AMITYVILLE 3D : LE DEMON

John Baxter est un reporter chevronné officiant pour un journal à scandales du style Voici, mais en mieux. Au cours de l’une de ses passionnantes investigations – le mec n’est pas du genre à perdre son temps à enquêter sur des sujets aussi indispensables tel que celui de savoir si Laetitia Hallyday figure ou pas sur le testament de Bouteflika – notre envoyé spécial va se retrouver au cœur d’une séance de spiritisme bidon se déroulant à même la tristement célèbre maison d’Amityville. Toutes supercheries démasquées, le rédacteur va alors causer immo avec le propriétaire des lieux afin de s’offrir la légendaire demeure aux fenêtres qui ne rient pas. Mais au 112 ocean avenue, le mal qui sommeille en ces fondations maudites n’en demandait pas tant pour sortir de sa léthargie…

Produite sous l’égide de la De Laurentiis Entertainment Group, la mise en scène de ce troisième opus dédié à la saga mettant en vedette la bâtisse démoniaque va être confiée à l’expérimenté Richard Fleischer. Fort d’une poignée de films en tous points fréquentables, Les vikings, Soleil vert mais aussi le complètement foiré Conan le destructeur, force est de constater que le choix de ce réalisateur reste tout de même assez étonnant, pour ne pas dire plutôt énigmatique : surtout lorsqu’il s’agit de succéder à la pépite signée par Damiani… Fleischer est sans conteste un artisan affuté, mais le placer aux commandes d’une œuvre destinée à revêtir un caractère purement horrifique équivaut de demander à Dany Boon de shooter un chapitre de la franchise Conjuring. C’est juste inapproprié, et ça va carrément se ressentir…

Petite séance de spiritisme entres amis.

Si le premier tiers de cette bobine fait encore à peu près illusion – on sourit bêtement devant les mimiques absurdes de la vieille fausse médium lors de la partie d’occultisme, difficile en effet de déterminer si mémère a un orgasme ou si elle communique avec des fantômes – la suite va rapidement tourner à vide. Certes, quelques plans extérieurs de la bicoque évoquent encore en nous de vagues souvenirs effrayants, mais l’ensemble va de prime être plombé par une affreuse bande originale composée par l’anglais Howard Blake (Flash Gordon). Même s’il est parfaitement envisageable de concevoir que la partition du londonien n’a que très peu de chances d’atteindre l’intensité de celle imaginée par le grand Lalo Schifrin, son score reste totalement en décalage de l’effet qu’il aurait dû produire. C’est bien simple, à de nombreuses reprises on se croirait presque en plein milieu d’une prod’ Hammer. Et même si je vénère la firme précitée, ce qui fonctionne à merveille niveau sonore chez Terence Fisher et consorts, n’est pas forcément des plus adéquats lorsqu’il s’agit de faire saigner les murs du côté de Long Island.

Des effets spéciaux très… spéciaux!

Pour parachever ce ratage annoncé, derrière la caméra c’est à un Richard Fleischer sous valium auquel nous avons droit. A aucun moment il ne va parvenir à insuffler un tant soit peu de rythme à ce métrage qui ne prendra jamais réellement son envol. Les quelques bonnes idées, attention je spoile un chouia, comme celles de la photo sur laquelle le démon prend la pose ou encore l’apparition de la fille de Baxter juste après son accident de bateau, ne seront ni exploitées, ni traitées de façon à donner un peu d’épaisseur à une aventure qui n’a au final de relief que la mention spécifiée par son titre. D’une facture globale très télévisuelle, Amityville 3D s’embourbe dans des séquences fades et anodines qui font bien pâles figures comparées aux chocs provoqués par les deux péloches initiales. On a beau y mettre de la bonne volonté et essayer de chercher un signe, voir un quelconque détail à extraire, il faut regrettablement se rendre à l’évidence : les crucifix ne se retournent pas des masses avec Fleischer. En contrepartie, il va falloir durant les une heure trente de projection se farcir l’infernal doublage français qui gratifie quelques actrices, la toute jeune et pas encore aussi bonne que dans L’aventure intérieure Meg Ryan en tête, suivie de près par Tess Harper, d’une voix absolument insupportable. Pas top surtout lorsque l’interprétation en générale est plutôt insipide.

Reste cette fin qui, expédiée aussi promptement que des résolutions prises à la Saint-Sylvestre sous 3 grammes d’alcool, semble avoir été conçue histoire de dynamiter un récit extrêmement pauvre en rebondissements. Ça pétarade de partout et ça s’enlise encore un peu davantage dans l’absurde et le ridicule, mais au moins le spectateur engourdi par l’épreuve de ce visionnage sort quelque peu de sa torpeur. Et puis bon, y a quand même un monstre en caoutchouc cracheur de flammes qui dévoile le bout de sa belle trogne en sortant de ce satané puits ! C’est toujours cela de pris.

Bouh! Et oui, il a fallu se farcir tout le film pour que je daigne vous montrer ma trogne!

Sur la très looooongue filmographie dédiée aux exactions des âmes hantant la baraque diabolique, Amityville 3 marque clairement un coup d’arrêt d’un point de vue qualitatif concernant la série. Epineux et délicat d’extirper du positif tant la besogne du père Fleischer est anecdotique dans son intégralité. Et malheureusement, il faudra attendre une trentaine de plombes et l’intervention de Franck Khalfoun via son Awakening pour frisonner de nouveau au 112 ocean avenue. Probablement plus appréciable en trois dimensions peut être. Tout du moins, pour le plaisir de voir de la mouche à merde en 3D…

AMITYVILLE 3D : LE DEMON

Richard Fleischer – Etats-Unis – 1983

Avec Tony Roberts, Tess Harper, Candy Clark, Robert Joy, Lori Loughlin, Meg Ryan, John Harkins, John Beal, Leora Dana…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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