THE INTRUDER

Ça débute toujours comme un roman à l’eau de rose ; l’envie de changer d’air et de voir grandir ses futurs enfants au vert, loin des tumultes de la ville.
La campagne, cet écrin de verdure où rien ne semble pouvoir venir déranger la quiétude ambiante. Il y fait bon vivre, loin de l’insécurité, au point de ne jamais fermer ses portes à clé tant il ne peut rien arriver.
Mais pour nous, pas question d’être dupe, on ne le sait que trop bien : derrière cette image d’Épinal se cache bien souvent une autre vérité. Celle-ci est plutôt sournoise, mais on le sait, derrière un beau sourire il y a souvent les ténèbres.

« Chériiiiiiiie, je suis rentré! »

Pour Scott et Annie, jeune couple vivant à San Francisco, il était plus qu’évident d’aller vivre au grand air. C’est à Napa Valley que se trouve leur futur havre de paix, une belle et grande demeure datant d’un autre âge, entourée par une nature luxuriante.
Son propriétaire, Charly, est un homme bien accueillant, même si la première rencontre marquera à jamais l’esprit du couple. C’est que le proprio est un chasseur, et un coup de feu avec sa bonne vieille carabine, ça détonne grave !
Le couple, charmé par l’endroit, sont à l’écoute de Charly qui leur vend plutôt bien le truc. Cette maison est dans sa famille depuis des générations, il y a toujours vécu, mais le décès récent de sa femme le fait se sentir terriblement seul. Vendre est donc la solution, afin de rejoindre sa fille aînée, en Floride.
Ne tarissant pas d’éloges sur sa propriété, insistant sur le fait qu’il y fait terriblement bon y vivre tant la quiétude des lieux inspire le réconfort, les futurs acheteurs sont conquis. Bien que l’assertion sera à vérifier une fois les lieux occupés, le discours du proprio est si alléchant qu’il est difficile de résister.
Si le prix rebute quelque peu Scott, la proposition que leur fait Charly, de laisser l’ensemble du mobilier en place et de réduire un peu les frais, finira par convaincre le gaillard qui n’a plus qu’à sortir son chéquier et ainsi combler sa belle de bonheur.
Le jour J est enfin arrivé, et les nouveaux occupants s’installent dans la joie et la bonne humeur, avec déjà une idée derrière la tête, du genre vivement seuls qu’on puisse niquer dans la cuisine. Charly leur apporte les derniers conseils avant de partir pour la Floride et en profite pour dire une dernière fois au revoir à cette maison qu’il a tant aimé. Un petit coup de klaxon et un dernier salut au couple et le voici en route vers la côte Est ! Enfin… ça c’est ce que pensent Scott et Annie.
Á peine installé de quelques jours que, déjà, Charly pointe le bout de son nez. Le voici en train de tondre le gazon, comme si de rien n’était. Prétextant que sa fille souhaite l’accueillir dans de bonnes conditions, il a été dans l’obligation de retarder son départ. Du coup, le gaillard s’offre encore quelques instants de joies en revenant « chez lui ».
Bien que sa gentillesse et son côté très avenant séduisent Annie, Scott, lui, commence à sérieusement se méfier de Charly qui se fait de plus en plus présent. Apparaissant comme par magie à des moments inopportuns – notamment pour se rincer l’oeil – semblant bien trop proche avec Annie,… il n’en faut pas plus à Scott pour l’envoyer balader ! Mais Charly semble définitivement attaché à cette bonne vieille bicoque, et paraît plus que décidé à récupérer son bien.
Mais alors, pourquoi avoir vendu ? Ce que Scott découvrira aura tôt fait de lui glacer le sang. Et si Charly n’était pas vraiment ce qu’il prétend être ?
La douceur de vivre de Napa Valley se transformera rapidement en un terrifiant cauchemar.

« Attention les amoureux, il y a un type louche derrière la fenêtre. »

Je sais ce que vous pensez en lisant ces quelques lignes : vous vous dites très certainement que le pitch n’est pas sans rappeler Cold Creek Manor de Mike Figgis. Il était là aussi question d’un homme persécuté par l’ancien propriétaire de sa maison, en l’occurrence joué par Stephen Dorff, et qui terrorisa toute une famille. En l’occurrence encore, Sharon Stone et Dennis Quaid.
Tiens, Dennis Quaid ? Ben ça alors ! Le voici qui, dans The Intruder, campe Charly cet homme obstiné à récupérer son bien et qui offre quelques excès de colères aux tendances meurtrières. Sa maison, son rêve, personne ne peut le lui gâcher et tout qui souhaite le tenter fera partie des dommages collatéraux.
Alors oui, force est de constater que ce n’est pas bien novateur puisque le sujet a déjà été abordé, et plutôt brillamment, quelques années auparavant.
Piètre remake ou véritable thriller novateur ? En fait, ni l’un ni l’autre. Il s’agit bien d’un thriller, sur fond de home invasion, mais qui s’inscrit dans la droite ligne du classique du genre.
The Intruder se révèle cependant assez efficace sur le fond, et bien que le scénario soit plutôt convenu, c’est au travers de la situation de plus en plus anxiogène qu’il faut aller y chercher ses lettres de noblesse.
Tour à tour les suspicions de Scott se frotteront à l’incrédulité de Annie, créant un climax de tension dans le couple, lequel sera de plus en plus palpable au gré des apparitions de Dennis Quaid.
Le spectateur est ainsi galvanisé lors de séquences électrisantes qui lui feront battre la chamade tant on craint les conséquences d’un tel psychopathe.
L’intrigue qui entoure ce dernier se révélera certes un peu trop vite, mais aura toutefois l’obligeance d’attendre le moment cruciale pour se dévoiler, permettant ainsi de ressentir la tension nerveuse qui atteint un degré de paroxysme la rendant haletante à souhait.
Bien que l’ensemble du métrage tienne la route, avec un budget de 8.000.000 de dollars on s’étonne cependant de la simplicité de celui-ci. On aurait en effet aimé que la bobine illustre davantage le caractère menaçant dû à la présence de Charly, peut-être en optant pour des prises de vues plus pénétrantes, ou encore quelques travellings qui auraient pu rendre le tout plus cinégénique. On pourrait aussi lui reprocher d’avoir fait de la jeune proprio une femme trop ingénue, à la limite d’être une nunuche qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez ; dommage car les tensions dans le couple occupent une place bien trop importante au détriment de cette intrigue qui en prend un sacré coup.

