BLUE VELVET

Après avoir rendu visite à son paternel gravement hospitalisé, Jeffrey va faire une étonnante découverte. De retour sur le chemin de son domicile le jeune homme va discerner un curieux fragment de chair à demi-enchevêtré au milieu de la végétation, qui se révélera être une oreille humaine déjà en état de décomposition avancée. Emmenant sans attendre l’esgourde putréfiée au poste de police de sa bourgade natale ce dernier va, en compagnie de la fille du commissaire chargé de l’enquête, mener ses propres investigations dans l’optique de découvrir l’origine de cette macabre trouvaille…

S’il fût considéré tel un échec commercial lors de sa sortie, on parle de 8 millions de billets verts ramassés lorsque 6 furent posés sur la table afin qu’il puisse voir le jour – soit un budget confortable mais loin d’être démentiel à l’égard d’un Lynch qui venait de violemment se ramasser dans les Dune… – Blue Velvet reçu en contrepartie un éminent succès critique. Les distinctions diverses et variées valent ce qu’elles valent, mais il n’empêche que le film en possède une respectable collection : Grand prix du Festival d’Avoriaz en 87, un gage de qualité indéniable même si l’année précédente c’est le Dream lover d’Alan J. Pakula qui rafla la couronne… ; un paquet de récompenses individuelles ; comprendre mise en scène, interprétation, photographie ; ainsi qu’une honorable nomination aux Oscars du meilleur réal’ pour le père de l’elephant-man. Pas mal quand même. A la lecture de cette myriade de décorations, on se dit alors que c’est une œuvre qui va marquer une date importante au sein de la longue histoire du cinéma. Qu’elle va devenir culte et ultra référentielle en vue d’être inlassablement citée et prise en exemple tout au long des décennies à venir. Ce qui sera le cas. Inconcevable donc de passer au travers d’une pareille merveille. Impensable de ne pas adhérer à la vision du 7ème art que propose son auteur et de glorifier indéfiniment ce métrage en provenance d’un autre monde, celui de la perfection personnifiée. Et pourtant.

Putain, j’ai vraiment dû en louper un sacré morceau…

La séquence d’introduction représente en elle-même tout ce qui caractérise le savoir-faire tant adulé du mec qui a tué Laura Palmer. En effet, le Lynch n’a pas son pareil pour transfigurer la beauté d’un passage aux fins d’en révéler l’obscure face cachée. A ce titre, les plans de ces magnifiques pelouses américaines bordées de somptueuses fleurs aux couleurs éclatantes, font office de vitrines chatoyantes qui se dressent tel des enseignes juste bonnes à donner une image extérieure stéréotypées à l’extrême, mais surtout outrageusement impeccable. L’emballage est somptueux, le cadeau l’est-il tout autant ? Cette notion d’apparence, qui n’est plus que jamais dans l’air du temps, le réal’ va l’exploiter efficacement afin de servir le déroulement de son intrigue. Et en s’appuyant sur cette base, solide fondation d’un cinéma qui s’évertue à ne pas flatter mes rétines, la présentation des différents personnages va pouvoir débuter. Le profil des protagonistes est certes, finement travaillé, mais étrangement et ce malgré un casting plutôt balèze (excellent Dennis Hopper même si nettement moins à son avantage qu’avec une tronçonneuse à la main…), impossible de s’attacher voir de s’identifier à l’un des individus embarqué sur ce pseudo thriller qui va vite montrer de gros signes de faiblesse.

Via une trame que l’on pourrait qualifier de vaguement policière, la mayonnaise peine à prendre forme. Fouetter les œufs énergiquement par le biais de quelques séances volontairement très violentes ne donne pas forcément matière à crédibiliser ce que Lynch tente de montrer à l’écran : c’est-à-dire un ciné maladroitement bis qui s’obstine à se donner un ADN auteurisant. Beaucoup aiment, moi pas. A force de se filmer le nombril en faisant passer sa bobine telle une création foncièrement personnelle, David Lynch perd en route ce qui aurait dû faire la subtilité et la puissance de son récit, car c’est globalement très creux et sans âme. En sus, Lynch n’étant pas un cador du plan inoubliable, délicat de retenir ne serait-ce qu’un moment marquant si ce n’est peut-être les 5 premières minutes. Et encore, cadrer 4 roses devant une clôture ne fera pas de lui un virtuose.

Un chef d’oeuvre ne tient parfois à rien…

Qu’ai-je bien pu rater en vue de passer à ce point complètement à côté de ce Blue Velvet ? Une péloche classée en 2013 par le vénérable Entertainment Weekly à la quinzième place de sa liste des 100 plus grands films jamais réalisés. Pas grand-chose en fait. Car même à la revoyure je n’accroche toujours pas et ce concernant les mêmes motifs. Et malheureusement ce n’est pas le reste de la filmo du bonhomme qui me fera changer d’avis. Allez, soyons désinvolte, juste une petite larme devant Elephant man. Ainsi qu’une autre face à son terrifiant Eraserhead. Mais pas pour les mêmes raisons celle-ci…

BLUE VELVET

David Lynch – Etats-Unis – 1987

Avec Isabella Rossellini, Kyle Mac Lachlan, Dennis Hopper, Laura Dern, Hope Lange, Dean Stockwell, George Dickerson…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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