DRAGNET (1987)

Ce n’est pas sans une certaine honte que je citerais le troubadour Pascal Obispo, lequel disait : « 1980, c’est pas la fin ».
Et pour le coup j’ai bien envie de lui donner raison – même si ça me fait gerber – puisque cette glorieuse décade n’a pas fini de faire parler d’elle.
N’y voyez pas une nostalgie désuète, et je ne vais certainement vous sortir le sempiternel discours du « c’était mieux avant », au risque de passer pour un fieffé radoteur. Bon en même temps… c’est pas tout à fait faux… Désolé, je n’ai pu m’en empêcher, alors si le cœur vous en dit vous pourrez me flageller.
C’est surtout que de plus en plus les années 80 reviennent en force avec de nouvelles éditions, toutes en méga giga FullHD 550K, de nos films préférés. Il suffit de voir l’actualité chez quelques éditeurs biens connus pour s’en convaincre.
C’est donc que, quelque-part, la demande reste forte. Tant mieux pour nous, moins pour notre portefeuille. Car nos amis les éditeurs se sont découvert une passion abusive pour le Crowfunding, ce qui ne laisse pas le moindre répit aux passionnés, désormais obligés de faire des choix. Faut-il leur rappeler que nous ne nous appelons pas Rothschild ?
Pardonnez-moi cette petite digression, et revenons à nos moutons. En l’occurrence à nos poulets puisque, en évoquant ces trésors 80’s, il est un film qui mérite toute notre attention, un fleuron de la décennie folle, j’ai nommé : Dragnet !

« Tremble Los Angeles, voici Friday et Streebek »

Nous voici donc en plein cœur de Los Angeles. La cité des Anges revêt deux faces distinctes : d’une part les riches qui peuvent jouir de leur biffetons sans culpabilité, et de l’autre, le pauvreté qui plonge les endroits les plus mal famés de la ville dans la dérive criminelle.
Heureusement, la police veille au grain ! Et elle peut compter sur des éléments de chocs, dont le sergent Joe Friday.
Un officier qui a le plus profond respect de son métier et de son règlement, d’ailleurs, il le suit au pied de la lettre. C’est ça aussi qui fait un bon flic.
Joe est sollicité par son capitaine afin de résoudre une affaire de taille. En effet, depuis quelques jours sévit une vague de crime perpétrée par une organisation qui se fait appelée « Les Païens ».
Afin qu’il mène au mieux sa tâche, le capitaine Gannon lui adjoint un équipier.
Pour Friday, strict est rigoureux, il est évident que son patron lui confiera un type de la même trempe.
C’est là que débarque le détective Pep Streebek. Tout le contraire de Joe, puisque la jeune recrue arbore de longs cheveux et des vêtements élimés. Un vrai look de loubard qui a son franc parler et qui parait ne pas être tout à fait au courant du sacro-saint règlement.
Friday aura tôt fait de lui déclamer les principales règles à suivre en terme de tenue, et surtout de coupe de cheveux.
Une fois Streebek rentré dans le moule – après une petite toilette histoire de lui donner meilleur allure – les deux équipiers commencent leur enquête.
Point de départ de celle-ci, le zoo. L’organisation est passée par là, pas difficile à deviner puisqu’elle laisse toujours une carte de visite.
Qui dit point de départ, dit aussi dernière victime en date. Cette fois, c’est chez Jerry Caesar que cela se passe. Le bonhomme est le propriétaire de « Bait », un magazine érotique, qui semble être la cible prioritaire de « Païens ».
Leur enquête va alors prendre une drôle de tournure ; sur leur route ils vont croiser une jeune vierge, Connie Swail, et un télévangéliste étrange du nom de Jonathan Whirley. Le révérend qui s’intéresse de prêt à la jeune femme aurait-il un quelconque lien avec les criminels qui sévissent en ville ?
Friday et Streebek vont user de tous les subterfuges, même les plus iconoclastes, pour tenter de répondre à ces questions. Et ils ne sont pas au bout de leurs surprises, car ce qu’ils vont découvrir risquerait bien de mettre à mal leur carrière dans la grande maison.

« Tu viens à l’after papy ? »

Aussi curieux que cela puisse paraître, et malgré son petit succès au box-office, Dragnet semble être passé un peu inaperçu dans nos contrées. Du moins, il n’aura pas suscité une grande émulation.
L’explication est peut-être à aller chercher dans le fait que, chez nous, Dragnet était totalement inconnu, autant que son protagoniste. Car avant d’être cette truculente comédie, c’était une série qui a vu le jour dans les années 50.
Une série policière tout à fait classique, et c’est bien le cas de le dire, puisque la voix off du détective qui narre son affaire, c’est la substantifique moelle d’un polar sombre toujours très premier degré.
La série fera un retour dans les années 60, et un téléfilm verra le jour en 1966. L’acteur qui incarnait Joe Friday n’était autre que Jack Webb, bien connu pour avoir campé quelques seconds rôles remarqués, entre-autre dans Boulevard du Crépuscule ou encore Échec au Hold-Up.
Dés lors, en 1987, voici que débarque… et bien Dragnet puisqu’on garde le même principe. Dés l’entame on peut entendre la voix off de Dan Aykroyd et sa réplique imparable : « Je m’appelle Friday, je suis flic ».
Pourtant une différence se glisse, pas du tout subtilement puisqu’elle est volontaire, c’est l’aspect comédie. Cette version de 1987 ce n’est rien d’autre qu’un vrai bon buddy movie, normal en somme puisque L’Arme Fatale ou encore 48H jouent la même partition. Le long de Tom Mankiewicz n’allait pas se priver de faire jouer la concurrence, tout en conservant sa singularité.
C’est que le métrage revêt une aura bien particulière. Il s’agit sans conteste d’une parodie, très drôle au demeurant grâce à des répliques hautes en couleur, et dans le même temps c’est une vraie enquête qui, sans ses effets humoristiques, s’avère rondement menée. Sur fond de corruption et de chantage, on finit par se laisser prendre au jeu en tentant à notre tour de résoudre l’énigme.
Savoureux mélange donc que Dragnet nous propose, et cette saveur l’est davantage grâce à nos deux flics de choc. Cette opposition de style est un pur trait de génie, puisqu’elle n’existait pas dans la série initiale. Logique en somme, ce n’était pas le but, et donc la création du personnage de Streebek vient renforcer le comique de situation. Dés lors, cela rend le truc assez uchronique, Friday étant l’image du policier « old school », complet trois pièces et chapeau vissé sur la tête, tandis que son acolyte est en phase avec son époque. Le résultat est purement jouissif et la cocasserie à la hauteur des espérances.
On nous sert sur un plateau d’argent tout ce que l’on attend de ce type de comédie policière ; les gags ne tombant jamais dans la surenchère, à l’instar de la saga des « Y’a t-il un flic… », et le côté très premier degré de Joe Friday vient renforcer l’excentricité de Streebek ce qui donne lieux à une alchimie explosive.

« Mâche ça, ça t’éviteras d’causer! »

