L’Emprise des Ténèbres (V.O. The Serpent and the Rainbow)

« Ne m’enterrez pas, je ne suis pas mort ! ». Cette tagline diablement efficace figurant sur l’affiche du film du regretté Wes Craven fait froid dans le dos et n’est qu’un prélude à l’horreur viscéralement réaliste qui imprègne la majorité de ce que pas mal d’amateurs – dont bibi – considèrent comme le meilleur film de son auteur, le terrifiant L’Emprise des Ténèbres.

Dennis Allan (Bill Pullman), anthropologue réputé, est de retour à Boston après un séjour en Amazonie, où il a pu étudier et expérimenter les drogues utilisées par les shamans.  C’est alors qu’une entreprise pharmaceutique lui propose de se rendre en Haïti, à la recherche d’une substance utilisée par les sorciers vaudous pour zombifier leurs victimes. D’abord incrédule, il est peu à peu intéressé et est convaincu que si les rumeurs sur les zombies sont fondées et qu’une telle drogue existe, ses applications dans le domaine de l’anesthésie seraient révolutionnaires. Allan se rend donc sur l’île, où, accueilli et aidé par une infirmière locale, Marielle Duchamp (Cathy Tyson),  il sera confronté au Vaudou, à son emprise sur la population haïtienne, et à l’usage qu’en font les sbires du dictateur Jean-Claude Duvalier, les tontons macoutes et leur chef, le terrifiant Dargent Peytraud (Zakes Mokae)…

Vive la mariée !

A l’origine du scénario de L’Emprise des ténèbres, il y a un livre, mi-fiction, mi-documentaire, écrit par l’anthropologue Wade Davis. Ce dernier y retrace ses recherches sur les pratiques vaudous et évoque principalement le processus de zombification à base d’une poudre, notamment par le biais du témoignage de Claivius Narcisse. Celui-ci décrit l’horrible expérience vécue après avoir été touché par cette mystérieuse substance : il a été déclaré mort et, bien qu’il puisse voir et entendre, il était incapable de toute réaction et fût donc enterré vivant, assistant à son propre enterrement ! Par la suite, il fût déterré et forcé de travailler en esclave dans une plantation en compagnie d’autres zombies. Il dût son salut à un garde négligeant qui oublia de lui donner la drogue quotidienne le maintenant dans cet état et il pût ainsi s’échapper… L’ouvrage en question s’intitule The Serpent and the Rainbow, titre original du film.

C’est donc sur cet ouvrage que Wes Craven se base pour construire son scénario et le personnage central, interprété avec justesse par Bill Pullman, y est clairement la représentation de Wade Davis. Sa voix off nous accompagne tout au long de l’intrigue afin de souligner la véracité et le côté quasi documentaire du récit. Ce souci de réalisme est présent de bout en bout – hormis à la toute fin, j’y reviendrais – un peu à l’image d’Angel Heart d’Alan Parker ou des Envoutés de John Schlesinger, le vaudou n’étant jamais traité autrement qu’avec sérieux, loin des clichés folkloriques habituels mettant en scène cette religion. Les caméras ont été posées sur place à Haïti, et cela ne fait que renforcer la crédibilité du propos. De par ce réalisme qui baigne l’oeuvre de Craven de manière quasi permanente, on peut aller jusqu’à affirmer qu’on tient ici un des rares films d’horreur que les réfractaires au genre seraient susceptibles d’apprécier…

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette…

Dès la scène d’ouverture, Craven nous happe pour ne plus nous lâcher et notre sang se glace instantanément : à Haïti, nous assistons à un enterrement où le mort est inhumé après les cérémonies d’usage. Quand la terre commence à recouvrir le cercueil, la caméra pénètre à l’intérieur de celui-ci et nous assistons, effarés, à l’écoulement d’une larme de l’œil du cadavre…Sobre mais pour le moins efficace entrée en matière. Et la tension restera permanente tout au long du récit : entre une scène de torture sur la personne de Dennis Allan perpétrée par le très inquiétant Peytraud, réellement éprouvante pour les nerfs (et que tout homme ressentira au plus profond de lui-même…), les hallucinations terrifiantes du même Dennis Allan ou encore l’enterrement vivant de ce dernier, on peut aisément dire que Craven nous fait peur, très peur, tout en parvenant à éviter une surenchère horrifique qui aurait desservi son histoire. Toujours sur le fil du rasoir entre le réel et le fantastique pur, le réalisateur parvient constamment à maintenir cet équilibre précaire en conservant la ligne de conduite qu’il s’est fixée.

Là je te tiens aussi, mais pas par la barbichette…

Craven fait également du personnage de Peytraud, sorcier et chef des Tontons Macoutes interprété avec brio par Zakes Morae, un véritable boogeyman digne de figurer aux côtés de Freddy Krueger et d’Horace Pinker au musée des horreurs Craveniennes. Mais la terreur qu’il inspire est encore plus grande car ses exactions sont réelles et on sait qu’historiquement, de tels agissements ont eu lieu.

Comme dit plus haut, cette volonté de réalisme est quelque peu bafouée par le quart d’heure final, décrié par certains et renié en partie par le réalisateur qui aurait aimé se passer de certains effets purement horrifiques. Mais ses producteurs en décidèrent autrement et cette dernière partie bascule dans le film d’horreur plus basique où le fantastique reprend ses droits. Mais là encore rien n’empêche de penser qu’il s’agit encore et toujours des cauchemars de son héros… Si cette fin fait un peu tache face au reste du film, elle n’enlève rien, à mes yeux, à sa haute qualité globale.

Sur une excellente partition musicale aux accents tribaux composée par Brad Fiedel, L’Emprise des Ténèbres constitue sans doute, en tout cas pour votre serviteur, le meilleur film de Wes Craven, son chef d’œuvre, rien de moins. Et bien que sa filmographie contienne beaucoup de pépites, si ce n’était QUE pour ce film, je lui dis : thanks Mister Craven, we will miss you…

de Wes Craven (1988)

Avec : Bill Pullman, Zakes Mokae, Cathy Tyson, Paul Winfield, Michael Gough, … 

Evil Ash
Possédé par le démon du cinoche et ses déclinaisons depuis que Jason étripe les ados en chaleur,je le kiffe sous toutes ses formes : généreuses,plantureuses ou plus fines. Tous les genres y passent et, comme avec un gros gâteau plein de crème (pas) fraîche, je n'en suis jamais repu ! J'en veux, encore et encore ! Bedeliaaaaa,je veux mon gâtôôôô !

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