Leviathan

Bon, mes amis de la Squad ont vraisemblablement décidé de pourrir vos vacances à la mer en vous traumatisant à coups de films de requin, je vais donc pour ma part tenter de calmer un peu le jeu. J’imagine que vous êtes peu de lecteurs à passer vos vacances estivales à bord d’un sous-marin (si c’est le cas, merci de laisser un commentaire sous cet article, je suis assez curieux de savoir combien vous serez). Il est vrai que le film de requin est assez branchies en ce moment, mais dans le délire attaques d’animaux aquatiques, il existe tout un panel de monstres étonnants, comme par exemple l’énigmatique mutation génétique des abysses. C’est d’ailleurs cette bestiole que le film Leviathan nous propose de découvrir, et ça tombe bien décidément, car c’est aussi le sujet de cette chronique. On est verni ! Cette petite série B de 1989 est loin d’être inoubliable, mais croyez moi, elle en a dans le calbute niveau monstruosité aquatique gloutonne ! Bon, il est vrai que, côté scénario, cette prod’ ne s’embarrasse pas des masses quand il s’agit de copier sur ses petits camardes. C’est d’autant plus flagrant quand il s’agit de pierres angulaires du ciné fantastique comme Alien et The Thing. Mais bon, quand on pille sans honte de tels mètres-étalons du genre, on parle finalement plutôt d’hommage. C’est plus commode.

Pendant ce temps, à bord du Nostro… Heu, du sous-marin Tri Oceanic.

Le film débute donc comme un Alien sous-marin, avec une équipe de géologues qui exploite une mine à plus de 3 bornes sous la surface afin d’y extraire des trucs sans doute précieux. La découverte d’une épave Russe va entraîner l’introduction d’un organisme mystérieux au sein de l’équipage et ainsi foutre un bordel monstre à l’intérieur du sous-marin… Car, comme dans le bien nommé The Thing, l’entité est polymorphe et va alors tenter de survivre en occupant le corps de certains membres de l’équipage. Vous l’aurez sans doute compris, l’atout principal de Leviathan, outre son scénario incroyablement novateur, est bien sûr sa superbe créature mutante. La chose s’amalgame progressivement à ses victime, copiant leur ADN, comme la créature de Rob Bottin, et on est ainsi bien peiné de lui définir une forme. Un tentacule gluant par ci, une rangée de dents pointues par là et une tronche de poisson pas frais, mais au final, on ne sait pas bien à quoi ressemble la bestiole. Et c’est d’autant plus vrai d’ailleurs que la mise en scène de George Pan Cosmatos nous la dévoile finalement très peu, et encore moins plein cadre. Un poil dommage puisqu’on se rend bien compte, au détour de quelques plans furtifs, que le boulot du grand Stan Winston est (évidemment) mortel. On aurait donc aimé en voir un peu plus. Le réal fait pourtant le choix respectable et courageux d’en donner peu et de laisser turbiner l’imagination des spectateurs. Mais au bout d’un moment, il faudrait quand même songer à montrer un peu plus la créature Georgie, surtout que l’abomination zoologique met finalement du temps à entrer réellement en scène, environ aux deux tiers du film. Jouer avec la patience des spectateurs c’est bien. Montrer la bestiole aquatique de son film c’est bien aussi.

Besoin d’un coup de main ?