Cette version parodique de Dragnet, on la doit au génialissime Dan Aykroyd.
Véritable star à cette époque, ayant déjà tourné dans Un Fauteuil pour Deux aux côtés de Eddie Murphy, et bien entendu le premier volet de Ghostbusters, c’est véritablement avec les Blues Brothers qu’il verra naître son succès lequel ne se démentira jamais. Autant acteur que scénariste – il fera une incursion comme réalisateur avec Tribunal FantômeAykroyd est à l’aise dans l’exercice de ces deux disciplines, et le prouve avec ce film qui lui tenait à cœur.
C’est que notre Raymond Stantz est un inconditionnel de la série, et un vrai fan de Jack Webb.
Il s’attelle donc à l’écriture de Dragnet, mais pas tout seul, puisque le réalisateur Tom Mankiewicz (le fils de Joseph) est également co-auteur. Là aussi l’exercice ne s’avère pas difficile pour le bon Tom puisqu’il est avant-tout scénariste avant d’être metteur en scène. Il a notamment pris la plume pour officier sur quelques James Bond, et sur Superman. Pas toujours crédité et ayant souvent joué les hommes de l’ombre, il faut lui louer un talent indéniable dans l’élaboration d’un scénario, l’homme sera par ailleurs souvent sollicité pour parfaire quelques lignes de textes, ou simplement pour apporter ses conseils afin que ceux-ci soient terminés dans les temps.
C’est Dan Aykroyd qui lui confiera la réalisation de Dragnet, assez réussie dans l’ensemble puisque Mankiewicz évite de fournir un travail trop scolaire, préférant laisser libre court à ses aspirations.
Avec un casting très bien choisi, à commencer par M’sieur Dan lui-même qui endosse le costume de Joe Friday, junior serait-on tenté de dire puisqu’il interprète le neveu de l’original. Vouant une admiration sans limite à son tonton, on peut apercevoir la photo de ce dernier sur son bureau. Il s’agit du vrai Jack Webb, lequel n’aurait pu participer à cette aventure puisque décédé en 1982.
Mais un autre visage de la série est, lui, bien présent en la personne de Harry Morgan qui reprend son rôle de capitaine. Plus qu’un simple caméo, l’acteur tient un rôle important et apparaît régulièrement sur tout le temps de la péloche. De quoi faire dire que lorsque Dan Aykroyd aime, il le rend bien.
Si au départ c’est Jim Belushi qui avait été approché pour jouer le rôle de Streebek, c’est finalement Tom Hanks qui en héritera. En cause des soucis d’agenda, mais on ne perd pas au change. Si Tom Hanks n’est pas encore à l’apogée de sa carrière, le succès arrivera l’année suivante avec Big, il s’illustre magistralement dans la peau de ce policier aux méthodes expéditives.
Puisque les héros sont aussi loufoques il fallait bien leur adjoindre des antagonistes qui allaient leur rendre la pareille. C’est Christopher Plummer qui incarnera le vilain de l’histoire, avec ce charisme habituel et cette aptitude à briller en toute circonstance. L’acteur, au contraire de Dan Aykroyd, ne se prend pas une minute au sérieux et nous garanti ainsi quelques moment saugrenus qui en font, malgré sa malignité, un être exceptionnellement attachant.
Enfin, soulignons la présence de la belle Alexandra Paul qui va apporter le romantisme dont a vraiment besoin Friday. Une distance qui est prise avec la série originale afin, sûrement, d’apporter un peu plus de rondeur au personnage du sergent. De quoi lui permettre de sortir un peu de sa zone de confort, pour notre plus grand plaisir croyez-moi.

« Ooooh des fleeeuuurs »

S’il est vrai que le film n’a pas des mieux vieilli, en témoigne ses décors et ses points de vues sur la société, Dragnet reste cependant un vrai régal. Bien qu’il soit fort à parier qu’il aurait du mal à conquérir le cœur de nos progénitures, il n’en demeure pas moins à nos yeux de « vieux schnock » comme une illustration parfaite de nos émois d’antan. Le genre de bobine avec laquelle on a grandi, et à la revoyure on se dit que c’était un putain de bon film qui nous aura marqué. En témoigne la scène du sacrifice de la vierge, un pur moment d’anthologie à l’efficacité toujours opérationnelle.
En étant parvenu à allier aussi adroitement la comédie et le polar noir, Dan Aykroyd peut se targuer d’avoir réussi son pari. Il nous aura fait rire et frémir en même temps, et rien que pour ça, ça vaut le détour !

De Tom Mankiewicz (1987)

Avec : Dan Aykroyd, Tom Hanks, Christopher Plummer, Alexandra Paul,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie.
Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore !
L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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