GRAND MOTHER’S HOUSE

Il y a des souvenirs qui ne se refusent pas à notre mémoire. En cette année 89, qui marquait la fin de la décennie folle, on pouvait compter sur quelques belles locations en VHS, ou des diffusions télé sur la célèbre Canal +, de films aussi incroyables qu’improbables. Imaginez donc, entre deux pubs pour le détergent Ajax et le célèbre Anim’Oeufs de chez Bandai (les moins de 30 ans iront voir sur Google), se glissait furtivement le moment fort de la soirée avec LE film qu’il ne fallait surtout pas louper. C’est que la chaîne cryptée savait choisir ses programmes, et mon paternel succomber aux plus belles pochettes.
Et lorsque « The Movie » en question est un brin fauché et qu’en plus il s’appelle, dans son titre français, La Maison de Grand-Mère, il ne pu que susciter la curiosité des plus friands amateurs !

« Coucou les gosses! »

Lynn et David sont dévastés par la perte soudaine de leur daron.
Désormais orphelin de père comme de mère, ils vont s’en aller vivre à la campagne, chez leurs grands-parents. Une belle demeure où l’adolescente et son petit frère sont accueillis à bras ouverts.
Papy et Mamy semblent être l’idéal pour pourvoir à leur besoin, et puis bon, c’est une nouvelle vie qui débute, au grand air.
Rien ne pourrait venir entraver le travail de deuil de nos deux rejetons, pas même cette mystérieuse femme, valise en main et guitare sur l’épaule, qui semble les suivre partout ? Pas si sûre, car elle s’immisce de plus en plus et à bien regarder, on sent qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond.
Serait-ce à cause du couple de vioque ? Après tout, il se passe de biens étranges choses, la nuit, dans cette maisonnée. Á commencer par des bruits qui attisent la curiosité du petit David, lequel voit les deux grabataires transporter un corps à la cave. Pas si catholique que ça le pépé et la mémé, mais peut-être n’est-ce qu’un mauvais rêve ?
Le matin suivant, le jeune garçon se réveille, extirpé d’un cauchemar lui laissant un horrible sentiment d’effroi.
Peu importe… après la terrible épreuve de la perte de son paternel, son esprit lui joue quelques vilains tours. Allez hop ! En voiture Simone pour une belle journée en famille. Direction la piscine, où le bambin se la jouera Johnny Weissmuller, pendant que sa sœur se fera reluquer le cul sans trop se plaindre de la situation. Et c’est pépé qui va pas être content.
On rigole, on s’amuse et accessoirement on nique derrière les vestiaires, sans se rendre compte que la fameuse dame inquiétante rôde sournoisement. En fait, seul David la remarque, pensant une fois encore qu’il s’agit d’une vision.
L’après-midi qui s’en suit voit ce beau monde s’en retourner dans leur chaumière, afin de déguster un bon barbecue avec des amis. David s’en va flâner avec un camarade, et sur le retour entrevoit ses grands-parents saisir un corps à bout de bras. Ça alors, mais revoilà la bonne femme, tombée dans les pommes et qui va s’en aller refaire un petit tour à la cave.
Mais qui est-elle bon sang !? Lynn et David ne tarderont pas à le découvrir, et leur vie s’en retrouvera terriblement menacée. Derrière tout ce remue ménage, se cache un terrifiant secret qui pourrait bien bouleverser encore un peu plus leur vie !

« Qu’est-ce que tu fous sur ce toit p’tit con ? »

