Companeros (Vamos a Matar…Compañeros !)

« Levantando el aire los sombreros
Vamos a matar, vamos a matar, companeros
Pintaremos de rojo sol y cielo
Vamos a matar, vamos a matar, companeros »

Fin des années 70, début des 80’. J’entre dans l’adolescence. Dénichée je ne sais plus où, mon frangin revient avec une pile de magasines estampillés Star Ciné kekchose : Bravoure – Colt – Aventures – Cosmos… A l’intérieur, des films en romans-photos, de tous les genres et du plus connu au plus obscur. Ca doit rappeler quelques souvenirs aux plus âgés d’entre vous, chers lecteurs… Dans le lot, un paquet de westerns européens, genre que je découvris donc par ce biais alors que je ne jurais (et jure encore beaucoup) que par John Wayne (♥) et quelques-uns de ses compatriotes. Et parmi ceux-ci figurait le Compañeros dont il est question ici. Comme souvent avec ces collections, le visuel sur la couve n’avait rien à voir avec le titre évoqué. Mais alors rien du tout…et impossible de dire de quel film la photo utilisée est tirée. Bref. J’ouvre et je commence à feuilleter… Lu d’une traite, le verdict : j’adore ! De l’humour, de l’action, une histoire bien ficelée : je veux voir le film ! Cela ne se fera que quelques années plus tard par le biais de la VHS mais ça restera marqué dans ma mémoire et Compañeros deviendra et restera un de mes westerns favoris, toutes nationalités confondues.

Mexique, la révolution civile. Deux groupes s’affrontent pour prendre les rênes du pouvoir en place. D’un côté celui mené par Xantos (Fernando Rey), pacifiste qui veut redonner le pouvoir et la dignité à son peuple. De l’autre, Mongo (José Bodalo) qui sous couvert des mêmes discours que son rival ne pense qu’à s’en foutre plein les poches, au détriment de ses compatriotes dont il n’a rien à cirer. A sa solde, Vasco (Tomas Milian), péon un peu benêt manipulé par Mongo. Arrive un étranger, Yodlaf Peterson dit « le Suédois » (Franco Nero), marchand d’armes venu vendre des fusils à Mongo. Tout ce beau monde va se côtoyer, souvent contraint et forcé. Mais il va aussi apprendre à se connaître et à aller au-delà des idéaux et des valeurs…      

Entre Vasco et Le Suédois, les deux personnages principaux, la relation est typique d’un buddy-movie : ils se détestent, ils se vannent, se piègent, se trahissent et tout les sépare. Le film commence d’ailleurs par un duel entre les deux hommes avant qu’un long flash-back ne nous décrive comment ils en sont arrivés là. Mais comme il se doit, les deux se rapprocheront et, sous le couvert d’un respect mutuel, deviendront amis. Et quel duo d’acteurs pour ces deux protagonistes : Franco Nero et Tomas Milian, tout est dit ! Parfaitement complémentaires, les deux acteurs se livrent au jeu du « je t’aime moi non plus » tout au long du film : tout en naïveté et fausse colère pour Milian – Che Guevarra du pauvre – , en moquerie et sentiment de supériorité pour Nero, que Milian surnomme « Le Pingouin ». Les deux sont parfaits dans leurs rôles respectifs, assez habituel mais toujours apprécié pour Milian là où c’est plus surprenant pour Nero, plus habitué à des rôles taciturnes et qui ici fait étalage d’un jeu au sens de l’humour certain.

Parmi les ennemis, là aussi on verse dans l’excellence avec Jack Palance, dans un énorme délire tout en cabotinage éhonté mais irrésistible. Son personnage de tueur shooté à la marijuana, manchot à la main en bois – son faucon domestiqué qui ne le quitte jamais lui dévora cette main pour le sauver d’une crucifixion – est tout bonnement incroyable et mémorable. Et que dire du général Mongo, faux idéaliste mais vraie crapule n’agissant que par intérêt personnel, exécutant à tour de bras ses ennemis…comme ses propres hommes.

Au milieu : Xantos, alias Fernando Rey, pour le coup vrai révolutionnaire aux idéaux sincères. Traversant l’intrigue constamment désarçonné par l’attitude des uns et des autres, c’est un naïf dans sa volonté de tourner le dos à une quelconque violence alors que même ses plus fidèles partisans (dont la sublime Iris Berben) finiront par y avoir recours. Car si Corbucci semble avoir un vrai élan de sympathie pour ce personnage humaniste jusqu’au bout des doigts, il n’est pas dupe de la dure réalité et montre que pour parvenir à leurs fins, ses « héros » devront user eux aussi de la violence…

Entre les passages humoristiques, nombreux et souvent irrésistibles, mettant principalement en scène l’antagonisme entre Milian et Nero, et une interprétation remarquable de bout en bout, on est déjà bien gâtés. Mais le Cinéma avec un grand C est présent également et bien présent : entre les paysages magnifiques d’Almeira, sublimés par un Corbucci au sommet de son art et des scènes d’action souvent dantesques, la réussite du film est exemplaire à tous points de vue. En témoigne cette scène où Nero empoigne une mitrailleuse, déchaîné et éructant, atomisant ses ennemis dans un élan de folie incontrôlée. C’est tout bonnement jouissif et exaltant ! Quant à l’ultime scène, qui verra le Suédois revenir vers ses nouveaux amis au grand galop, prêt à en découdre avec l’armée mexicaine, en hurlant un ultime ‘Vamos a matar Compañeros !’, elle vous prend aux tripes et achève ce périple révolutionnaire de la plus belle des manières.

Corbucci livre ici un de ses meilleurs travaux. Et si sa filmo compte quelques pépites, entre Django (le seul, le vrai), Le Grand Silence ou Il Mercenario – au sujet fort proche de Compañeros d’ailleurs mais beaucoup plus cyniquele présent opus n’a rien à leur envier. Epique et picaresque, le film est accompagné d’une sublime partition musicale de l’incontournable Ennio Morricone. Un pur bonheur tout comme la chanson qui accompagne tout le film. Impossible de ne pas la fredonner dans les jours qui suivent le visionnage tant ce « Vamos a matar, Vamos a matar, compañeros » vous trottera longtemps dans la caboche…  Du grand art, du grand western, du grand cinoche !

« Levantando el aire los sombreros
Vamos a matar, vamos a matar, companeros
Pintaremos de rojo sol y cielo
Vamos a matar, vamos a matar, companeros »

De Sergio Corbucci (1970)

Avec Tomas Milian, Franco Nero, Fernando Rey, Jack Palance, …

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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