La Malédiction Winchester (Winchester)

Après avoir tâter de la franchise, avec Jigsaw, et nous avoir fait vibrer avec ce monde victime d’un virus qui transformera l’humanité en vampires dans le très bon Daybreakers, voici que les frangins Spierig nous reviennent, en 2018, avec une histoire de maison hantée.
Sujet qui est certainement l’un des plus exploités dans le 7ème art, et qui donc peut très vite s’avérer décevant s’il n’est pas maîtrisé à la base. C’est que les fondations de ces demeures sont comme des châteaux de cartes, le moindre faux pas et tout s’écroule.
Les deux frères – sont jumeaux, je dis ça en passant – ne vont pas tomber dans le piège facile, et vont dés lors s’attaquer à la plus célèbre maison hantée de la Californie : La Maison Winchester !

« Ooooh! Tu vas arrêter de gueuler!!! »

1906, le docteur Eric Price est engagé par le conseil d’administration de la Winchester Repeating Arms Company, dans le but d’évaluer l’état psychologique de la principale actionnaire : Sarah Winchester.
Le psy doit se rendre à San José, dans la gigantesque demeure de cette respectable dame. Une demeure aux allures fantasques, comprenant un amas de pièces carrément ubuesques ; des portes donnent sur le vide, des placards sont aussi des portes, mais qui ne servent à rien, des escaliers mènent au plafond,… Qui plus est, cette maison est continuellement en travaux, 24h/24h et 7 jours sur 7… dans un certain sens, cela fait le bonheur des entrepreneurs locaux.
Mais dans quel but ces travaux sont-ils exécutés ? Tout simplement afin d’accueillir les nombreux esprits qui furent, jadis, victimes de la tristement célèbre carabine Winchester. Des victimes de la guerre de sécession en passant par diverses autres qui eurent le malheur de voir le canon pointé vers eux, tous sans exception se retrouvent au cœur de l’édifice. Mieux encore, ce sont eux qui dictent les plans à la veuve esseulée qui, dés le lendemain, transmet ces derniers au responsable du chantier.Le docteur Price, plutôt cartésien, se croit alors face à une vieille folle, qui impute la perte de son mari et de son enfant à ces esprits désireux de se venger.
Pour le doc’, l’affaire est dans le sac et il ne sera pas bien difficile de prouver que la vioque n’a pas toutes ses frites dans le même sachet.
Pourtant, dés la première nuit, il assiste à quelques phénomènes étranges, des apparitions furtives dans sa chambre. Si le gaillard n’y prête guère attention, c’est que depuis la mort de sa femme il trouve le réconfort dans quelques drogues qui, à son sens, lui font perdre un peu les pédales. Toutefois, il n’est pas dingue, puisque la seconde nuit il assiste vraiment à un événement qui le fera réfléchir. Le petit Henry, fils de la nièces de Sarah W. a bien failli périr en chutant d’un toit, alors qu’il se baladait avec un sac sur la tête. Non le gamin n’est pas atteint cérébralement, juste possédé par un esprit ; en témoigne ses yeux révulsés.
Que se passe t-il vraiment dans ce sanctuaire dédié aux remords ? Le docteur Price ne tardera pas à le découvrir et il lui faudra garder la tête froide tant il ne s’attendait pas à ce que, réellement, les fantômes du passé puissent être aussi réels. Parmi ces esprits, il y en a un dont la rage est si décuplée qu’elle met en danger tous ceux issus de la lignée des Winchester. Pour déjouer le mal, il faudra que le bon docteur fasse confiance à la proprio déglingo… qui ne l’est finalement pas tant que ça !

« Qu’elle est belle ma cârâbiiine. »

La Winchester Mystery House est depuis 1923 – soit un an tout juste après le décès de son occupante – une attraction touristique qui attire chaque année plusieurs milliers de touristes, à la recherche du grand frisson puisqu’elle est considérée comme la plus hantée des États-Unis, ou en quête de l’Histoire qui gravite autours de cette malédiction due à l’hécatombe que provoqua la commercialisation de la carabine.
Cette malédiction elle existe uniquement parce que la veuve Winchester voulait bien le laisser entendre. Bien qu’elle interdît que quiconque puisse, de son vivant, visiter la maison, rien ne viendra jamais étayer ses propos. Peut-être la souffrance du deuil est-elle en cause, ou peut-être encore son arthrite sévère et débilitante a t-elle contribué à ce que naisse la légende qui entoure désormais la bâtisse. Allez savoir… toujours est-il que pendant 38 ans elle ne cessa de construire et reconstruite, inlassablement comme pour garantir sa survie. C’est en tout cas ce que lui prédît un médium charlatant et c’est, tout compte fait, là qu’il faut aller chercher la réponse à cette frénésie architecturale : la crédulité ou bien encore le désarrois d’être désormais seule avec le poids de la culpabilité. Coupable d’avoir été le fournisseur d’un engin de la mort et, des victimes, l’arme en fît plus que de raison.
Á sa mort, la bicoque faisait 24.000 m² et contenait 160 pièces, 47 foyers et… 10.000 vitres… bonjour l’entretient !
Si je me permets cette petite digression historique et immobilière, c’est parce que La Malédiction Winchester pourrait vous sembler, de prime abord, être un vrai film d’horreur qui vous filera la pétoche au détour de ces multiples coins sombres. Et bien entendu, puisque vous aurez tôt fait de le prendre comme tel, vous allez être déçu et crier à qui veut l’entendre que le film est mauvais, manque de ceci et de cela,… bref, c’est bien légitime et vous n’y êtes pour rien je vous rassure.
Il faut dire que, dés le départ, ce n’est pas très clair ; tout d’abord une bande annonce, alléchante certes, nous abreuve de quelques manifestations spectrales qui eurent tôt fait de nous donner l’envie. Ensuite, l’affiche même du métrage qui présente l’actrice Helen Mirren sous les traits de la sexagénaire, plus inquiétante que jamais avec ce voile à dentelles noir qui recouvre son visage. Enfin, l’ambiance, qui laisse s’échapper les effluves d’une peur sans nom.
Forcément, présenté de la sorte, on pourrait se laisser surprendre par la véritable nature du métrage, à savoir, qu’il s’agit ni plus ni moins d’un drame historique, mélangeant adroitement le biopic et la romance. L’horreur n’est qu’une simple toile de fond, inévitable lorsqu’on dresse le portrait de cette maisonnée et des mystères qui l’habitent.