« Charlie, un ami qui ne vous veut pas que du bien! »

Mais répétons-le, cela tient quand même la route ! Et pour cause, la présence de Dennis Quaid y est pour beaucoup. Retrouvant la belle région de Napa Valley (et pourtant c’est tourné au Canada) après l’avoir visitée en 1998 dans Parent Trap, le voici qui campe un mec dérangé du ciboulot. Prestation incroyable, époustouflante même tant l’acteur parvient à jouer avec son physique afin de rendre son personnage plus inquiétant encore. Passant avec aisance du sourire affable, mais qui en dit quand même long sur sa nature profonde, pour ensuite illustrer la folie grâce à un regard vidé de son sens commun, il instaure à lui seul toute la tension qui règne pendant 102 minutes.
Dés lors, rien d’étonnant à ce que Meagan Good et Michael Ealy soient relégués au second plan, littéralement écrasés par Quaid.
Attention, je vous vois venir, vous allez penser qu’ils ne sont pas à la hauteur. Bon, c’est vrai que l’actrice est un peu chiante par moment tant elle joue la cruche sans jamais rien changer dans son attitude. Ce qui n’est pas le cas pour Ealy qui s’en tire plutôt bien et donne parfaitement le change. Même si il ne parvient pas vraiment s’imposer face à l’acteur de L’Aventure Intérieure, on doit reconnaître qu’il s’investit bien plus que sa partenaire afin de rendre son rôle plus réaliste.
Répétons-le une énième fois : ça tient la route… ouais enfin j’ai surtout l’impression de vouloir m’en convaincre ! Vous me pardonnerez cependant, mais j’adore tellement ce bon vieux Dennis que j’ai peut-être un peu de mal à être totalement objectif.
Si on ne peut pas lui enlever son statut de thriller qui ravira les amateurs, il est vrai que The Intruder souffre d’un trop plein de « ça a déjà été fait! » et pourrait bien se révéler agaçant auprès des plus exigeants.
Le film de Deon Taylor – à qui nous devons le pas si dispensable 7eventy 5ive et le plus dispensable Meet the Blacks – s’offre tout de même quelques temps fort, entre-autre avec les apparitions furtives de Charly dans la chaumière, lesquelles sont mises en exergues grâce à la bonne vieille technique de la nuit d’orage, pendant laquelle les nombreux éclairs illuminent subrepticement la pièce. Loin d’être un travail de bon élève pour le réal’, celui-ci parvient à utiliser cette technique à bon escient, la rendant bien plus cruciale qu’un simple effet de style.
Si gros point noir il fallait chercher, et bien il est tout trouvé au travers de la bande originale. Qui est le sagouin qui a osé nous balancer du Hip-Hop ? Très clairement, ce choix musical est une très grosse erreur, tant il ne correspond en rien à la nature même de la péloche. Pas plus que pour ses protagonistes, lesquels ne paraissent pas évoluer dans le même courant culturel. Vous allez me dire, l’habit ne fait pas le moine, je suis entièrement d’accord, mais tout de même…

« Maintenant que le bouseux s’est tiré, on va vivre un bonheur de dingue ma puce. »

Bon allez, finalement je ne tente plus de me convaincre et je chasse bien vite la question du score. The Intruder est un thriller efficace puisqu’il s’inspire d’autres qui le furent tout autant, et plus encore. Il est assurément plus que louable et trouvera sans doute son public, lequel parviendra à l’apprécier pour ce qu’il est vraiment : à savoir un métrage honnête qui parvient à nous captiver et dont on ne doit pas en attendre plus que ce qu’il a nous offrir.
Et si vous aviez quand même l’envie de voir un bon home invasion, plus efficient sur le fond et la forme, je vous renverrai sans hésiter à Cold Creek Manor.

De Deon Taylor (2019)

Avec : Dennis Quaid, Meagan Good, Michael Ealy, Joseph Sikora,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie.
Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore !
L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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