What Remains of Edith Finch

Le bruit des vagues, une douce voix-off, un carnet de note et au loin, une étrange maison, toute biscornue, celle de la non moins étrange famille Finch… Voilà comment commence simplement l’expérience de ce What Remains of Edith Finch. Et simple le jeu, va le rester, dans son gameplay tout du moins… Mais, je vois que je vous ai un peu perdu, commençons donc plutôt par le commencement… Développé et édité en Californie, What Remains of Edith Finch est un jeu vidéo narratif à ranger entre Myst, The Stanley Parable ou encore Gone Home. Sorti en 2017 sur la plupart des plateformes récentes (PC, PS4 et XBox One) le joueur y incarne Edith Finch, une jeune adolescente revenue dans la maison familiale après en avoir hérité…

Des montagnes, de la forêt, le crépuscule et une maison chargé d’histoires…

Dans cette grande bâtisse, le joueur est amené à explorer différentes salles. Il faudra d’abord trouver ce qu’ouvre la clé dont on a hérité. Ne tentez pas la porte de devant… Ce serait trop simple… Des textes reprenant les réflexions de notre héroïne apparaissent dans les décors et dirigent naturellement les déplacements du joueur vers l’étape suivante… Une fois dans la maison, on observe les chambres des ancêtres d’Edith Finch à travers de petites lorgnettes. Grand-père, grand-tante, vieux cousin, oncle… Toute la famille quoi. Dans ces salles, une fois ouvertes, on y découvre un univers, une ambiance, des objets en tout genre mais surtout de petits textes, que ce soit dans un cahier, sur un post-it, dans une enveloppe…

À votre avis, les développeurs aiment-ils le cinéma horrifique et grandiloquent ?

La lecture de ces petits textes déclenche des flashbacks qui correspondents aux derniers instants des différents membre de la famille. Chaque scène dans laquelle on plonge propose son propre gameplay, sa propre DA, son propre univers. Tout est lié à la vie et à la personnalité des personnages. Il faut parfois déplacer uniquement son regard (un enfant désobéissant qui ne pense qu’à jouer), d’autres fois gérer deux actions en simultané (un jeune homme schizophrène) ou d’autres fois encore faire preuve d’une certaine adresse (un bébé en plein apprentissage de ses mouvements)… Mais ne vous inquiétez pas, vous ne trouverez aucun défi insurmontable ici puisque le jeu a surtout été pensé comme une histoire interactive qui se vit à la première personne. On ne demande pas au joueur de se surpasser mais plutôt de se laisser porter par la poésie de tout ce qui est montré et raconté. Le reste se fait presque tout seul et vous ne vous y reprendrez pas à plusieurs reprises pour passer une scène. Bref, il y a peu de chance que vous vous retrouviez bloqué à un moment de l’histoire…

Vous aimez cette image ? Filez donc jouer à Myst !

Certaines morts sont vraiment inspirantes, belles même, d’autres sont relativement violentes. Elles sont parfois montrées de manière très crue, très froide et d’autre fois elles sont tellement enrobées dans un univers fantastique qu’on comprend qu’elle ont été largement romancées, par pudeur ou par fierté. Par exemple, si l’on sent bien que cette histoire racontée dans le style BD d’un Tales From the Crypt sur la bande son d’Halloween dans le segment consacré à Barbara (They’re coming to get you…) est complètement déconnectée de la réalité, elle raconte tout de même quelque chose de fort du personnage cité. On retrouve un peu, beaucoup même, le mood développé par Tim Burton dans Big Fish, son dernier beau film (et peut-être même, quitte à en choquer quelques uns, l’un de mes préférés). Le mensonge peut parfois dire beaucoup plus justement les choses… Une autre histoire assez marquante et fantastique est celle de la jeune Molly qui, tandis qu’elle est en train de mourir dans son lit, s’imagine se transformer en chat, en requin, et même en monstre des abysse sorti tout droit de l’imagination de Lovecraft… Très joli malgré la tristesse du propos.

Pas mal de lecture dans cette bicoque aussi froide que chaleureuse…

Chaque plan, chaque image est un véritable tableau, un oeuvre d’art complète avec un fond sonore minimaliste (quelques nappes de violon et notes de piano composées par Jeff Russo) et un ensemble d’actions assez limité pour nous aider à ne pas casser le rythme de l’histoire. Il y a de fortes chances que ce jeu soit d’ailleurs aussi agréable à jouer que beau à regarder… Prenez-vous donc deux heures, une bonne tisane, fermes les volets et l’expérience sera totale !

À chaque personnage son histoire, à chaque personnage son univers…

What Remains of Edith Finch sent parfois l’hommage et la référence mais ce n’est pas du tout la substance de ce jeu qui transpire la poésie et la beauté. Son univers il le crée tout seul comme un grand. C’est une expérience vidéoludique qui parle de la famille, de la culture mais aussi de l’Amérique, dans ce qu’elle a de plus inspirant, de plus surprenant mais aussi souvent de plus triste et d’anonyme… Les excités du joysticks seront probablement frustrés mais les autres, ceux  qui sont prêts à se laisser porter dans une histoire spleenienne aux relents fantastiques et oniriques ne pourront qu’adhérer à ce jeu aussi simple qu’il est marquant… Les plus patients s’amuseront également à lire le titre de tous les livres disposés dans l’immense demeure dans laquelle l’histoire se déroule… Bref si on se laisse happer, c’est beau, c’est poétique, c’est même assez intense dans le fond comme dans la forme. Une petite larme, un petit frisson… Le jeu vidéo c’est aussi ça les amis. Et c’est beau putain !

Une fois l’expérience terminée, cette image a de fortes chances de vous faire verser une petite larme…
Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique du fanzine Cathodic Overdose élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

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