DARK WATERS

Suite au décès de son père, Elizabeth décide de se rendre sur une petite île austère abritant un étrange couvent qui ne l’est pas moins. Souhaitant prendre contact avec la très vieille mère supérieure régissant les lieux afin de perpétuer les donations généreuses que son paternel se plaisait à lui octroyer, la jeune femme va rapidement découvrir que l’une de ses amies, Theresa, siégeant elle aussi au sein de ce mystérieux endroit, a récemment disparu. En sus, il semblerait que les pratiques religieuses des occupantes de cette sépulcrale bâtisse se caractérisent essentiellement par des rituels difficilement classables dans la catégorie Vatican’s approved…

Forte de quelques courts-métrages dont un excellent Caruncula (1990), la filmographie désespérément vide de Mariano Baino est en soi une antithèse à elle seule. Comment diable un metteur en scène au potentiel aussi intéressant, fourmillant d’idées surprenantes et novatrices, ne peut-il à ce jour ne compter qu’un seul long à son tableau de chasse ? Étonnant tout de même, surtout si l’on prend en compte la réussite relative de certains de ses confrères bien moins talentueux qui sont parvenus à tirer leur épingle du jeu sans pour autant avoir signé le nouveau Shining. L’homme serait-il arrivé à la mauvaise époque? Certes, le début des 90′ résonne encore comme le bruit du couperet de la guillotine qui fut définitivement fatal au ciné de genre transalpin. Mais quand même ! Cette période disgracieuse toute dévouée au cinéma américain et qui sera bientôt inondée par la vague neo slasher n’est en somme plus du tout propice à la vision si singulière des artisans du vieux continent. Les temps changent, les modes aussi. Pas de chance Mariano, il va donc falloir aller soutirer du rouble auprès de quelques tsars de Russie pour mettre en image ton périple lovecraftien.

C’est au cœur d’un village insulaire surplombant des paysages empreints de désolation, là où seul le clapotis des vagues donne encore un semblant de souffle de vie à la nature anxiogène qui l’entoure, que débute le cauchemar en devenir de la brune Elizabeth. A même cette terre au lourd passé qui, lorsque la nuit devient plus noire que le tréfonds des âmes qui l’arpente, se change en théâtre d’un spectacle morbide, dévoilant d’inquiétantes silhouettes dansantes au gré de la lune en brûlant quelques croix, que se dresse la malfaisante bâtisse monastique future purgatoire de la fraîche orpheline. Le mal dans sa plus pure représentation suinte de chaque pierre composant l’édifice et, même si Elizabeth ne le sait pas encore, cette incursion en territoire maudit va être lourde de conséquences. En à peine 20 minutes, le réalisateur a déjà donné le ton de son récit : l’ambiance sera oppressante, pesante, et d’un pessimisme voir d’un fatalisme assez prononcée. L’omniprésence de l’eau, par le biais de l’océan ou encore de la pluie qui s’abat quasi sans relâche tout au long du métrage, va accentuer un sentiment de malaise déjà palpable, et ce, dès l’instant où l’héroïne va franchir la porte de l’imposante demeure dans laquelle des adeptes hallucinés se fouettent le dos bien planqués au fond de la pénombre de leur sous-sol. Un sous-sol qui, d’ailleurs, se transforme progressivement en une tanière sinistre dissimulant momentanément un secret innommable, fruit de la douleur hors de portée du commun des mortels. Au vue de la façon dont les représentations du christianisme sont continuellement bafoués, il ne fait aucun doute que cet antre funeste renferme inévitablement une chose constituant un concentré de tourments pour l’humanité tout entière. Mais avec une maestria qui lui est propre, Baino va égrainer le suspense de son intrigue en utilisant une forme narrative qui ne tombera jamais dans le piège d’envoyer la sauce à un moment inapproprié.

Oeuvre ouvertement référentielle dédiée au grand Lovecraft, les symboles vont bien au-delà du médaillon représentant la divinité que l’on vénère sur cette lugubre contrée et qui n’est pas sans rappeler des créatures telles que Cthulhu et ses potes, Dark waters est une immersion totale dans l’horreur la plus brute, viscérale et sans concession. De celles qui ne peuvent trouver une fin bienheureuse, car leur cause est actée à l’avance telle une malédiction irrévocable qui s’abattra quoi que l’on fasse. Un piège démoniaque via lequel on s’embourbe indéfiniment et dont on ne peut jamais s’en extraire, même après la mort.

Il y a maintenant bien longtemps au détour d’une conversation avec Christophe Cosyns, le big boss d’Ecstasy of films qui édita la bête en DVD il y a désormais quelques années, je fus surpris d’apprendre que cette pépite du ciné bis n’avait pas trouvé son public lors de sa sortie sur support numérique. Je pensais véritablement qu’une bande aussi bonne, mais par déduction apparemment pas très attendue, allait s’écouler à grande vitesse. Ben non en fait. Et cela paraît complètement improbable tant Dark waters est, en plus d’être la meilleure adaptation officieuse des écrits du maître de Providence, un petit bijou de série B horrifique qui fait aussi figure, il faut bien le souligner, d’un des tout derniers très bons films italien de genre.

DARK WATERS

Mariano Baino – Italie, Russie et Royaume-Uni – 1993

Avec Louise Salter, Venera Simmons, Mariya Kapnist, Lubov Snegur, Alvina Skarga, Pavel Sokolov, Anna Rose Phipps…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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