Eerie Indiana, Part 4 (épisodes 16 à 19)

Episode 16 : The Loyal Order of Corn / L’Ordre Du Maïs

Pour s’intégrer à la communauté d’Eerie, Edgar Teller, le père de Marshall, décide de rejoindre l’Ordre du Maïs, une confrérie réunissant les principales figures masculines de la petite ville. Accompagné de son pote Simon, notre détective en herbe, jugeant ce mouvement un peu locuhe, décide de mener l’enquête… À raison puisqu’il découvrira en effet que la confrérie est dirigée depuis une centaine d’année par une seule et même personne, un étrange monsieur qui semble ne jamais vieillir. Avec son ambiance feutrée et sa thématique du secret bien gardé dans un village mystérieux, The Loyal Order of Corn évoque Twin Peaks (on retrouve encore Harry Goaz) mais aussi Phantasm. Pour cause, lorsque les hommes d’Eerie pénètrent dans une salle secrète, ils sont poursuivis par un vieil et grand homme qui donne l’impression de venir d’une autre planète. La comparaison avec le chef d’œuvre de Don Coscarelli pourrait continuer mais l’épisode joue davantage la carte de l’humour que celle du mystère. Pour preuve, pendant toute la durée de l’épisode, la majorité des personnages sont affublés d’affreux chapeaux en forme d’épis de maïs et passent leur temps à se goinfrer de pop-corn. L’intérêt de cet épisode est la manière dont Joe Dante et son équipe s’amusent de l’Amérique profonde, prête à vénérer à peu près n’importe quoi pour peu qu’on soit assuré de faire partie d’une communauté. L’équipe créative tourne donc en ridicule sectes et religion, allant même jusqu’à parler de lavage de cerveau (les chapeaux ne sont pas que moches) et à singer les rites et gestuelles en filmant au grand angle les membres de l’Ordre faire les zouaves avec leurs bras. Mais si l’épisode, causant également de vie extra-terrestre et de téléportation, se moque de ces petites sociétés, il n’en peint pas pour autant un tableau complètement noir et nous explique même que ce genre de groupe est parfois le bon endroit lorsqu’on cherche à découvrir qui on est et d’où on vient. Cet épisode est au passage l’occasion d’en apprendre davantage sur le personnage de Dash X, tout en apportant un nouveau lot de questions… Avec sa conclusion pas forcément manichéenne et assez compliquée à comprendre, l’Ordre Du Maïs est un épisode agréable mais pas forcément très marquant, si ce n’est par son double discours dérangeant, donc. À voir et revoir pour dénouer ce joli sac de nœuds…

Chez Monsters Squad, on s’éclate pendant les réunions de rédaction !
Booooooyyy ! Ah, pardon je me suis trompé de plateau…

Episode 17 : Zombies in PJ / Les Zombies

Si le titre de l’épisode sent bon l’hommage au maître Romero, c’est bien car ce dix-septième segment résonne comme une version revisitée de son chef d’œuvre de 1978. Dans Zombies in PJ, Monsieur Radford, patron du grand magasin d’Eerie, vend son âme à un démon, interprété par René Auberjonois (tout juste disparu, RIP), qui lobotomise la population locale pour la forcer à acheter tout et n’importe quoi. Seuls Marshall et Simon, ayant compris que c’est une publicité sur le câble qui transforme les gens en consommateurs compulsifs, parviennent à résister à cette frénésie. Mais le mal est fait puisque les pauvres zombies ont tous signé des factures qui sont en fait autant de contrats pour céder leurs âmes au grand Malin… Comme souvent, la série invoque plusieurs références fantastiques pour dresser un portrait grinçant de la société populaire américaine. Ce sont donc ici un démon, sous la forme d’un golden boy décomplexé, et une horde de zombies qui sont convoqués à la fête. Si ces derniers ne sont pas là pour boulotter de la chair, ils sont tout de même filmés en contre plongé bizarroïde comme les tristes infestés de La Nuit des Morts-Vivants comme pour mieux faire le lien avec la filmo’ du grand George et insister sur la dimension politique de l’épisode. On voit ainsi les pauvres habitants d’Eerie errer en pyjama à la recherche de la moindre babiole à chiner comme s’ils avaient perdu leur propre vie. Carrément bien réalisé et bougrement divertissant, Zombies in PJ fait partie de ces épisodes très denses offrant à la fois un fond intelligent, loin de s’adresser aux seules têtes blondes, ainsi qu’une imagerie fantastique riche. On a par exemple droit à une scène onirique assez incroyable dans laquelle Marshall se retrouve projeté en pleine pub kitschouille aux côtés de Radford, Dash X, le vilain démon capitaliste et une chorale Gospel chantant les louanges du capitalisme. « You just can’t get enough !!! » Je vous préviens, ça reste en tête… Ce segment est complètement fou, sans temps mort et regorge de ces petits détails qui font tout l’intérêt de la série, comme ces bus garés devant la mairie qui indiquent la destination « Mall Hell » ou encore ces signes « $ » sur la cravate de Donald. Le twist final carrément débilos et plutôt amusant vient quant à lui rappeler qu’Eerie, Indiana est avant tout une série pour les enfants, un objet télévisuel positif et drôle, même quand il fonce tête la première dans les problèmes de nos sociétés occidentales. Un vrai bon épisode, quoi !

Non mais je vous assure, faîtes moi confiance, si vous souscrivez à une abonnement sur Monsters Squad, votre pénis va grandir de 15 centimètres !
Dites, vous avez pas vu notre copain George ?