Si l’on devait simplement s’arrêter au titre de Grandma’s House, on pourrait suspecter l’histoire d’une vieille grand-mère qui sous ses allures de petite dame bien tranquille s’avère être en fait une vraie psychopathe. Sauf que, voilà, c’est pas du tout le cas et on se demande pourquoi pareil titre ? On pourrait encore comprendre s’il s’agissait du titre d’exploitation – qui ne brille guère mieux – mais dans sa version originale il a aussi de quoi nous déstabiliser.
Parce qu’en réalité, la maison même n’est qu’un simple lieux commun permettant au scénario de trouver un décors à la hauteur de ses aspirations. Un endroit qui est loin d’abriter la seule grand-mère, puisque le grand’pa est tout autant présent. C’est curieux, et on aura beau se torturer les méninges pour y entrevoir un début d’explication, on n’y parviendra pas.
Alors de quoi s’agit-il vraiment ? Tout simplement d’un métrage qui tient plus du thriller que du film d’horreur, contenant davantage d’énigmes que de scènes vraiment anxiogènes. Il y en a bien entendu, mais si ces dernières suffirent à effrayer quelques bambins en 1989, leurs parents, eux, auront eu très vite la puce à l’oreille. Car la véritable nature horrifique se trouve dans le secret de famille, sorte de boîte de pandore qui n’aurait jamais dû être ouverte.
Dés lors que l’on pige l’astuce, le long signé Peter Rader s’essouffle rapidement. Le postulat de départ promettait monts et merveilles, mais n’arrivera jamais à grimper au sommet de ses désirs. Laissant une large place aux clichés d’une jeunesse débridée, le réalisateur fini par en oublier la nature même de son film : instaurer un climax nerveux renforcé par l’aspect énigmatique des deux propriétaires.
Mais qui pourrait s’en étonner ? Car face à la péloche le constat s’impose: le film est victime d’un bien maigre budget ! Prenant alors plus l’allure d’un téléfilm qui aurait trouvé son apothéose en quarante minutes à peine, celui-ci s’étire péniblement sur 1h25, nous faisant ressentir la souffrance à laquelle le réal’ a été confrontée pour meubler l’ensemble. En effet, d’interminables scènes parsèment le long, venant ajouter de nouveaux éléments qui, tout compte fait, ne serviront strictement à rien ; et plus regrettable encore, la présence de cette femme au regard ténébreux et au rire sardonique qui sera expédié en deux temps trois mouvements. On aurait tant aimé sentir la tension monter lors de ses apparitions si seulement ces dernières n’avaient pas été aussi fugaces.

« Alors… heureux ? »

Grandma’s House est somme toute une petite bisserie comme on les aime ; dépourvue d’une quelconque logique à cause d’un montage fait à la va vite, de dialogues décousus qui auront même une fâcheuse tendance à nous embrouiller, et victime – comme de l’accoutumé – d’une VF insipide, on est assurément face à la panacée de ces productions indépendantes qui ont un jour ardemment désirées faire aussi bien que les blockbusters du moment.
Toutefois, il ne faut pas trop jeter la pierre à Peter Rader, lequel ne se contente pas seulement d’être juste un bon élève. Il ne sombre ainsi pas dans une réalisation réglée comme du papier à musique, mais au contraire, tente, parfois maladroitement, de se ré-inventer pour apporter un dynamisme à la bobine. Il ose des approches techniques audacieuses, use de quelques mouvements de caméras insolites, et si c’est loin d’atteindre la perfection, la détermination de Rader est telle qu’elle force le respect.
Qui plus est, le gaillard aura eu la bonne idée, pour le casting, de faire appel à la sympathique Brinke Stevens (The Slumber Party Massacre, Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama,…). Une référence en la matière qui campe à merveille cette femme totalement tarée qui poursuit inlassablement les deux gosses. Son regard pénétrant et son jeu intuitif (si si je vous assure) rendent ses apparitions carrément jouissives.
Concrétisation de ce cast avec la présence de Len Lesser. Plutôt habitué aux séries TV, où il fera une belle carrière lors d’apparitions remarquées ; citons Seinfeld où il endosse le costume de l’Oncle Leo pendant 15 épisodes, l’homme au faciès qui en dit long interprète ici le grand-père aux allures sinistres, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on a pas vraiment envie de lui confier nos progénitures. Pour sûre, le vieillard est pas très net !
Vous me permettrez d’en terminer avec les acteurs, en évoquant la très belle Lynn, jouée par Kim Valentine. Je ne l’évoque pas seulement pour son physique avantageux, mais plutôt pour cette propension qu’elle a à se retrouver dans des rôles merdiques. Pour le coup, elle ne sert strictement à rien, sauf à faire rêver quelques ados libidineux qui, une fois au lit, passerons une nuit difficile. Vous riez ? Non parce que franchement c’est plutôt tragique… surtout lorsqu’on fini par jouer dans Raiders of the Lost Shark… carrière terminée sur le champs !
Ah ça chipote pas, et ça nous fait diablement relativiser sur la question de Grandma’s House qui, à bien y penser, n’était alors peut-être pas si mauvais que ça. En tout cas, il ne brisera pas net une carrière ce qui est déjà fort bien.

« Si tu prends pas ton p’tit déj… j’te fiche la raclée du siècle! »

Soyons magnanime, le film de Peter Rader se regarde encore aujourd’hui malgré l’emprise que le temps a eu sur lui. Loin d’être la référence absolue en la matière, il conserve une certaine aura qui ravira encore les amateurs du genre, lesquels auront toutefois l’intelligence suffisante pour le visionner sous un angle qui tient plus du second degré. Au fond, c’est déjà pas si mal !

De Peter Rader (1989)

Avec : Kim Valentine, Len Lesser, Eric Foster, Brinke Stevens,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie.
Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore !
L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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