ABOMINABLE

La bonne vieille légende du Sasquatch est à elle seule une valeur sûre pour les réalisateurs en mal d’inspiration. N’allez pas pour autant croire que je dénigre les productions qui ont opté pour le thème, je reste grand fan, entre-autre, de Bigfoot et les Henderson, mais il faut l’avouer, c’est souvent un brin passe-partout.
Et si l’abominable homme des bois se voit attribuer le rôle d’un tueur sanguinaire, à l’appétit gargantuesque au point qu’il est prêt à défoncer quelques portes pour croquer ses victimes, il ne faudra pas s’étonner de basculer dans le plus pur produit Bis.
Accentué par un budget des plus fauchés et par un casting réunissant quelques acteurs craignos, il n’en fallait pas plus pour que Abominable suscite un vif intérêt chez les amateurs du genre, de ceux qui se régalent des pépites B et Z et qui, ici, ne regretteront sûrement pas le visionnage.

« Ah ben alors… on a oublié de se raser ce matin ? »

Preston Rogers a bien choisi son moment pour revenir à Flatwoods. En effet, dans les bois, un monstre terrorise les fermiers. Leurs bêtes sont dévorées et leur vie menacée par ce rôdeur nocturne toujours plus enclin à se repaître.
Si Preston est de retour chez lui, c’est davantage sur l’ordre de son médecin, lequel lui assure qu’un bon bol d’air lui fera du bien. Il y a six mois de cela, le gaillard perdait l’usage de ses jambes, et pire encore, sa tendre et bien aimée. En cause, l’escalade d’un pic qui s’est mal déroulé, une corde qui a cédée et le drame qui restera à jamais gravé en lui.
Pour l’aider à se réapproprier sa vie, Preston est accompagné de son infirmier, Otis, un espèce de gros lourdaud qui n’est pas vraiment ravi de passer quelques jours avec son patient.
Enfin bref, le proprio, lui, se croit totalement isolé du monde dans son chalet forestier, mais c’était sans compter sur l’arrivée d’un groupe de meufs qui viennent prendre quelques jours de vacances.
Puisque le patient est cloué dans une chaise roulante, et qu’en plus il s’emmerde grave, v’là ti pas qu’il se saisit d’une paire de jumelles pour observer ses voisines depuis sa fenêtre. Ni voyez pas un quelconque voyeurisme, en fait, le mecton a entendu un bruit suspect au dehors et grâce à sa perspicacité étonnante, comprend rapidement qu’il se trame quelque chose de pas très net.
Il aura eu raison le bougre, puisque derrière un buisson le grand poilu se cache tout en guettant ses proies. Rogers, l’ayant aperçu, n’aura de cesse de hurler à qui veut l’entendre que le Bigfoot est là… tous aux abris.
Il ne pourra décidément pas compter sur Otis, après tout, l’infirmier n’a cure des paroles d’un fou, et encore moins de la police locale qui trouve que, pour le coup, se taper vingt-cinq minutes de route pour aller vérifier c’est un peu chiant.
La vilaine bébête a donc un boulevard de victimes potentielles devant elle, et elle va pas se priver ! L’abomination va ainsi s’inviter dans le chalet des donzelles, voyant en ces dernières une savoureuse assiette de mise en bouche, et s’en ira attaquer le plat principal chez le sieur Preston juste après.
Celui-ci tente en vain d’avertir ses voisines, qui auront tôt fait de le prendre pour un vil pervers. Elles auraient mieux fait de prêter plus attention aux gestes d’avertissement de leur voisin, car en quelques minutes la maisonnée sera victime d’un bain de sang incommensurable.
Seule rescapée de ce massacre : Amanda ! La jeune fille trouve refuge chez l’autre névrosé, bien décidé à sauver la donzelle. On se doute bien du pourquoi !
Son seul salut est d’empêcher la bestiole d’arriver jusqu’à eux, et surtout, de s’enfuir afin d’alerter les autorités de ce qui est en train de se passer la-haut.
La tâche s’avère ardue, d’autant plus que l’appétit insatiable du monstre n’est pas encore comblé. Il est bien décidé à se l’offrir son plat de résistance, et le dessert lui est servi sur un plateau d’argent… pauvre Amanda !

