INCIDENTS DE PARCOURS

Brillant étudiant en droit, l’ascension du jeune et ambitieux Allan Mann va être brisée suite à un terrible accident qui va le clouer sur un fauteuil roulant jusqu’à la fin de ses jours. Accusant sévèrement le coup, le malheureux tétraplégique va peu à peu reprendre goût à son existence grâce à un présent offert par son meilleur ami : un adorable petit singe capucin prénommé Ella, qui plus est dressé pour aider les personnes en situation de handicap. Mais à mesure que leur complicité va considérablement s’accroître, la guenon va développer une attitude particulièrement agressive envers les individus qui vont tenter de s’approcher de son protégé…

Tourné 3 ans après le monumental Jour des morts-vivants, Incidents de parcours fait figure de film très singulier au sein de la riche filmographie of the dead de big George. Si de prime abord cette œuvre demeure ouvertement fantastique, les expériences menées sur ce cobaye tout désigné qui vont grandement influencer son comportement ainsi que cette connexion improbable avec son maître de fortune en sont un parfait exemple, l’ensemble reste empreint d’une trame foncièrement dramatique. Alors pas du genre facile à faire fondre en larmes la ménagère de moins de 50 ans, en usant et abusant de ficelles aussi discrètes que l’érection d’un DSK attendant le nettoyage de sa piaule d’hôtel, mais en beaucoup plus subtil et par extension bien plus efficace. D’ailleurs, le traitement réservé au principal protagoniste reflète ce concept à la perfection. Une poignée de secondes aura suffi pour mettre un terme à la destinée d’un homme, qui à défaut d’être celui qui tiendra le monde dans le creux de ses mains, avait la chance de posséder tous les atouts nécessaires au succès de son éphémère passage sur terre : à savoir une bonne constitution physique, un avenir luxuriant et une femme luxurieuse… Ce très court instant, infime particule d’eau noyée au cœur d’un l’océan à l’échelle du temps, aura balayé via une facilité déconcertante toutes les choses qu’Allan avait acquises, bâties, et restituées depuis sa naissance. Avant d’affronter malheur et trahison, ça va venir, le désormais invalide bascule irrémédiablement dans la partie obscure de ce que peut offrir cette impitoyable garce que l’on appelle la vie. Imparable, et tellement injuste.

Car il n’est pas encore au bout de ses peines le pauvre Allan, car en sus d’être totalement dépendant de sa mère et d’une vieille infirmière pour assurer ses besoins au quotidien, le mec va devoir faire face au départ de sa nana, s’abandonnant avec le toubib qui avait prit soin de lui (mais pas que apparemment…). Triste coup du sort il va s’en dire, qui a définitivement décidé de s’acharner sur sa proie toute désignée. Le voici maintenant seul avec ses propres démons, survivant grâce au souvenir de ce qu’il fût, et ne sera jamais plus… jusqu’à l’arrivée d’un animal pas tout à fait comme les autres.

C’est donc Ella, qui va être le déclencheur de toute la partie du métrage que l’on peut qualifier de plus horrifique. Même si, une fois encore, la créature est un outil du mal bien malgré elle. Shootée aux injections ayant pour but de décupler son intellect, fruit de l’expérience d’un physicien trop absorbé par sa relative réussite, Numéro 6, son nom de baptême au labo, n’est finalement que le jouet meurtrier et irrépressible pensé par un scientifique croyant pouvoir dompter l’indomptable. En définitive, c’est peut-être mieux ainsi. Il aurait en effet été dommage de se priver des assauts primales et méthodiques de la bestiole envers les bipèdes qu’elle jugera préalablement dangereux. De même, ses longs rushs nocturnes haletants prémices à quelques attaques finement préméditées, placent (in)confortablement le spectateur dans une position où nous regardons directement à travers le regard de la bête, appréhendant de surcroît le devenir de sa prochaine victime potentielle. Mécaniquement, Ella oscille sans transition de la phase fidèle compagnon à celle de redoutable prédatrice, se muant en fauve incontrôlable et difficilement prévisible. Pour sûr, si Cheetah avait eu l’ADN du singe de ce Monkey shines, on aurait probablement retrouvé Tarzan pendu à sa liane par les couilles.

Une intrigue béton et un sous-texte passionnant structure donc ce fâcheux Incident, qui prend néanmoins une dimension toute personnelle par le biais de la mise en scène pertinente d’un Romero qui livre sur ce sujet une œuvre impeccable, au final tendu et sans concession, qui se clôturera sur un happy-end presque inapproprié. Quelquefois un peu laissée de côté lorsque l’on évoque le somptueux curriculum de son réalisateur – à vrai dire ce ne sont pas les chefs-d’oeuvre qui lui manquent -, cette bande est clairement une franche réussite dans la carrière de ce réal’ hors du commun. Assurément une pure pépite de ciné catégorie épouvante.

INCIDENTS DE PARCOURS

George Romero – Etats-Unis – 1988

Avec Jason Beghe, John Pankow, Kate McNeil, Joyce Van Patten, Christine Forrest, Stephen Root, Stanley Tucci, Janine Turner…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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