LE COEUR ET LA CHAIR

Il faut une bonne dose d’ingrédients pour parfaire un bon thriller. Parmi ceux-ci, une énigme solide complétée par des rebondissements saisissants, ainsi qu’une atmosphère qui procure quelques frissons d’intensité.
Il ne faut pas oublier une dualité entre le protagoniste et l’antagoniste, souvent le point fort de ce genre puisque cela confère en des temps forts très appréciés par le lectorat friand de retrouver une intensité qui va le galvaniser.
Ce qui est certain c’est que Le Cœur et la Chair répondra présent à cet appel frénétique.

Will Raven est un jeune homme issus d’un milieux modeste.
Médecin, il va accomplir un stage chez le professeur Simpson, lequel, en ce milieux du 19ème siècle, se consacre à découvrir de nouveaux principes d’anesthésie afin d’éviter les souffrances chez ses parturientes.
Il règne chez cet éminent spécialiste une activité constante : entre une belle-sœur qui désire ardemment trouver chaussure à son pied, des confrères à la recherche de reconnaissance et une domestique, Sarah, féministe convaincue, Raven aura bien du mal à trouver ses marques.
Qui plus est, depuis quelques temps, des femmes sont retrouvées assassinées selon un modus operandi toujours similaire. Evie, une amie de Will, fait partie des victimes, dont l’indifférence de la police aura tôt fait de convaincre Will de tenter d’éclaircir ce mystère.
L’aide de Sarah lui sera d’un grand secours dans cette tâche périlleuse.

Ambrose Parry, un nom qui ne vous dira certainement pas grand chose. C’est bien normal finalement puisque il s’agit d’un pseudonyme qui cache, en réalité, deux noms : Chris Brookmyre – déjà plus connu puisqu’il a publié une vingtaine de romans – et Marisa Haetzman, son épouse médecin anesthésiste.
Un détail qui a son importance, puisque c’est madame qui eut l’idée de cette histoire, laquelle nous plonge dans l’Écosse victorienne. Les balbutiements de l’anesthésie conduisant un grand nombre de scientifiques à se pencher sur la question sera la toile de fond de ce récit, et fera par ailleurs partie intégrante de la diablerie qui assène Édimbourg.
Bien que le tueur, rôdant sournoisement dans la vieille ville, ne suscite pas d’inquiétude auprès de la bonne bourgeoisie, le climax ne s’en révèle pas moins suffoquant tant ce décorum, fait de grisaille et de pluie, illustre la folie qui s’est emparée du meurtrier.
Afin de découvrir son identité le lecteur devra se concentrer sur les différents résonnements que Raven et Sarah échangeront. Les deux personnages seront confrontés à des interrogations qui leur révéleront la plus effroyable des vérités. Mais avant de parvenir à cette grande révélation, il nous faudra aussi composer avec quelques digressions qui auront tôt fait d’alourdir notre lecture.
Et pour cause : bien que Le Cœur et la Chair s’attaque aux questions médicales, sujet forcément bien traité, on pouvait s’attendre à un développement plus surprenant et à des détails plus croustillants en ce qui concerne l’approche médico-légale. Ce ne sera malheureusement pas le cas, et les victimes ne seront évoquées qu’au seul besoin de relancer l’intérêt du lecteur.
Ainsi, nombreux chapitres s’attarderont un peu trop sur la question de la femme dans une société au suffrage censitaire. Pas de rapport avec l’énigme, c’est une évidence, et encore moins avec le développement des personnages.
Drôle d’idée donc, surtout pour Chris Brookmyre qui connaît bien les rouages essentiels qui constituent une bonne histoire, que de plébisciter une telle approche. Le risque principale est avant-tout de perdre quelque peu le fil des événements, et d’être parfois un peu agaçé tant on aspire à retrouver les éléments intrinsèques qui titillent notre fibre d’enquêteur en herbe.
Heureusement les deux auteurs ont eu le réflexe de se ressaisir et de recentrer leur récit pour l’amener là ou, légitimement, nous l’attendions.
Nous voici donc soudainement en train d’emprunter les ruelles sales et inquiétantes de la capitale écossaise dans laquelle notre mystère tente à s’épaissir. Nous voici happé par ces moments haletants qui nous procurent quelques frissons et autres sueurs froides.
Les protagonistes, jusqu’à alors baladés entre l’enquête et leurs afflictions personnelles – mais somme toute très relatives – finiront par briller sous les feux de la rampe, nous offrant enfin cette pugnacité attendue depuis longtemps. Sa présence permet d’éviter que le train ne déraille avant l’arrivée, ce qui eut été bien dommage au regard de la qualité de son final.

Ambrose Parry – puisque il faut ainsi nommer le duo – s’est donc égaré un temps avant de reprendre les rênes comme il se doit. Nous servant alors une écriture maîtrisé aux descriptifs saisissants de réalité, nous parvenons aisément à saisir la quintessence qui se dégage de cette ambiance sobre et comminatoire.
L’aspect sociétale qui avait préalablement été tant évoqué, parvient même à distiller quelques effluves pernicieuses qui raviront sans aucun doute le quidam adepte de détails truculents. Les scènes d’accouchements par exemple, mais inutile d’en dire plus au risque de gâcher le plaisir.
Le Cœur et la Chair parvient ainsi à trouver sa place, se révélant comme un très bon thriller qui sait emporter son lectorat d’un bout à l’autre. Certes les quelques points faibles évoqués plus haut pourraient avoir raison des plus exigeants d’entre vous, mais ce serait alors bien regrettable car vous n’auriez pas le privilège d’assister à ces quelques temps forts qui, insidieusement, se cachaient dans un sombre recoin.
On ne peut donc remettre en question la qualité de cet ouvrage, qui parvient finalement à parfaire l’ensemble.
Rien d’étonnant donc à ce qu’il s’agisse d’un premier volet d’une future série de thrillers historique dont on se réjouit de voir arriver, sur nos étals, la suite des aventures de Raven et Sarah.

Auteur : Ambrose Parry

Éditeur : Le Seuil

Genre : Thriller

Nombre de pages : 400

Format : A5

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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