ESCALOFRIO

Poursuivant une ligne éditoriale basée sur l’édition haut de gamme, qui fut inaugurée avec le slasher Graduation day ; arborant joli packaging, livret et bonus pertinents ; Uncut Movies se penche désormais sur le bis espagnol en mode ultra collector. Au programme : érotisme, ésotérisme et satanisme. Pas mal non ? Surtout qu’il fallait y penser à aller déterrer l’Escalofrio de Carlos Puerto. Se faisant rare en nos contrées, Satan’s blood n’est pas forcément une œuvre du genre à être prise régulièrement en référence par les défenseurs du ciné d’exploitation ibérique. Idée démoniaque qui prit racine en traçant quelques pentagrammes du côté de la rue du petit chasseur ? Non non, ce n’est pas vraiment le style de Patrice et Romuald, les big boss d’Uncut, d’égorger du bouc noir les soirs de pleine lune. Mais quoi qu’il en soit, ressortir cette diabolique bobine est une excellente aubaine pour enfin découvrir le côté obscur des enfants de Belzébuth se terrant dans les banlieues madrilènes…

Ne sachant pas quoi organiser pour occuper leur week-end – en couple, il y a pourtant matière à se distraire -, Ana et Andrés décident de partir en balade dans l’optique de meubler le temps dont ils disposent. En route, les tourtereaux vont faire la rencontre fortuite de Bruno et Berta qui, argumentant sur le fait que Bruno aurait été le camarade de classe d’un Andrés qui ne le calcule carrément plus, insisteront afin d’inviter Ana et son amant a passer la soirée en leur compagnie à même une sombre bâtisse située au fin fond d’une campagne coupée du monde. Pourquoi pas après tout. Sauf que ces hôtes, d’apparence toutefois très amicale, ne sont pas vraiment du type à te sortir un monopoly pour divertir leurs visiteurs d’un soir. Lucifer prépare tes légions, car tu vas avoir de la chair à pervertir…

S’ouvrant sur un monologue introductif par le biais duquel un barbu ayant une trogne à boire du sang de vierge nous explique que le mal existe, via tout un tas d’exemples le confrontant avec le bien, on assiste sans round d’observation à la première séquence marquante du métrage. Au cœur de ce qui s’apparente à une cave éclairée de quelques sombres bougies, un prêtre qui n’est pas franchement habilité à distribuer des hosties va copieusement abuser d’une belle demoiselle, avant de lui enfoncer sa longue dague sacrificielle sous les yeux de ses apôtres maléfiques. Le ton est rapidement donné, et ce à quoi nous nous sommes préparé à découvrir va revêtir un aspect pernicieux des plus malsains.

S’appuyant sur un scénario très linéaire donnant parfois un rythme faussement lent à l’avancée de l’histoire, le réalisateur va s’employer à restituer une ambiance finement travaillée. L’intrigue se déroulant presque quasi intégralement aux abords d’un lieu unique, en l’occurrence la lugubre demeure réceptacle des orgies démoniaques en devenir, la mise en scène froide et anxiogène au possible de Carlos Puerto va donner un sentiment de malaise palpable dès l’instant où les lourdes grilles, clôturant le parc de la menaçante bicoque, vont se refermer sur les malheureux personnages principaux. Pris au piège d’une infernale spirale dont on devine aisément l’issue fatidique que leur réservent les adeptes du cornue, Ana et Andrés devront subir et se soumettre à l’influence de la volonté des cohortes de Satan.

Et oui! On s’emmerde rarement en soirée chez Bruno et Berta.

Arrive alors le second passage particulièrement extrême de cette bande placée sous l’égide du malin. Malmenée par la censure de l’époque qui, outrée par le caractère blasphématoire et explicite de certaines séances bacchanales, classa S sans ménagement la péloche de Puerto. Et oui, on ne plaisantait pas avec le cul en ces temps anciens sur le territoire castillan. Il n’empêche que le réal’ y va franco – sans jeu de mots déplacés ayant attrait à Sa Majesté Francisco – avec le sordide et l’exubérance démesurée de la luxuriante partie de baise à laquelle se livrent les 4 convives possédés. Égratignant en passant quelques symboles religieux, tel que ce tableau du Christ s’enflammant à la cadence des enfilades fiévreuses auxquelles les participants de cette partouze teintée de frénésie sexuelle s’adonnent, Carlo Puerto frappe très fort dans les sacro-saintes valeurs d’une Espagne se cachant encore derrière les fondations de son intouchable culture catholique. Provoquant c’est certain, mais méchamment efficace tout ça.

Annabelle a du souci à se faire!

Bénéficiant d’une poignée d’effets gores relativement bien fichu mais surtout arrivant toujours au moment opportun, Escalofrio surprend jusqu’à son final aussi inattendu qu’audacieux. Certes, il y a bien quelques incohérences notables à relever concernant le déroulement du récit – même avec toutes les malencontreuses situations improbables qu’ils doivent surmonter, nos époux adultères ont du mal à mettre les voiles – , mais cela serait dommageable de vouloir absolument chercher à comprendre ce qui n’a pas besoin d’être expliqué pour savourer pleinement toutes les qualités que proposent l’oeuvre de Puerto. Satan’s blood est une titre majeur à n’en point douter, qu’il me paraît important de réhabiliter à la place qui, finalement, lui sied le mieux : soit un petit classique de la série B hispanique de la fin des 70′.

ESCALOFRIO

Carlos Puerto – Espagne – 1977

Avec Angel Aranda, Sandra Alberti, Mariana Karr, Jose Maria Guillen, Manuel Pereiro…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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