Episode 18 : Reality Takes A Holiday / La Vérité

Dans Reality Takes a Holiday, réalisé par Ken Kwapis, Marshall refuse d’aller au cinéma voir un film d’horreur en famille et trouve, en allant chercher le courrier, un script reprenant mot pour mot la conversation qu’il vient d’avoir avec ses proches. Il découvre ainsi que sa vie n’est en fait qu’une série télévisée nommée… Eerie, Indiana… Curieux, il lit les pages suivantes et découvre que son personnage est amené à mourir dans le prochain épisode. Cet avant-dernier segment se présente sous la forme d’une course poursuite méta, forcément dans les décors de la série, qui voit notre héros tenter de changer le scénario de l’histoire dont il est prisonnier pour éviter de disparaître et par la même empêcher Dash X de prendre sa place. Il y a honnêtement énormément de choses à dire sur cet épisode mais tout se trouve en fait dans ce caméo de Joe Dante himself, dont l’ombre plane sur tout l’épisode. Ce que nous dit cet épisode, c’est que le monde réel, derrière les techniciens et le maquillage, est aussi, voire plus étrange encore, que le monde fantastique développé jusqu’ici. Dash X est en fait une espèce de psychopathe égoïste, Sindy est une féministe vénère et Simon s’avère un enfant star insupportable toujours accroché à son téléphone pour suivre le cours de la Bourse. Même la secrétaire du studio est une débile profonde qui passe son temps à bouquiner des ouvrages traitant du mystère des Bermudes… Ce que nous dit Reality Takes A Holiday, c’est que le monde réel navigue entre  folie, violence et tension. Le refus de Marshall d’accepter cette situation fait écho à l’attitude de Dante lui-même qui, comme son jeune personnage dans l’excellent Matinee (Panic Sur Florida Beach) qu’il réalisera peu après, préfère s’isoler dans un monde imaginaire, certes rempli de créatures et de mystères, mais un monde dans lequel on se sent bien car on peut s’y accrocher via des références et des repères… Cette manière qu’a d’ailleurs Joe Dante de placer des références dans tous les sens (comics, affiches, films en arrière-plan, figurines, images…) n’est-elle d’ailleurs pas une manière de rester dans un certain cocon le protégeant du monde « adulte » ? Le même cocon que refuse de quitter Marshall ? Ce cocon est d’ailleurs étrangement libérateur puisqu’il permet de s’émanciper de certains codes, de certaines obligations ou de certaines réalités difficiles (ici le propre décès du personnage)… On pourrait ainsi philosopher des heures sur cet épisode qui le mérite largement mais je conclurai simplement en affirmant que ce segment contient toute la sève du cinéma de Dante, toute la philosophie de son auteur, éternel rêveur qui nous invite à croire en la seule réalité qui devrait exister : celle qu’on choisit, celle dans laquelle on se sent bien. Un must-see au final troublant et intelligent !

Salut les enfants, je suis Joe Dante. matez mes films !
Oh, c’est quoi ce délire méta les gars ? Wes Craven a été invité à l’écriture du scénario ou quoi ?

Episode 19 : The Broken Record / Pas de Chance

Pour un dernier épisode, The Broken Record se montre un brin décevant. Enfin, décevant pour les plus énervés en fait car il ne contient que très peu d’éléments purement fantastiques et réserve une place toute minime au jeune Marshall. Pas de Chance possède pourtant une thématique très intéressante et complètement en phase avec l’univers de la série car l’histoire présentée ici est celle du jeune Todd, un ami de Marshall et Simon, qui entretient avec son père, tout juste licencié, une relation conflictuelle. Comme tout bon ado en période de trouble, Todd décide de se rebeller et commence à écouter en boucle un vinyle des Pitbull Surfers, groupe de heavy/thrash dont on imagine via la pochette que les membres se sapent comme des chiens stéroïdés. Imaginez une version canine de Gwar… Imaginez désormais que ce pauvre kid en devienne dingue au point de faire du air guitar dans sa piaule en hurlant sa solitude… Quoiqu’il en soit, la nouvelle passion du gamin va rapidement énerver le papounet irascible, incapable de remettre en cause ses méthodes éducatives… En parallèle, on suit les pérégrinations nocturnes de Sindy, qui, désireuse de devenir journaliste, passe son temps avec la police locale dans les coins les plus dangereux du conté… Même si le plus gros danger est une bastion de petite vieilles, les parents Teller s’inquiètent pour leur tête blonde et ont bien du mal à comprendre ses motivations et son goût du danger… Via cette double narration, cet épisode, étonnamment très sérieux, parle de famille, de conflit intergénérationnel et de solitude. The Broken Record est un segment malin et touchant. C’est à la fois un constat amer des soucis des adolescents issus de la classe moyenne et un joli message d’espoir pour tous les enfants qui se sentent incompris un jour ou l’autre. Si cet épisode semble un peu à part dans l’anthologie, les plus assidus apprécieront cependant la présence du camion laitier ainsi que des jumeaux du premier épisode dans le rôle des infirmiers… Pour la petite histoire, The Broken Record devait initialement faire partie des tous premiers épisodes diffusés à la TV mais les aléas des grilles de programmes l’ont projeté en épilogue un peu bâtard… Un choix carrément dommage car ce segment très juste sur la jeunesse et la crise d’adolescence aurait gagné à ne pas être autant mis en avant… Si on retrouve en effet un certain ode à la jeunesse et à la rébellion, thématiques chères à Joe Dante, The Broken Record remplit difficilement son rôle de conclusion d’une série connue davantage pour sa folie et ses excès fantastiques… Un épisode à regarder donc de manière isolée, avec beaucoup de bienveillance !

Todd nous présente ici la nouvelle collection Automne/Hiver 2019…
Bon dieu, que ce petit saligaud écoute du Thrash passe encore… Mais du Yannick Noah… Ça dépasse l’entendement !
Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique des fanzines Cathodic Overdose et Good Morning Captain, élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

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