Pour autant, il faut avouer qu’on ne regarde jamais sa montre et que le réalisateur sait nous tenir en haleine malgré la facture très classique du déroulement narratif : présentation des membres de l’équipage et de la vie en communauté, inévitables prises de bec mais aussi moments de connivence entre membres de l’équipage… Rien d’incroyable en soi, on est bien d’accord, Leviathan s’évertue tout simplement à égrainer les figures imposées du huis clos avec application et s’en sort avec les honneurs. Il faut dire que la mise en scène de Cosmatos s’avère efficace, parvenant parfois à imposer de belles séquences de tension. On pense notamment à la scène d’introduction qui nous présente une mission sous-marine qui part en vrille avec un plongeur à court d’oxygène. La sensation d’oppression et d’inconfort y est parfaitement restituée, on serre les fesses très fort sur notre canapé ! En plus de commencer en trombe, le film nous balance donc directement dans son ambiance claustro tout en exposant très clairement la nature des différents liens qui unissent ses protagonistes. Efficace qu’on vous dit ! Le tout est donc convenablement mis en boite et le casting, composé d’une brouette de bonnes gueules, vient lui aussi ajouter une sympathique plus-value au film : on retrouve ainsi Peter Weller, fraîchement sorti de l’armure de Robocop et qui campe ici le rôle du commandant de bord, dont l’équipage est composé du cool Ernie Hudson, de Daniel Stern (qui joue évidemment le relou de la bande), d’Hector Elizondo ou encore de Richard Crenna ! Marrant de voir interagir tout ce joli petit monde en vase clos.

Houla, c’est le bordel dans ce sous-marin, je file me planquer en Interzone.

Bon, n’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas écris (?), tout n’est pas rose pour autant hein. Le scénario est vraiment ultra balisé et surprendra surtout les enfants ou les spectateurs n’ayant jamais vu de film avant celui-là. Il n’évite évidemment pas les clichés (chaque minorité ou presque est représentée à bord, sympas les employeurs !) et patine un peu lors de certaines séquences romantiques complètement hors sujet entre Weller et une nana de son équipage (avec petite musique sirupeuse à l’appui !). Pour le coup, on aurait vraiment préféré plus de monstre à l’écran et moins de cette guimauve qui semble d’ailleurs greffée artificiellement à l’intrigue… De manière générale, le traitement des personnages est assez pauvre et s’ils nous semblent un peu près sympathiques, c’est surtout grâce aux acteurs et certainement pas à l’écriture paresseuse du film. Enfin, si la dernière partie de Leviathan est bien emballée et plutôt rythmée, le « combat final » qui se déroule à la surface se révèle un peu bancal et surtout hors de propos. Pour le coup, on est bien loin des aventures d’Ellen Ripley ou de MacReady ! Ce grand portenawak final (qui nous dévoile d’ailleurs un peu plus la bête au grand jour) sacrifie en outre notre pauvre Ernie Hudson comme une pauvre merde ! Ben oui. C’est le noir du film. C’est une règle tacite, le noir ne survie jamais. On se demandait d’ailleurs comment le gus avait bien pu survivre aussi longtemps sans se faire boulotter par l’abomination gloutonne… Détail qui m’a beaucoup fait rire : alors que le mec vient de crever, tout le monde dans le film semble s’en battre les couilles ! L’absence totale de réaction des deux autres survivants à l’égard de sa mort est déjà hilarante en soi, mais quand la musique du générique de fin s’y met elle aussi et enfonce le clou en mode happy ending, difficile de ne pas se marrer comme un pingouin ! Improbable, le film lui-même n’a absolument rien à foutre de ce personnage qui en a chié pendant une heure et demi pour mourir lamentablement à deux minutes de la fin, et dans l’indifférence générale en plus ! Ha ha, les cons  !

Et un jarret de poulpe transgénique pour la 6 !

Bref, malgré ces petits détails, Leviathan reste un long-métrage tout à fait recommandable, pour qui aime ses altérations corporelles moyennement cracra. Car finalement, le film reste assez soft en la matière (organique) et se présente plutôt comme un divertissement familial un peu glauque. C’est déjà pas si mal.

Val Le Blond
Un peu comme tous ces acteurs adultes qui jouent des adolescents de 16 ans dans n'importe quel slasher, Val le blond est un enfant qui a dépassé la date de péremption depuis quelques années déjà. Collectionneur avide, nerd compulsif, il aime faire des classements dans sa tête de ses épisodes préférés de The X-Files (qui changent tout le temps), peindre en écoutant du punk-rock et prendre du retard sur ses lessives. Créateur des fanzines Torture Oculaire et La Fraîcheur des Cafards, il cherchera un emploi stable quand il sera grand. Peut-être.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *