BRAQUEURS D’ÉLITE

C’est tout de même dingue, à bien y penser, combien un à priori peut vous gâcher l’envie de voir un film. Pendant plusieurs semaines, sur une étagère, le Blu-ray de Braqueurs d’Élite dormait là, ne demandant qu’à être visionné.
Toutes les tentatives furent fortuites : un résumé qui me semblait bien maigrichon quant à la nature même de l’histoire, et la simple vue du nom de Luc Besson comme co-scénariste a fait le reste. Je pourrais encore insister sur une pochette peu alléchante qui donnait une impression de foutraque pas possible. Errare humanum est, perseverare diabolicum comme dirait l’autre, et il a bien raison, puisque finalement j’ai enfourné la galette dans le tiroir du lecteur et là… me suis pris une sacrée gifle !

« J’vais me la pécho! »

Tout commence en 1944, en France. Les nazis sont en déroutes et sentant le vent tourner pillent les musées et les réserves d’or. Faut bien se constituer un petit bas de laine puisque le petit moustachu irascible à ratée sa guerre.
C’est avec pas moins de 27 tonnes d’or en lingot qu’un petit convoi de la wehrmarcht se dirige vers la Yougoslavie afin de planquer le butin, au cœur d’un village dont on aura vite fait d’expédier les habitants chez Saint-Pierre.
Mais non loin de là, tapis dans la forêt, un groupe de résistant va faire sauter le barrage qui surplombe le hameau. Une déferlante s’abat sur les lieux pour à jamais ensevelir la bourgade et l’or qu’elle cache.
1995 : C’est le guerre dans les Balkans ! Pour remettre de l’ordre dans ce bordel on fait appel aux fiers combattants du pays de l’Oncle Sam, et pas des moindres, car c’est une équipe de Navy Seals qui va se charger de la besogne.
Les troupes d’élite de la marine sont à pied d’œuvre, et simulant d’interviewer un général croate, vont le kidnapper pour qu’il soit juger pour ses crimes de guerre. L’opération ne se passe pas comme prévu et nos gaillards sont pris en embuscade. Seule solution pour s’en tirer : faire tout péter mon colonel ! Niveau discrétion, c’est pas vraiment ça, mais qu’importe, le résultat est le même et le vilain monsieur va moisir derrière les barreaux. « Hooyah ! »
Barnes, Baker, Moran, Duffy et Porter peuvent prendre un peu de repos, bien mérité il faut en convenir. Pour fêter la réussite de leur mission, l’unité va s’en jeter un p’tit derrière la cravate, dans un bar tout proche où officie une jolie serveuse du nom de Lara. Vous ne serez pas étonné d’apprendre que la donzelle est tombée amoureuse du beau Navy Seal, le bien chanceux Baker qui retrouve sa belle, la nuit, pour une partie de jambe en l’air.
Lorsque des intrus s’introduisent chez la belle – euh j’ai dit « chez » hein, pas « dans » – c’est pour la délester d’un lingot d’or. Ni une ni deux, les malfrats sont mis en déroute par son boyfriend qui compte bien avoir quelques explications.
Tout commence en 1944… ah oui, pardon, c’est déjà fait. Enfin bref elle lui raconte le même truc et l’informe que cet or pourrait lui servir à aider son pays à se reconstruire après la guerre.
Je veux bien qu’on soit altruiste, mais bon… y’a des limites… à sa place je prends l’or et je me barre dans un paradis fiscal. Bah oui, pas peur de l’dire !
Comme Baker est fou amoureux il décide, avec l’aide de ses équipiers, de l’aider à remonter le magot.
Mais la tâche ne sera pas facile, et pas seulement d’un point de vue logistique. L’enlèvement du général a rendu fou furieux son second, le major Petrovic, un psychopathe sanguinaire bien décidé à venger l’affront en traquant le petit groupe. Parviendront-ils à remonter le trésor ? Sauveront-ils leur peau ? Je suis convaincu que vous avez déjà la réponse !

« Oups! On a laissé un robinet ouvert… »

Co-production franco-americano-allemande, Renegades de son titre original a pris ses quartiers chez « Europacorp », la société de vous savez qui, avant que celle-ci ne connaissent les problèmes qu’elle rencontre aujourd’hui.
Résultat des courses, ça fonctionne étonnement bien et cette péloche bien badass remplira complètement le cahier des charges, et davantage encore.
Elle joue assurément sur la corde sensible de nos émois enfantins, lorsque nous rêvions de découvrir un trésor dont l’emplacement était signalé sur une vieille carte pourrie.
C’est le leitmotiv même de ce film d’action et d’aventure qui en plus de nous envoyer quelques bonnes bastons et autres pétarades, se permet quelques incursions dans les domaines de l’humour et de la tendresse.
Ah que ça fait du bien de dépasser ses préjugés ! Le spectacle en valait vraiment la peine et on parvient même à s’amuser des quelques stéréotypes qui parsèment le métrage. Car bien évidemment nos protagonistes sont vaillants et héroïques, soldats au grand cœur épris de justice et de patriotisme exacerbé. Les bons, ce sont les américains, tandis que de l’autre côté sévit le vil et crapuleux croate, les vrais vilains aux gueules patibulaires.
Un cliché bien pardonnable, autant que le beau guerrier qui tombe éperdument amoureux de la paysanne, puisque tout cela tente à rendre un hommage à ces action movies estampillés 90’s dans lesquels ces mêmes clichés ne furent jamais aussi volontaire que dans Braqueurs d’Élite, puisque là, au contraire, c’est pleinement assumé.
La cerise sur le gâteau, comme pour parfaire un excellent moment, est à retrouvée lors des explorations sous-marine. La chasse aux lingots en somme, celle qui fait basculer le récit vers l’aventure avec un grand A, avec ses nombreux pièges qu’il faudra relever. Et pour le spectateur d’être en immersion totale (mais vous n’êtes pas obligés de retenir votre respiration) avec nos héros. Il ne sera dés lors pas étonnant d’être saisi par la crainte de voir s’échouer leur opération, tellement délicate lorsque rôde à la surface le malandrin Petrovic, prêt à se servir allègrement, pour la seconde fois, dans les caisses de l’état français.
Pour ceux qui douteraient encore, le long signé Steven Quale se veut avant-tout être un divertissement à savourer comme il se doit. S’assumant totalement dans ses choix narratifs, on respire le doux parfum de la nostalgie, de cette époque incroyable qui nous abreuvait de ces films nerveux, nourris à la testostérone. Et ça franchement, c’est du nectar !

Comme quoi il ne faut pas s’arrêter à la simple vue du nom de Luc Besson. Oui, je déteste le bonhomme et je l’assume. En plus, le mec est juste co-scénariste aux côtés de Richard Wenk qui est, lui, une valeur beaucoup plus sûre. La truculence des dialogues en est la preuve irréfutable.
Il ne faudra cependant pas s’arrêter face aux libertés prises avec la réalité. Le budget ne permettant pas d’aller très loin dans l’authenticité, les deux scénaristes auront tôt fait de trouver des solutions de fortune. Par exemple, l’explosion du barrage, pour laquelle il est impossible qu’un lac voit le jour. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, et c’est sans mal qu’on parvient à se détacher de ces quelques incohérences.
Quant au choix de Steven Quale au poste de réalisateur, il est assez judicieux puisque le réal’ sait y faire en terme de technicité. On pourrait certes lui reprocher d’expédier un peu vite certaines scènes, mais dans l’ensemble tout se tient et le rythme est suffisamment haletant pour qu’on ne pique pas un roupillon.
Braqueurs d’Élite c’est aussi une très belle photographie. Tourné en Croatie nous pourrons admirer la beauté des paysages sauvages, tout autant que nous pourrons nous pâmer d’extase face à la somptuosité des fonds du lac et de son village engloutis. Et par chauvinisme, quelques scènes intérieurs se déroulent en Belgique, dans les studios AED, à Lint. C’était important de la signaler.
Les quelques séquences à l’humour décapant apportent cette légèreté de ton qui amène alors un peu plus de punch. On les doit surtout à la présence de J.K Simmons dans le rôle du commandant de la base. Le type vocifère et insulte à tout va, mais bon sang… que c’est jouissif ! L’acteur vu dans l’excellent Wihplash est juste mémorable et parfait.
Pendant un peu plus de 90 minutes vous aurez donc le loisir de frémir, de rire, de rêver et peut-être de verser une petite larme d’émotion face à la grandeur d’âme de ces soldats… oui bon je vais peut-être un peu loin je vous le concède. Tout de même, vous pourrez admirer la jolie Sylvia Hoeks, seule présence féminine dans ce monde de mâles. L’actrice hollandaise est comme un poisson dans l’eau – jeu de mot pourrave – et a rapidement trouvé ses marques pour apporter à Lara cette force émotionnelle qui la rend authentique et sincère.

« Euh… une limonade pour cinq… c’est peu non ? »

Un pur moment de régal donc, un plaisir coupable qui redonne du baume au cœur et, parce que finalement c’est un peu ça aussi la magie de cinéma, vous invite à rêver à nouveau en oubliant un instant que vous êtes cet adulte un peu trop encré dans une vie réglée comme du papier à musique.
Braqueurs d’Élite n’est peut-être pas le film qui va révolutionner l’histoire du 7ème art – puisque dans le genre il y a pléthore de découverte à faire – mais peut très bien trouver sa place dans un coin d’étagère où il ne faudra pas le laisser dormir trop longtemps tant il vaut le détour.
Sinon… il y a un last minute pour la Croatie ? Non juste comme ça, une envie de visiter leurs lacs… on ne sait jamais.

De Steven Quale (2017)

Avec : Sylvia Hoeks, Sullivan Stapleton, J.K. Simmons, Charlie Bewley,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie.
Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore !
L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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