« Rex Linn doit jalouser la chevelure luxuriante de la bebête! »

Avec son postulat de départ hyper simpliste, on comprend rapido-presto à quoi Abominable va faire référence : La légende du Sasquatch ! Elle compte parmi les plus connues et a été exploitée un nombre incalculable de fois. Tant en littérature – je vous conseille, pour vos enfants, le très beau livre de Jennifer Weiner : Petit Bigfoot – et forcément au cinéma, on en parlait plus haut. Entre parenthèses, si vous aviez envie de (re)voir un bon truc dans le genre, n’hésitez pas à vous jeter sur Demonwarp de Emmet Alston. Un pur régal ce film !
Quant à Abominable il s’agit ni plus ni moins d’une adaptation très libre de la légende urbaine « The Flatwoods Monster ». Mais si la ville porte le même nom, une différence, et de taille, est à signaler ; dans la légende urbaine il n’est jamais question d’un Bigfoot mais bien d’un Alien.
Puisque, selon les scénaristes, c’est du pareil au même, nous sommes conviés à pénétrer au cœur d’une intrigue qui se dévoilera assez vite, forcément aurait-on tendance à dire. Si l’on s’attend à quelques incursions horrifiques, et gores bien évidemment, alors la déception se fera vite ressentir. En effet, dans ce métrage il est surtout question d’évoquer la nature fantastique du Sasquatch et du danger qu’il peut représenter si on a la malchance de croiser sa route. Si sur le papier les intentions sont bonnes, le résultat, lui, n’est pas tout à fait à la hauteur des espérances.
Il faut dire que le tout est expédié sans demi-mesure, et la capacité émotionnelle qui émanait des personnages est éludée au profit des inquiétudes ressenties par les deux protagonistes (Preston et Amanda) pour se sortir de ce pétrin. Non pas que ce soit laborieux, mais ce serait un brin cavalier d’assurer que cela apporte quoi que ce soit de fondamental à la trame.
Une trame qui peine à trouver ses marques, en témoigne les vingt premières minutes pendant lesquelles il ne se passe absolument rien. Le monstre se laisse entrevoir, avec parcimonie, et c’est assurément le seul intérêt qui compte à ce moment là. Le seul argument qui nous fait tenir, car bon sang, on a une farouche envie de voir sa petite gueule d’amour !
Ces interminables minutes dépassées, le long s’engage donc sur le terrain de la peur, laquelle est de plus en plus prégnante pour nos deux comparses qui s’imaginent déjà terminer au fond de l’estomac de la bête.
On éjecte alors l’aspect détresse psychologique de Preston, et on lui refile une nunuche qui écoute son histoire tragique sur la perte de sa femme – et la blondasse semble s’en fiche royalement malgré une larmichette qui coule sur sa joue – et enfin on leur colle au talon le grand velu affamé. Les réjouissances débutent vraiment à cet instant, et si le ridicule ne tue pas il aura au moins le mérite d’être bien fendard. Les incohérences pleuvent, les acteurs ne sont littéralement plus dirigés et opèrent en roue libre, le maquillage du Bigfoot laisse entrevoir la bouche de l’acteur,… bref, c’est purement jouissif et on prend son pied comme jamais.
Le plus dingue, c’est que finalement on se prend tellement au jeu qu’on fini par oublier ces détails et on savoure ces instants avec une joie à peine dissimulée.

