Mother’s Day (remake 2010)

L’affiche du film original des frères Kaufman.

A l’origine, Mother’s day est un petit film sans prétention -mais à l’humour noir féroce!- réalisé en 1980 par Charles Kaufman et produit par son frangin Lloyd via la désormais mythique Troma. Une mamy dégénérée et ses deux rednecks de fils y passaient leur temps à attirer et tuer les promeneurs de passage dans leur coin de campagne. Au programme : gore généreux et ambiances à la Massacre à la tronçonneuse, le tout généreusement arrosé d’un humour potache en totale adéquation avec le ton décomplexé de cette petite bande fauchée. Rien de bien méchant donc, mais un résultat jouissif et un rien transgressif. Plutôt froidement reçu par la critique qui lui reproche de faire l’apologie de la violence (refrain connu) et surtout du viol, le Mother’s Day des frères Kaufman ne connait pas le succès en salle, mais bien en VHS et atteint le statut de film culte, petit à petit, au fil des années et des diverses rééditions (DVD, Blurays…). Le film fut d’ailleurs longtemps interdit en Angleterrre.

Puis, en 2009, arrive Darryl Lyn Bousman qui contrairement à ce que pourrait laisser entendre son patronyme, n’a pas fait que des navets (quelques Saw, Repo – The Genetic Opera et un projet de remake du Scanners de David Cronenberg entre autres), accompagné de Brett Ratner à la production. Les deux compères, fans de l’original, mettent en chantier un remake. Si l’annonce de ce duo aux commandes de l’entreprise a pu faire craindre le pire à certains, le résultat, forcément moins bourrin et moins rentre-dedans que la version 1980, n’en est pas moins excellent ! 

Béatrice Pons, la mama de l’original de 1980 : un peu moins sexy que la MILF Rebecca De Mornay.

Bye, bye, la trame linéaire et simpliste de 1980! La mouture des années 2010 sera bien plus dense, plus riche en rebondissements et les personnages pourvus d’une psychologie plus fouillée, plus en accord avec les exigences du public des années 2010. Et puis, la vraie bonne idée du film est d’avoir été rechercher une actrice des années 80 et 90, quelque peu oubliée, mais chut ! … On en reparle dans quelques paragraphes !

L’histoire. Les frère Koffin, désormais au nombre de trois, viennent de louper un braquage dans les grandes largeurs. En cavale, ils n’ont d’autre choix que de se réfugier à la maison : bientôt leur petite môman chérie leur fera un délicieux chocolat chaud et s’ils sont sages (hum… peu de chances!), ils auront droit à un gâteau aux petits beurres. 

Sauf que ça fait un bail qu’ils n’ont plus mis les pieds chez la maternelle. Depuis, la maison où ils ont grandi a été saisie et revendue. Et –humiliation suprême ! –  môman a été expulsée comme une malpropre ! 

Ils débarquent chez les nouveaux occupants, une clique de bobos têtes à claques occupés à faire la fiesta dans la cave aménagée en espace de détente cosy, décoré façon catalogue IKEA. Hospitaliers comme seuls les américains peuvent l’être avec des inconnus couverts de sang et de sueur, les époux Sohapi (sic!) et leurs invités composés de trois autres couples et de la chaudasse de service, proposent d’aider nos petits loubards.

Maman et son fifi.

Et leur cauchemar va bientôt commencer…

Inutile d’aller plus loin dans le synopsis, vous l’aurez compris très vite, les choses vont se gâter et ils seront bientôt à la merci des fils à maman complètement hystériques ; faut dire que le cadet a sévèrement morflé pendant le braquage et se vide de son sang. Les frangins sont morts d’inquiétude quant à l’état de santé du gamin –esprit de famille oblige !  Mais comme, en fin de compte, la vie est plutôt bien faite, Monsieur Sohapi (re-sic!) mais pas tant que ça, est médecin et il en connait un rayon sur les pruneaux dans le bide ! Ça pour un coup de bol ! L’application de quelques cataplasmes et d’un bon garrot lui permet ainsi de gagner un temps précieux que ses camarades mettront à profit pour tenter de s’évader, de se disputer, etc. Ça hurle et ça gesticule dans tous les recoins de la baraque ! C’est un peu le bordel, il faut bien le dire ! 

Pour ne pas dire le chaos. 

Et puis, voici que maman fait son entrée! 

