Sharkenstein

Pour l’homme moyen, la plage est avant tout synonyme d’ingurgitation de cocktails trop chers sous le parasol imitation paillote, de badigeonnage de crème solaire discount indice 50 aussi inutile que disgracieuse et de regards discrets (et vitreux) vers les jeunes demoiselles en bikini H&M, ou mieux encore, en monokini, ou mieux encore… Ehm… Enfin, vous aurez compris… Pour Mark Polonia, pourvoyeur d’une cinquantaine de séries Z sur nos écrans depuis 1985, la plage est surtout un moyen d’ouvrir la cage aux bestioles amphibies et de plonger caméscope au poing dans les abysses du septième art pour en ramener une bobine mêlant avec une adresse approximative un requin zombie, des nazis, un savant fou, des bateaux en panne, quelques bâtons de dynamite et une bande de jeunes de presque quarante ans ! C’est fou ce qu’on trouve quand on plonge assez profond tout de même, non ?

Cerveau… Cœur… Hum… Je suis persuadé qu’il manque un troisième bocal…
C’est bien les jeunes, ils ont des idées…

Avec son titrage en word-art (animé, tout de même) et ses décors dignes des pires Escape Game de la banlieue de Limoges, Sharkenstein a tout de la bobine qu’on regrette d’avoir lancée alors que le générique ne fait que commencer… L’affiche nous annonce un immense squale aux multiples cicatrices, des surfeuses à la poitrine généreuse et des avions de chasse bravant la tempête, mais vous ne trouverez en fait rien de tout ça dans la bobine… Qui l’eut cru ? A la place on a donc droit à une petit requin trapu en mousse intégré dans des plans de vacances tournés avec le caméscope familial, une unique nana à la peau ingrate qui ne tombe jamais son t-shirt pourtant trop ample accompagnée de deux potes aussi lourdingues que bedonnants et quelques hors-bords premiers prix, pour la moitié (un sur deux en fait) en rade de moteur. Alors évidemment, rien de bien surprenant ici et l’amateur de série Z tout comme le mangeur de Big Mac sait que l’affiche est toujours plus jolie que ce qu’on trouve en ouvrant la boîte mais rouspeter sur ce point fait partie intégrante du jeu, non ?

Scarfesse

Et puis, il faut l’avouer, Sharkenstein est un film plutôt laid. C’est une bobine mal réalisée avec notamment de fausses bonnes idées de plans comme cette image de la coque du bateau fendant l’eau pour un rendu aussi abstrait qu’inutile dont on sent pourtant que le cinéaste en tire une certaine fierté. C’est bien Marky ! Le pire reste cependant le montage sonore absolument atroce, et l’étalonnage de la lumière complètement abandonné et qui nous donne de jolis champs contre-champs sans aucune unité de temps ou d’espace. Avouons-le également les acteurs ne sont pas non plus de top niveau. Mettre sa casquette de travers pour faire “jeune” ne fonctionne pas plus que de prendre un regard profond en scrutant l’horizon avec des lunettes de soleil ! On ne voit pas tes yeux mec ! Même les mouettes dans les stock-shots ne jouent pas bien, c’est pour dire ! On en vient rapidement à se dire que Sharkenstein n’a rien d’autre à offrir que son statut de blague, de fausse bonne idée imaginée un soir par deux potes de beuverie…

Bonjour, le magasin de claquettes s’il vous plait ?
Les tongs c’est quand même plus facile à enlever.

Finalement, sans jamais frétiller, on se laisse tout de même happer par une intrigue assez fluide et par les apparitions rythmées du monstre en mousse qui, en plus de son côté humoristique, a la bonne idée (une vraie cette fois) de se transformer en dinosaure terrestre mangeur de vache et grimpeur d’escalier. Alors oui Sharkenstein est rempli de longueurs et de plans à répétition comme celui dans lequel deux protagonistes se retrouvent à déballer une caisse de dynamite, mais Sharkenstein est en fait plutôt agréable pour peu qu’on ait à portée de main un pot de Ben & Jerry’s. Long ? Parfois ! Chiant ? Jamais ! On finit même par s’amuser de ces effets visuels absolument immondes entièrement gérés sur une version pirate de Photoshop ghanéen et de ces gags gras et parfois même graveleux. Le point d’orgue ? Une scène de viol dans laquelle notre mutant amphibie nazi (qui possède le coeur et le cerveau de Frankenstein, au cas où je ne l’aurais pas déjà précisé) s’amuse à pénétrer une ancienne star du X sans même avoir fait les présentations.

Ils font votre chemise pour mutant amphibie ?
Note pour plus tard, racheter de la teinture à la fin du tournage…

Evidemment, le film de Mark Polonia, sorti en 2016 (comme ne le prouvent pas ses effets spéciaux) n’est pas à mettre entre toutes les mains. Les fans de Guillaume Canet risquent de ne pas tenir le choc face à des acteurs d’un calibre tellement supérieur à leur modèle. Les nanardeux glousseurs seront trop occupés à le comparer avec Sharknado, “le film qu’il est trop drôle parce qu’en fait c’est vraiment un nanard, mais genre trop drôle quoi, je m’y connais trop en cinéma” sur la plateforme Sens Critique. Les “j’aime tout en cinéma” ne retireront que les effets spéciaux hasardeux d’un film qu’ils qualifiront de ne pas en être vraiment un… Au final seul une poignée d’irréductibles, armés de quelques heures de visionnage B et Z au compteur et d’une certaine gentillesse, voire mauvaise foi, à l’égard de telles productions trouveront leur compte pour remplir une soirée d’été, souriant volontiers devant le design de la bête et puisant dans la scène de name dropping de films Universal et Hammer, l’envie de se replonger dans des bobines d’un autre temps. Allez les gars, je vous laisse re-commander un cocktail avant que les demoiselles en maillot H&M ne resortent de l’eau…

Michael Jackson ca devient vraiment nimporte quoi.
Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique du fanzine Cathodic Overdose élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *