The Autopsy of Jane Doe de André Øvredal

Parfois, lorsque l’on remate un film longtemps après la première vision, il peut arriver que nous changions complètement d’avis à son sujet… Le titre auquel nous avions précédemment décerné le prix de la pire bouse de l’année devient un petit bijou d’inventivité à côté duquel Usual Suspect fait figure d’épisode de Kiri le clown. Ou inversement : le film (disons au hasard… L’armée des douze singes) qui vous avait complètement bluffé se transforme en concentré de somnifère sur pellicule… Allez savoir pourquoi !

Humeurs du moment ou conditions de visionnage : c’est pas pendant ce film qu’au bout de 30 minutes, j’avais été pris d’une envie irrépressible de pisser ? Ou alors, y avait pas cette bande de gosses aux voix de faussets qui a chahuté jusqu’au générique final ? Peut-être était-ce la fois où je m’étais figuré avoir vu un rat gros comme une marmotte passer entre les rangées ?  Ou alors vu en VHS sur une télé cathodique avec un son strident (qui rappelait d’ailleurs les voix de fausset des mômes), puis en Super-bluray 32K HDR-5D son spatial en 11.6 sur écran de 120 pouces, avec combinaison sensorielle que t’as l’impression que les acteurs te touchent (bien choisir son film dans ce cas : préférez les pornos classiques aux torture porns) ?

« Eh, p’pa! Elle ma fait une clignette! » – « Dans tes rêves, gamin! »

Pour ma part, en 2016, j’ai découvert The Jane Doe Identity (qui est la traduction française de The Autopsy Of Jane Doe, car oui « Autopsy » veut bien dire « Identity » dans la langue de Molière) dans des conditions plus que confortables ; c’est-à-dire dans un fauteuil VIP du Max Linder à Paris, à l’occasion du PIFFF (Pèris Internachônôl fantastic Film Festivôl). Autant dire dans une des plus belles salles de cinéma qu’il m’ait été donné de fréquenter. 

Je l’ai revu pas plus tard qu’hier chez moi, sur un écran d’honnêtes dimensions, un verre de Leffe blonde à la main et quelques morceaux de gouda au poivre à proximité. Au passage, pour que les choses soient claires, ce ne sont pas des conditions reproductibles en salle ; n’essayez même pas !

Deux situations de visionnage différentes quoique d’indéniable qualité, chacune à leur manière, deux impressions… identiques ! Hé oui, parfois il arrive que la deuxième vision ne fasse que conforter nos impressions premières. Et j’ai bien peur que ça ne soit pas à l’avantage du film… 

Pas beau de tirer la langue, Jane! Ni le moignon d’ailleurs!

Mais, pas de précipitation ! Un résumé de l’histoire s’impose :

Mais avant le résumé, un petit conseil, ça va spoiler sévère, du coup les parties incriminées seront en italique, histoire que vous puissiez plisser les yeux et passer à la suite. Et ne vous avisez pas d’aller voir sur Wikipedia, ces abrutis racontent TOUT le film, y compris sa fin… 

Sur le site d’un massacre sanglant, la police d’une petite ville américaine découvre le corps d’une jeune femme à moitié enseveli dans la terre.

Le médecin légiste et son assistant de fils vont rapidement se mettre à l’ouvrage afin de découvrir la raison du décès. Cette « nuit de l’autopsie » va s’avérer riche en surprises : le corps ne présente aucune rigidité cadavérique, les chevilles et les poignets ont été brisés, la langue coupée… Tout laisse à penser que la pauvre jeune fille ait été torturée et exploitée dans un réseau de prostitution. Et ce n’est que le début des festivités.

