L’EXORCISTE LA SÉRIE

Face à la prolifération toujours croissante de l’offre gargantuesque dédiée à la série télévisée, voir débouler en 2016 L’exorciste par le biais de ce format ne fût pas vraiment une grande surprise pour ma part. Plutôt un outil éveillant ma curiosité devrais je dire. Car faire référence à la légende initiée par le chef-d’oeuvre de Friedkin via 2 saisons comportant chacune 10 épisodes se révèle être tout de même un sacré challenge. Bien entendu, je n’oublie pas qu’un an auparavant Sam Raimi et sa bande avaient su, avec un certain brio, retranscrire à merveille l’essence de la trilogie Evil dead en rempilant efficacement grâce à un Ash prêt à en découdre vis-à-vis des hordes du chaos. En sera-t-il de même concernant les sbires de Lucifer ? Sortons nos bibles et penchons-nous d’un peu plus près sur ce cas qui ne risque pas d’être reconnu par l’église…

Afin de tenter d’apprécier pleinement la chose, il est néanmoins nécessaire de prendre un maximum de recul à l’égard des premières acrobaties perpétrées par la petite Regan. Parce que oui, il est difficile de ne pas penser et repenser aux événements qui se déroulèrent à Georgetown quelques décennies plus tôt. Et le pilote intitulé Et que mon cri parvienne jusqu’à toi en joue habilement. Les références sont nombreuses et, même si l’on découvre l’identité de la future possédée beaucoup trop rapidement, l’alchimie fonctionne et l’on se prend aisément au jeu. En particulier sur le twist final de ce chapitre introductif ou, sur l’inquiétante musique de Mike Oldfield, se découpe au travers de l’encadrement d’une fenêtre une étrange silhouette féminine observant le départ du père Tomas en arborant un rictus qui en dit long sur la suite des événements à venir. De plus, mais ça nous ne l’apprendrons qu’au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, les connexions avec le film de 73 seront légions, et le fil conducteur liant l’attaque originelle de Pazuzu à celle que le démon va lancer pour les besoins de la série, va être considérablement mis en avant. Dangereux, surtout lorsque l’on se frotte à une telle bombe. Le métrage du réalisateur de Police fédérale Los Angeles étant un objet de culte et une véritable pierre fondatrice dans le cinéma d’épouvante, à titre personnel il me marqua au fer rouge à une échelle telle qu’aucun Massacre à la tronçonneuse au monde ne pourrait y parvenir, y faire référence est donc un exercice de style ambitieux mais franchement délicat.

Le pouvoir du Christ est en toi! Enfin, en théorie…

L’eau bénite va par conséquent couler à flots et, à défaut d’aller se plonger au tréfonds de l’intimité de la jeune demoiselle en proie au mal (elle va préférer plus brûlant…), les crucifix vont être vaillamment brandis au cœur d’une lutte qui s’annonce acharnée. Étonnamment, ce n’est malheureusement pas cette partie qui va être la plus intéressante. Stéréotypées à l’extrême, les différentes phases ayant attrait aux exorcismes proprement dits ne vont guère révolutionner la donne. L’ensemble sent méchamment l’hostie frelatée et, à 2/3 jumps scares près, le spectacle proposé est un piètre best of de ce que l’on a déjà vu mille fois en bien meilleur. Au mieux, on atteint là un niveau digne des productions les plus réussies signées par Jason Blum. C’est loin d’être affligeant me direz-vous, mais d’un banal tellement anodin qu’il en devient parfois très chiant. Le gros du problème réside dans le fait, à l’instar de trop nombreux longs contemporains qui traitent de ce thème d’ailleurs, que l’on super-héroïse voir que l’on Marvelise à outrance ce combat entre les serviteurs de Dieu et les armées du Malin. D’un côté comme de l’autre on balance du punchline – tantôt amusant, souvent inapproprié -, on fait reluire son ego, on affirme sa toute-puissance, et pour conclure on se fout sur la gueule un peu à la manière d’un Avengers destiné à sauver l’humanité en cassant de l’Ultron. Malgré quelques répliques familières nous procurant toujours un plaisir très appréciable lorsqu’elles parviennent jusqu’à nos esgourdes «c’est une belle journée pour un exorcisme mon père», et une poignée de relectures quelquefois pertinentes des meilleures séquences de la quadrilogie initiale ; si l’on fait volontiers l’impasse sur les jets de gerbes lancés çà et là, car personne ne vomira jamais comme la gosse Mac Neil ; l’ultime segment de la deuxième saison propose en contrepartie une scène faisant explicitement de l’œil à l’un des passages les plus terrifiants du troisième volet de la saga (je vous laisse deviner lequel…). La partie ouvertement horrifique résulte donc sur un résultat mitigé, qui n’est jamais honteux certes, mais qui peine à faire réellement frémir. Dommage, il y avait pourtant de la matière à exploiter. Allons bon, de nos jours même en abordant un sujet pareil il faut absolument ratisser grand public pour les majors de la production…

L’effet avant…
… et après possession.

Reste cependant la mise en avant du duo composant les personnages principaux. D’un côté le futur excommunié Marcus, excellent Ben Daniels que l’on a pu découvrir dans Doom ou encore Rogue one : A Star wars story, et de l’autre le padre Tomas Ortega, officiant sous les traits d’un Alfonso Herrera qui, s’il n’a pas le charisme de mon mentor, livre une prestation convaincante en tous points. Le Jedi et son Padawan en quelque sorte. L’un sage et protecteur, l’autre fougueux mais possédant un don unique que convoitent ardemment les forces obscures, le binôme se trouve facilement et forme un tandem vis-à-vis duquel il est peu probable de ne pas s’attacher. Curieux que les scénaristes n’aient toutefois pas davantage insisté sur leurs faiblesses respectives. Entre un Marcus qui peine à entendre la voix du divin et chez qui l’on devine une homosexualité dissimulée, suivi d’un Tomas qui prêche le zob à la main en visitant son ancienne nana : les suppôts de Satan avaient pourtant de l’argument dévastateur en poche pour lancer des assauts psychologiques en vue de déstabiliser les curés. Mais non.

Comme nous le savons, la possession nécessite un brossage régulier et intensif des dents.

Concrètement, L’exorciste la série est donc un semi-ratage. Tout n’est pas à jeter, en revanche il manque ce côté malsain et insidieux lié à ce genre de thématique. C’est beaucoup trop lisse et sans saveur pour transformer l’essai. En résumé, la génoise n’est pas mauvaise seulement la chantilly a quelque peu tourné.

Pas de troisième saison de prévue à l’heure où j’écris ces lignes. Jeremy Slater, le créateur de la bête, n’est pas parvenu à convaincre la Fox de rempiler avec Marcus et Tomas. Etant donné la qualité du dernier épisode de la seconde saison, Voyage sans retour, et surtout de ce qu’il laisse entrevoir, ça en devient presque rageant. Les voix du Seigneur sont impénétrables, celles des chaînes de télévision aussi…

L’EXORCISTE LA SERIE

Etats-Unis – 2016/2017

Avec Alfonso Herrera, Ben Daniels, Kurt Egyiawan.

Pour la première saison : Hannah Kasulka, Brianne Howey, Alan Ruck, Geena Davis…

Pour la seconde : Li Jun Li, Zuleikha Robinson, Brianna Hildebrand, John Cho…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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