vie et n’ayant plus foi en rien ni personne, en fait deux personnages borderline qui trouveront sur l’île une vraie raison de vivre et de se battre. Ou encore un soldat formé par l’armée américaine et infiltré dans la prison dans un but bien précis : délivrer un leader coréen retenu sur l’île. Tout ce petit monde va cohabiter tant bien que mal entre petites combines indispensables pour améliorer leur triste sort, guerre d’égos et solidarité face aux brimades et autres tortures subies de la main des soldats japonais dominés par un général sadique à la limite de la folie.

On suit donc le quotidien des prisonniers, leurs descentes dans la mine, les accidents brutaux qui y surviennent – la scène d’un wagon rempli de charbon se détachant et dévalant une pente en écrasant tout et tout le monde sur son passage est assez tétanisante – , les manœuvres parfois limites des uns et des autres pour s’en sortir. Le tout sous la caméra virtuose de Seung-wan qui dévoile les moindres coins et recoins de l’île, ses ruelles étroites et ses galeries de mine repoussantes, véritables couloirs de la mort car creusées sous l’océan et donc fragiles à l’extrême. Le réalisateur explore le labyrinthe qu’est cette île-prison de fond en comble, des quartiers clinquants des officiers japonais aux baraquements boueux des prisonniers en passant par les pièces communes comme celle où les forçats prennent des bains collectifs. Un vrai guide touristique notre ami Ryoo mais pour un lieu où personne n’aurait envie de poser un orteil… Toute cette première partie contient peu d’action hormis un bombardement effrayant de réalisme où soldats et prisonniers périssent de consort, les bombes ne faisant pas le tri… Après cette longue – mais jamais ennuyeuse – présentation d’usage des différents protagonistes et la description de l’enfer qu’ils vivent, le film se concentre sur l’évasion massive des pauvres bougres retenus sur cette île, menés par le soldat infiltré cité plus haut. Et là, on va en prendre plein les mirettes, dans un déferlement d’action, de bruit et de fureur sur pellicule. Le dernier tiers du film débute alors et l’ampleur que prend celui-ci confine au rarement vu ! Un souffle épique démentiel imprègne l’écran et ne nous lâchera plus jusqu’au dénouement.

Dantesque est le mot qui vient le plus facilement à l’esprit quand on évoque cette énormissime scène d’action. Mais d’autres tels que générosité ou spectacle grandiose peuvent aussi idéalement convenir. C’est tout bonnement bluffant, totalement exaltant et réalisé avec une maîtrise technique qui laisse pantois. Explosions monumentales, batailles rangées, combats aux poings ou à l’arme blanche, mitraillages en règle : tout y est sans que jamais ça ne faiblisse. Coup de génie du réal pour encore plus magnifier un spectacle qui n’en demandait pas tant : l’utilisation du fameux Ecstasy Of Gold d’Ennio Morricone qui donne une ampleur considérable à ce déluge de feu, de balles et de dynamite. Les frissons sont là et bien là : le spectacle incroyable qui se déroule sous nos yeux est encore transfiguré par ce chef-d’œuvre musical et devient alors tel qu’il est impossible de ne pas avoir la mâchoire tombant sur la poitrine. Nous sommes bouche béante devant tant de virtuosité.

Car oui, la virtuosité de la réalisation est à mettre en exergue tant l’action reste TOUJOURS lisible, tant les plans sont une véritable chorégraphie, ne sacrifiant jamais à un montage cut à la mode mais si rébarbatif. Malgré pléthore de figurants et de détails, Ryoo Seung-wan garde à l’esprit ses personnages principaux et tous auront droit à leur mise en avant au sein de ce chaos guerrier. Du grand art dans la mise en scène, littéralement. Et quand vient la fin de cette déferlante d’action, une seule onomatopée nous vient : WAW !

S’achevant sur une note mélancolique et triste, le film se permet un plan final qui nous rappelle que l’histoire que nous venons de voir, bien que très romancée – la fameuse évasion n’ayant pas réellement eu lieu -, s’inscrit dans l’Histoire avec un grand H, comme la bombe du même nom, l’île d’Hashima étant située dans la province de…Nagasaki.* Véritable chef-d’œuvre, Battleship Island fait partie de ces perles qu’on se plaira à revoir régulièrement pour se rappeler que le Grand Cinoche Epique existe toujours.

De Ryoo Seung-wan (2017)

Avec : Hwang Jeong-min, So Ji-sub, Song Joong-ki, Lee Jeaong-hyeon, …

*oui c’est une bombe A qui a détruit Nagasaki et pas une bombe H mais bon, pour la fin de l’article, ça sonnait mieux non ? 🙂

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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