Avec l’ouverture de l’abdomen, d’autres indices étranges se révèlent, tel cet étrange petit sac de tissu recouvert d’inscriptions en latin…

Mais n’allons pas plus loin dans le résumé. Nous en sommes à la moitié de ce film de durée modeste (86’ jusqu’à la fin du générique), lorsque André Øvredal, qui jusqu’ici a cultivé une ambiance des plus oppressantes et clairement éveillé notre curiosité malgré un jeu de piste anatomique de plus en plus révélateur, décide de nous balancer son twist à la tronche (mais on le sentait venir à plein nez depuis 20 bonnes minutes ; on nous la fait pas à nous qui avons été biberonnés aux films à chute des 70’s). Bon, soyons bons joueurs, l’idée est sympa même si elle sent un peu le vieux slip et on sourit bêtement et on attend que déboulent les crédits de fin.

Sauf –je me permets de vous le rappeler- qu’on en est qu’à 45 fichues minutes de métrage ! Et André qui a regardé vite fait sa montre en prend conscience ; il est dans la merde et se demande comment il va pouvoir tenir encore 40 minutes. Et là ! Coup de bol ! André s’était fait offrir à Noël un coffret Lucio Fulci comprenant L’enfer des zombies, L’au-delà et Frayeurs. Du coup, il reprend l’idée des morts qui se réveillent sous l’emprise d’une force démoniaque. Idée fort opportune qui permet de multiplier les séquences de poursuites au ralenti de manière à gentiment arriver à la conclusion.

« Ben, crotte! Moi qui n’ai jamais raté un seul barbe’! »

Vous m’aurez compris, à la première vision j’avais eu ce sentiment de « je remets du coulis de tomates dans la bolo pour en faire plus » et à la seconde j’ai clairement eu conscience que la bolo allongée c’est pas ce qu’il y a de plus savoureux, ça aurait même tendance à filer des crampes d’estomac.

Pourtant, l’histoire démarrait bien avec ce casting de tronches familières : Brian Cox (le premier Hannibal Lecter dans Manhunter) en médecin-légiste bougon et Michael McElhatton (Roose Bolton dans Games of Thrones) en shérif. Avouons également que André Øvredal possède un talent certain pour planter un décor et que la mise en scène inventive est plutôt classe pendant toute cette première partie. Le corps terriblement sexy (Olwen Catherine Kelly) est filmé très simplement, presqu’avec pudeur, si ce n’étaient ces yeux bleus et voilés, constamment grands ouverts et qui, étrangement, fascinent, troublent. Plus d’une fois, on se surprend à ressentir une gêne étrange face à ce cadavre inexpressif aux stigmates de douleur, témoins du calvaire enduré. Le duo père/fils assez inattendu fonctionne plutôt bien et on est les a rapidement à la bonne, grâce à une caractérisation subtile n’évitant pas toujours les clichés mais les traitant efficacement (la petite amie du fils délaissée, le veuvage douloureux du père)… En somme, pas mal de cases cochées dans la check list du bon film d’horreur : effets spéciaux réussis et même bluffants par moment, réalisation soignée, personnages crédibles et attachants, tension progressive… 

Et le sentiment clair et forcément frustrant d’être passé pas loin d’un très bon film. Mais bien entendu, c’est juste mon avis… N’en déplaise à Stephen King qui s’est fendu de l’accroche : « Voyez-le ! Mais pas seul ! ». ben non, Steph, z’êtes pas obligés de le voir!

PS : Flûte ! J’ai complètement oublié les parties en italique… C’est pas ma faute non plus : fallait pas mettre ton twist au milieu du film, André !

Nick Mothra
Gamin, je me pâmais d’admiration devant les figurines de « La Planète des Singes », revivant à travers mes dessins et mes maquillages « maison » les destinées tragiques de Zira et Cornelius. Plus tard, tel le Docteur Moreau, je charcutai un vieil ours en peluche et en faisais une honorable copie de gorille. J’avais alors découvert King Kong, le seul l’unique de 1933.
Par la suite, les marges de mes cahiers d’école se remplirent successivement de requins mangeurs d’hommes (après la vision de « Jaws »), de morts-vivants (suite à la diffusion d’un extrait de « l’Enfer des Zombies » à la télé), de dinosaures de tous poils (de toutes écailles plutôt), de Godzilla et encore de zombies… Et… Et… Bref, le cinéma fantastique a forgé mes goûts et jalonné ma vie… Et ça continue, aujourd’hui encore.
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