Godzilla 2 : Roi des monstres

Notre lézard géant préféré est de retour! Et même si, depuis quelques années, il délaisse le saké au profit du bourbon, le débat concernant l’appropriation par les américains d’une des figures les plus emblématiques de la pop culture japonaise n’aura pas lieu ! Pas dans les lignes qui suivent, du moins. 

En 1998, la version de Roland Emmerich avait suscité l’indignation des fans de kaijus qui, à la manière de leur Godzilla favori, avaient vomi des torrents de colère pure sur une production certes peu novatrice, mais certainement pas plus nulle que certains Godzilla nippons des années 70. Après tout, le nouveau design de la créature proposé par Patrick Tatopoulos avait reçu l’aval enthousiaste des dirigeants de la Toho, société productrice des kaijus movies depuis 1954, année de sortie du Godzilla original. 

Godzilla version Tatopoulos :
une grande gueule!

Entre nous, la tronche de l’animal avec son menton en galoche n’évoquait que de loin son modèle et tenait plus du raptor ou même du T-rex (Jurassic Park, si tu nous lis…) … voire du fruit des amours zoophiles entre Shere Khan,  le tigre et la sorcière de Blanche-neige… 

Quant au Godzilla de Gareth Edwards, parlons peu mais parlons bien : il frôle le chef d’œuvre. Le relooking de l’animal est, par exemple, quasi miraculeux. 

Un coup d’œil rétrospectif sur la trentaine de films de la « saga » originale permet de se rendre compte qu’il n’y a pas « un » mais bien « des » Godzillas et qu’il serait bien ardu de déceler un semblant de cohérence entre le film original de Ishirô Honda et les derniers opus en date, tel ce Godzilla Resurgence. En effet, si la créature –terrifiante comme un cataclysme naturel– du premier film symbolisait le trauma atomique vécu par le japon après la destruction d’Iroshima et Nagasaki, elle est rapidement devenue la mascotte des bambins. La faute à une infantilisation systématique des scripts et l’ajout réguliers d’ennemis/partenaires parfois improbables ou carrément WTF : Mothra, King Kong, Mechagodzilla, Mechani-Kong, Rodan, Megaro (ou Megalon) … Le années 60 donnèrent même naissance à un Godzilla complètement psychédélique qui affrontait une belle ordure, au sens propre : un kaiju étrange, né de la pollution industrielle : Hedorah. La suite de la saga jusqu’à ces dernières années est une alternance de reboots et de réinterprétations du mythe. De ce magma de tendances, avec ses hauts et (hélas souvent) ses bas, se sont dégagés certains axes forts et fondateurs de la mythologie, telle l’idée de faire de ces monstres antédiluviens, des forces de la nature incontrôlables.

« Monsieur King Ghidorah, il est interdit de déféquer sur la pelouse! » – « De quoi, avorton? »

Pour la question du respect de l’esprit original, lorsque l’on parle des Godzillas made in USA, on peut donc se permettre de pouffer doucement. Godzilla n’est pas James Bond et son univers n’est pas aussi codifié que celui de l’agent 007 ; c’est plutôt la grande cour de récréation où chacun s’amuse avec ses propres jouets. 

Ainsi, les film Roland Emmerich et de Gareth Edwards ne font certainement pas tache dans la saga nippone originale, le second ayant même tendance à l’enrichir avantageusement. 

Mais qu’en est-il donc de ce Godzilla 2 ?

« T’es encore là, demi-portion? » – « Ouais! Et fais gaffe, j’ai bouffé de l’ail! »

Personnellement, j’ai beaucoup salivé à l’idée que l’ami Godzilla retrouve certains de ses petits amis. Voilà un film que j’aimais déjà avant de l’avoir vu… Du moins, j’aurais aimé l’aimer…

Sur le papier l’argument fonctionne plutôt bien : 

La paléobiologiste Emma Russell a développé l’Orca, un engin permettant de communiquer avec les Titans (appellation désormais officielle pour Godzilla et ses camarades) et surveille, au sein de l’agence Monarch, l’éveil imminent de nouvelles créatures : Mothra, Rodan et Ghidorah. Un groupe terroriste, mené par Alan Jonah, un énigmatique mercenaire, débarque, tue pratiquement tout le monde, enlève le docteur Russell et subtilise l’Orca. On apprend rapidement que l’immonde dessein de ce groupuscule eco-terroriste est de libérer les Titans afin de rétablir une espèce d’ordre naturel sur terre ; les humains étant devenu des parasites qu’il faut proprement éliminer. 

La colère du roi!

Un pitch plutôt sympa qui fleure bon la série B décomplexée… Sauf que… Sauf que la mayonnaise a du mal à monter, et passer le fouet électrique à la vitesse turbo ne changera rien à l’affaire. La faute à un traitement et un ton beaucoup trop sérieux, à une volonté de rendre la moindre idée folle plausible… Ce qui, lorsqu’il est question de bestioles avoisinant les 120 mètres de haut et se castagnant joyeusement est gentiment ridicule. La séquence d’exposition du plan machiavélique des terroristes est à ce titre hilarante : le docteur Emma Russel (qui s’avère être de mèche avec les méchants… Oups ! J’ai spoilé, chef !) explique à brûle-pourpoint les raisons pour lesquelles elle est prête à détruire le monde, images de catastrophes naturelles à l’appui, un peu comme si elle nous présentait une émission sur la chaîne télé National Geographic… « Alors voilà, les amis ! Ok, on va relâcher des monstres horribles qui vont détruire l’humanité, mais ne sommes-nous pas déjà en train de tuer notre planète ? Avec la pollution et tout, et tout ? D’ailleurs, à ce sujet, voici un petit documentaire signé de notre camarade Nicolas Hulot ! »