« Alors Matt, on reluque les donzelles… vieux sagouin! »

Il faut remercier, pour ce magnifique cadeau, le réalisateur Ryan Schifrin.
Mais oui, vous avez raison, le fils du grand Lalo ! C’est d’ailleurs lui qui signe le score pour le film de son fiston. La partoche est malheureusement loin d’égaler les célèbres notes de Mission : Impossible, mais je pense sans me tromper que le paternel a cru que sa progéniture se payait sa tête.
Faut dire, le rejeton est loin d’être une flèche dans le domaine. Sa filmographie témoignant en sa défaveur il aurait été inconcevable d’espérer mieux que ce qu’il avait à nous offrir.
C’est donc en 2006 qu’il nous livre cet Abominable, dont on a peine à croire qu’il puisse vraiment dater de cette époque. Dés le générique on se croirait dans un métrage tout droit venu de l’époque VHS, un de ces vieux films des années 80 que l’on fabriquait vaille que vaille pour garnir les étals des vidéos clubs. Au moment où j’écris ces lignes je suis en train de me bidonner tout seul (oui ça m’arrive parfois, mais je vais bien je vous rassure), en pensant que ce n’est pas totalement faux. Jetez un œil sur le casting et vous aurez compris. Á l’affiche, quelques vieux briscards des péloches Bis des eighties : Lance Henriksen, Rex Linn, Jeffrey Combs,…
Pourtant ce n’est pas un hommage rendu par le p’tit Ryan à cette glorieuse décennie. Que nenni, car le coco traite son sujet avec le plus grand sérieux. Il y glisse, certes, quelques touches humoristiques, par exemple en décrivant le pompiste péquenaud qui fume ses clopes malgré son emphysème, ou encore ce shérif, interprété par Paul Gleason, à qui il ne manque plus que les beignets pour parfaire l’illusion ; mais c’est bien au travers des éléments solennels qu’il faut aller chercher la drôlerie, non volontaire pour le coup.
Le fils Schifrin n’est donc pas très brillant au scénario, il l’est encore moins derrière la caméra. Son prétendu hommage à Hitchcock et à Fenêtre sur Cour souffre d’un manque de constance et de réalisme, bien que Schifrin s’efforce à faire voir au spectateur ce qu’il a décidé de leur montrer, il rend tout cela tellement brouillon et incohérent qu’on se sent envahis par un sentiment de pitié. Et oui mon gaillard, il ne faut pas essayer de jouer dans le cour des grands quand on n’est pas à la hauteur de ses aspirations !

« Manque plus que du Hufgues Aufray en fond sonore pour parfaire la scène. »

Mais bon… c’est tellement Bis pour le coup que les amateurs que nous sommes ne peuvent être que ravi du plantage en beauté. Oui, je sais, c’est pas beau de rire de quelqu’un qui chute. Mais là… on ne peut pas faire autrement, car tel un Claudio Fragasso, Ryan Schifrin est tellement convaincu de nous avoir pondu une merveille que cela confine à une gentille moquerie, mais sans jamais remettre en question les intentions et le dévouement de l’artisan.
Une petite mention spéciale ira à l’acteur Matt McCoy, une nouvelle fois confronté à l’abominable homme des bois après Bigfoot : The Unforgettable Encounter en 1994. Le gaillard est toujours aussi (im)parfait, se demandant ce qu’il peut bien foutre ici. Un de ces moments magiques qu’il faut savoir savourer, vous pouvez me croire.
Je dois aussi vous l’avouer, je n’ai pas vu Abominable en VO. Sa version française est à elle seule un moment d’anthologie, et les improbables répliques pleuvent à foison, alors que demander de plus ? Bah rien pardi ! Car sous son air de bobine bien foireuse, Abominable se laisse apprécier et a le mérite de nous faire passer un excellent moment en compagnie de ces gueules sympathiques et de son sujet racoleur – du moins si on aime les poils – et pour être parfaitement honnête, le régal est tel qu’on en redemande encore davantage.

De Ryan Schifrin (2006)

Avec : Matt McCoy, Lance Henriksen, Paul Gleason, Rex Linn,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie.
Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore !
L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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