Et là, les petits amis, j’aime autant vous le dire tout de go : le film acquiert, en quelques instants, une toute autre dimension. Impériale, glaçante, hypnotique… Rebecca De Mornay s’impose comme une évidence dans la peau de cette mère autoritaire que ses affreux jojos de rejetons craignent comme des gamins de 5 ans. Quelques répliques, quelques regards apeurés et tout le monde a compris qu’il vaut mieux se tenir à carreaux avec cette matrone. Car oui, maman est là et non, elle n’est pas contente !

Elle vient à la rescousse de ses fils, certes, mais sa motivation est avant tout pécuniaire ; maman soupçonne la nouvelle maîtresse de maison de lui avoir subtilisé un mystérieux magot. 

Y a pas a dire : maman est classe!

Dès lors, Mother’s Day 2010 bascule et, s’il reste un home invasion relativement classique, mute en une comédie dramatique et drôlatique d’une cruauté carrément réjouissante. Il faut dire que voir cette bande de trentenaires bourgeois et hypocrites se faire tabasser, torturer et dézinguer réveillera en vous (sauf si vous êtes aussi un trentenaire bourgeois et hypocrite) quelques pulsions meurtrières enfouies dans votre cerveau reptilien et vous fera prendre un énorme pied! 

D’un autre côté, l’empathie en prend un sacré coup et il devient assez difficile de s’émouvoir du sort des victimes… A telle enseigne que l’on finit par se prendre (un peu) d’affection pour la bande de voyous sanguinaires. Un parti pris totalement assumé et qui vous met vaguement mal à l’aise.

Le climax sera à la hauteur des promesses du scénario : fun, gore et vous réservant un petit twist de derrière les fagots que les plus malins auront deviné en se remémorant la séquence d’ouverture. Pour ma part, je n’ai rien venu venir et je ne le regrette pas.

Mais revenons un peu à maman, alias Rebecca De Mornay…

Après avoir été révélée, toute jeunette, dans Risky Business (1983) où elle jouait les call girls de luxe aux côté d’un Tom Cruise à peine sorti de l’adolescence, Rebecca De Mornay n’aura malheureusement jamais vraiment été une tête d’affiche. Son rôle –déjà très flippant– de nurse vindicative dans La Main sur le Berceau de Curtis Hanson (1992) en aura marqué plus d’un et donnait déjà la mesure de ce dont elle était capable. 

Dans ce Mother’s Day 2010, elle se montre tour à tour d’une froideur sibérienne et d’une compassion manipulatrice : sa conception de l’amour filiale vous surprendra. 

« Allo, maman, bobo! »

Les amateurs de genre que nous sommes regretteront que le dédain généralisé vis-à-vis de ce type de cinéma ait fait loupé à la profession la performance d’une comédienne qui se hisse sans difficulté à la hauteur d’une Glenn Close, voire d’une Merryl Streep et qui, du coup, si elle ne cachetonne pas vraiment, n’aura pas réalisé la carrière qu’elle méritait.

Le reste du casting est à la hauteur et l’alchimie fonctionne ; ce qui n’était pas gagné pour un huis-clos collégial. Jaime King (vue dans la série Black Summer), Patrick Flueger, Deborah Ann Woll (la Karen Page de Daredevil, version Netflix) et les autres accordent leur jeu pour un résultat d’une assez rare justesse pour ce type de film.

Au final, voici donc un petit film comme on les aime : pas prétentieux pour un sous mais rudement malin qu’il serait bête de snober sous prétexte qu’il s’agit d’un remake ! 

Mother’s Day de Darryl Lyn Bousman. USA 2010

Nick Mothra
Gamin, je me pâmais d’admiration devant les figurines de « La Planète des Singes », revivant à travers mes dessins et mes maquillages « maison » les destinées tragiques de Zira et Cornelius. Plus tard, tel le Docteur Moreau, je charcutai un vieil ours en peluche et en faisais une honorable copie de gorille. J’avais alors découvert King Kong, le seul l’unique de 1933.
Par la suite, les marges de mes cahiers d’école se remplirent successivement de requins mangeurs d’hommes (après la vision de « Jaws »), de morts-vivants (suite à la diffusion d’un extrait de « l’Enfer des Zombies » à la télé), de dinosaures de tous poils (de toutes écailles plutôt), de Godzilla et encore de zombies… Et… Et… Bref, le cinéma fantastique a forgé mes goûts et jalonné ma vie… Et ça continue, aujourd’hui encore.
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