L’idée de faire des Kaijus –euh, des Titans, pardon ! – une race ancestrale de créatures divines qui dominait le monde à l’époque de l’Atlantide (Oui, je sais ça se complique, faut prendre des notes !) n’est en soi pas plus stupide qu’une autre mais plutôt qu’un bon vieux flash-back des familles, pourquoi nous avoir imposé ces séquences sous-marines où un sous-marin (justement) traverse paresseusement les ruines englouties du continent légendaire ? Au passage, on notera que lesdites ruines sont malgré la bonne douzaine de millénaires au compteur dans un état de conservation qui ferait pâlir d’envie le Parthénon. 

Et puisqu’on est lancés, nous aimerions pouvoir gifler le scénariste responsable de ces lignes de dialogue : « Ils chassent en meute, comme les loups et les épaulards… ». Pour être clair, on parle ici de créatures certes monstrueuses mais a priori d’espèces différentes : quel pourrait être le lien de parenté entre un ptéranodon supersonique, une mite géante ou un dragon à trois têtes ? Toutes proportions gardées, ça reviendrait à parler d’une meute constituée de vaches, d’éléphants, de lions et de poules… « Ils chassent en meute ! ».

Et le reste est hélas à l’avenant… 

Autant Kong : Skull Island nous offrait un spectacle primaire et décomplexé, non dénué d’un humour noir bienvenu, autant ce Godzilla se la pète un peu et vous prend de haut (facile, pour lui !). Même un « Rampage » à l’argumentaire tout aussi série B avait le bon goût de donner dans le délire visuel avant tout.

A l’instar de l’Elevated Horror, cette tendance intello-bobo qui veut bien traiter du fantastique et de l’horreur, mais en se pinçant les narines, recouvrant les thématiques de notre genre préféré d’un vernis auteurisant, le traitement de Godzilla 2 verse dans un réalisme explicatif qui se prend les pieds dans le tapis toutes les 10 minutes, comme si les auteurs refusaient de ne faire qu’un simple divertissement.

Soyons bien d’accord : cette approche sérieuse aurait pu être convaincante si elle ne s’était pas embarrassée de justifications forcément risibles et surtout si le traitement des personnages avait été plus travaillé.

« Vas-y Charlie! Lève le sourcil gauche! »

Quelle tristesse de voir un comédien de la trempe de Charles Dance aussi peu exploité et aussi fade. A croire que personne dans la production ne s’est souvenu de son interprétation exceptionnelle de Tywin Lannister dans Games Of Thrones. De même que Vera Farmiga (Bates Motel) et Millie Bobby Brown (la Eleven de Stranger Things) dont la relation mère/fille manque cruellement d’authenticité (« Maman ! Tu te rends compte que tu es en train de commettre un génocide sans précédent ! » – « Faut c’qui faut pour sauver le monde, ma chérie… »). Et que dire de cette embarrassante réunion familiale en plein climax, quasi entre les pattes de nos Titans ? Pas grand-chose, à vrai dire…

« Euh, m’man, c’est pas la télécommande de la télé, ça… » – « Oups! »

Godzilla 2, c’est un peu comme The Walking Dead : les monstres (ou zombies) sont chouettes, mais dommage qu’on n’ait strictement rien à caler du sort réservé aux personnages (humains s’entend) … Du coup, toute une équipe de scientifiques peut bien se faire piétiner par les colosses, ça nous laisse de marbre. Oui, ce sont des vies humaines, mais on s’en fiche un peu… 

Malgré ce sentiment énervant d’être passé à côté d’un excellent film, restent des séquences plutôt jouissives : la première et terrifiante apparition de Ghidorah, Mothra se déployant majestueusement dans une séquence d’une infinie poésie, Mothra encore, dans un registre différent cette fois, boxant Rodan avec ses petites papattes, Godzilla affrontant Ghidorah dans une gestuelle anthropomorphe plutôt surprenante et pas désagréable du tout, le survol de Mexico par un Rodan semant la désolation et la mort… 

Et puis, soyons honnêtes : nos bestioles favorites sont superbes et vous en mettent plein la vue tout au long du métrage. Le monsterverse se met en place et, au vu de quelques plans fugaces sur de nouvelles créatures, promet d’être diversifié. Allez flûte! voilà que je salive à nouveau!

Croisons à présent les doigts pour que le prochain Kong vs Godzilla  soit un peu plus décontracté du gland, de manière à nous offrir le spectacle riche en émotions qu’aurait dû être Godzilla 2.


Nick Mothra
Gamin, je me pâmais d’admiration devant les figurines de « La Planète des Singes », revivant à travers mes dessins et mes maquillages « maison » les destinées tragiques de Zira et Cornelius. Plus tard, tel le Docteur Moreau, je charcutai un vieil ours en peluche et en faisais une honorable copie de gorille. J’avais alors découvert King Kong, le seul l’unique de 1933.
Par la suite, les marges de mes cahiers d’école se remplirent successivement de requins mangeurs d’hommes (après la vision de « Jaws »), de morts-vivants (suite à la diffusion d’un extrait de « l’Enfer des Zombies » à la télé), de dinosaures de tous poils (de toutes écailles plutôt), de Godzilla et encore de zombies… Et… Et… Bref, le cinéma fantastique a forgé mes goûts et jalonné ma vie… Et ça continue, aujourd’hui encore.
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