RE-ANIMATOR

Herbert West, brillant mais quelque peu étrange étudiant en médecine, va intégrer l’hôpital de Miskatonic après s’être fait renvoyer d’un institut en Suisse où il menait des travaux l’ayant conduit a pratiquer une réanimation post mortem sur le professeur Gruber, la sommité médicale avec laquelle il travaillait. Cherchant un endroit pour se loger et se proposant colocataire auprès de Dan Cain, un élève prometteur sortant avec la fille du Doyen, West va donc pouvoir reprendre ses expériences là où il les avaient laissé…

Et oui, on s’occupe comme on peut à l’université de Miskatonic…

Librement inspiré par la nouvelle du reclus de Providence intitulée Herbert West, réanimateur ; œuvre qui fut publiée de février à juillet 1922 pour la première fois sous forme de feuilleton au sein de la revue Home Brew ; l’adaptation de Stuart Gordon va prendre volontairement quelques distances avec les écrits initiaux du Maître, tout en parvenant néanmoins à extraire, sublimer et réinventer toute la folie que seul Lovecraft savait imprégner à chacune des lignes qu’il rédigea pour ce texte. Texte d’ailleurs très polémique, faisant régulièrement les choux gras des innombrables défenseurs philosophes de la sacro-sainte morale que l’on se plaît à croire puritaine, concernant la xénophobie explicitement étalée de l’homme à l’origine du mythe de Cthulhu. «Il était répugnant, une chose qui ressemblait à un gorille avec des bras anormalement longs que je ne pouvais m’empêcher d’appeler « pattes de devant » et un visage qui évoquait les secrets indicibles du Congo et le martèlement des tam-tams sous une lune sinistre. Le corps devait être encore pire vivant, mais le monde recèle tant de choses hideuses.» Bon, quand on devine qu’il décrit le cadavre d’un Afro-Américain…

La divine et délicieuse Barbara Crampton…

Mais pas de tout ça dans le film de Gordon, seul le génie de l’écrivain va transparaître à l’écran. Et en version intégrale, comme le propose la récente et somptueuse édition Blu-Ray parue chez Ecstasy of films, c’est encore plus jubilatoire. 19 minutes de rab’ en bonne compagnie, c’est une proposition difficile à refuser. Ce qui est toujours délicat, et la grande question que l’on se pose quasi automatiquement lorsque se présente ce cas de figure réside dans le fait que : pour un classique que l’on connaît sur le bout des doigts, que l’on aime et que l’on vénère (sauf grosse erreur de ma part, je présume que Re-animator doit mettre tout le monde d’accord. Ou presque…) cette mouture bénéficiant d’un temps supplémentaire – visiblement assez conséquent – ne va-t-elle pas alourdir l’intrigue ? Voir même casser la dynamique du récit ? Oui et non au final.

… divine et délicieuse… vue sous un autre angle…

Oui, car les passages inédits sont principalement des morceaux dialogués ce qui, indirectement, perturbe légèrement le déroulement et surtout le rythme de l’histoire. Rassurez-vous pauvre mortel, rien de blasphématoire. Mais c’est certain que les actes de bravoure du tandem West/Cain sont pour le coup balancés un peu moins frénétiquement. Le réalisateur avait su, par le biais d’un montage assez nerveux, trouver une alchimie flirtant avec la perfection afin de narrer les réanimations en chaîne de nos 2 apprentis toubib en manque de corps fraîchement refroidis. Là, en y incluant toutes les scènes, c’est un chouia plus posé. Mais ce qui est sensiblement perdu d’un côté, va se récupérer très copieusement de l’autre…

L’avantage non négligeable de ces séquences additionnelles, c’est qu’elles permettent d’étoffer considérablement le scénario. Et surtout la psyché des différents protagonistes. En ayant une connaissance plutôt approfondie de cette bande suite aux multiples visionnages auxquels nous nous sommes soumis, connaître davantage les personnages est une option carrément intéressante. Que ce soit vis-à-vis de l’importance du couple formé par Meg et Dan, même si on n’avait pas nécessairement besoin de cela pour le comprendre, ou de l’obsession de Carl Hill à l’égard de la délicieuse déesse blonde, de nombreux nouveaux éléments viennent se greffer à cette trame que l’on pensait pourtant si familière. L’influence néfaste de Hill sur le bon vieux docteur Halsey, ou encore l’étonnante addiction de West à l’encontre de son propre sérum : c’est un tas de nouvelles perspectives qui viennent agrémenter un métrage regorgeant déjà d’un paquet incalculable de qualité.

Pépite incontournable du cinéma bis, Re-animator en est aussi une sorte d’apogée – mine de rien nous sommes au milieu des 80′ et même s’il y aura encore de belles années à venir, la série B telle que nous la concevons va progressivement commencer à muer -, métrage intemporel qui transforma le coup d’essai de Stuart Gordon en véritable perle du B-Movies.

RE-ANIMATOR

Stuart Gordon – Etats-Unis – 1985

Avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale, Robert Sampson…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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