« Quoi ? Tu veux ma photo ? »

Les frères Spierig, Peter et Michael, l’ont bien compris. Dés le début ils tracent les grandes lignes de ce qui conduisît Sarah Winchester à sombrer dans cette névrose qui la poursuivra jusqu’à sa mort. Leur film s’articule donc tout naturellement autours de la propriétaire et de sa relation avec les esprits qui occupent le lieux. Celui-ci est évidemment le décorum parfait et ne quittera jamais ce rôle ce qui, de fait, ne le place pas directement dans le cercle très fermé des histoires de maisons hantées. La Malédiction Winchester va bien au-delà, insistant sur l’aspect psychologique de sa principale résidente, ce qui donne lieux à quelques séquences pendant lesquelles la dame va se confier au docteur Price. Personnage totalement fictif au demeurant, participant à la partie romancée qui donne alors du coffre au récit afin qu’il ne tombe pas dans la simple évocation purement documentaire. Heureusement dira t-on, puisque cela va révéler quelques surprises.
Ces scènes vont alors tirer un peu en longueur, et pour ceux qui n’aiment pas les palabres, pourraient se révéler assez douloureuses. Pourtant, elles permettent d’épaissir l’intrigue, ou du moins, tentent de le faire. La seule grande faiblesse de la bobine se concentre en ce point précis : L’intrigue ! Laquelle est bien trop téléphonée et même si elle réserve un twist final plutôt sympathique, le choc auquel nous aurions eu droit fait l’effet d’un pétard mouillé.
Peter et Michael ont trop voulu creuser dans l’esprit de Sarah Winchester et de sa maison, au détriment d’une énigme bien ficelée. C’est assez regrettable tant le potentiel était à porté de mains, et il aurait suffit de tendre le bras pour le saisir. Le coche est loupé, et clairement, ça fait un peu râler !
La séance de rattrapage sera bien plus réussie, et trouvera son apothéose dans les incursions horrifiques. Bah oui! on parle quand même d’une maison susceptible d’abriter quelques âmes égarées et vindicatives. Faut pas se priver d’exploiter le filon, et ça va être brillamment fait.
En utilisant à bon escient le jump-scare, les frangins sont parvenus à le rendre essentiel au bon déroulement du récit. Permettant alors à son protagoniste, the drugged doctor, d’y voir un peu plus clair sur la nature de l’endroit. Remarquez, c’est paradoxale d’y voir clair dans un lieux si sombre… hein, c’est rigolo, hein ? Bon c’est pas demain que je terminerais humoriste, merci beaucouuup…
Effets spéciaux plutôt aboutis, bien que quelques ectoplasmes fassent davantage penser à une poupée en caoutchouc, en même temps avec un budget de 3.500.000 dôlâârs dont la moitié a été bouffé par Helen Mirren, Jason Clarke et Sarah Snooke, on peut aisément pardonner et compatir.

« Ouhou… Y’a quelqu’un ? »

Quoiqu’il en soit, le salaire de Miss Mirren est mérité tant elle campe la veuve Winchester avec tout le talent qu’on lui connaît. Sobre et ténébreuse, elle donne parfaitement le change à Jason Clarke qui nous surprend par son intensité de jeu. Et tout cela magnifiquement photographie grâce à Ben Nott – qui a déjà bossé avec les Spierig – lequel saisit toute la portée dramatique du film et la restitue au travers d’un esthétisme qui vaut le détour.
Des faiseurs d’images ils en sont aussi les deux frérots. Les détails sont biens pensés, soignés et respectueux. Une belle technicité vient ponctuer l’ensemble et fait de La Malédiction Winchester un film qu’il faut impérativement réévaluer tant il en vaut vachement le coup !

De Michael et Peter Spierig (2018)

Avec : Jason Clarke, Helen Mirren, Sarah Snook,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie.
Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore !
L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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