THE DENTIST (Le Dentiste)

Bougez pas j’vais vous fraiser !

On a beau repousser l’échéance, il n’y pas moyen d’y échapper. Tôt ou tard nous y passerons on a pas le choix. C’est pareil pour (presque) tout le monde, et y penser nous donne des sueurs froides. Je veux bien entendu parler de la visite chez le dentiste ! (Quoi ? Vous vous attendiez à autre chose ?).
Ces bourreaux en blouse blanche font assurément le pire métier du monde, prenant un certain plaisir – pour ne pas dire un plaisir certain – à nous voir souffrir au simple bruit sifflotant de la fraise.
Je demande pardon aux éventuels membres de la profession qui nous lisent, mais ce que je dis est une vérité absolue… enfin surtout pour moi qui tremble à la simple évocation du mot dentiste.
Et quelque-part je suis un maso qui s’ignore, un fou furieux qui, à trente-huit ans, se fait encore accompagné pour un simple détartrage mais qui ne s’empêche pourtant pas de sourire à pleine dents (fallait bien que je place un jeu de mot pourris) face au film du sieur Yuzna : The Dentist !

Promis… vous ne sentirez rien.

Je dois reconnaître, mon dentiste est vachement moins dérangé comparativement au docteur Feinstone.
Alan Feinstone, chirurgien-dentiste à Beverly Hills, habite une somptueuse demeure, avec sa non moins somptueuse femme : Brooke.
Le bon docteur n’a qu’une obsession, celle de voir chez ses patients et sa nana une hygiène buccale irréprochable. C’est que dans sa conception des choses, il n’y a pas de place pour le répugnant, pour la saleté,… même sa demeure est un modèle de soin ; entre blancheur immaculée et linge de lits non froissé.
Feinstone est aussi un irascible, colérique, suspicieux,… et c’est peut-être ce dernier point qui va le faire basculer dans un état psychotique dont il ne sortira jamais.
En effet, ce matin là, c’est le jour de son anniversaire de mariage. Le mec est prêt a entamer une nouvelle journée de travail, galvanisé par la soirée qui l’attend, lors de laquelle Brooke et lui pourront s’étreindre goulûment après s’être bien brossé les dents, quoi de plus normal.
Mais Brooke, elle, doit faire contre mauvaise fortune bon cœur. Supportant plus qu’il ne le faut les sautes d’humeur de son mari, elle profite des visites de l’homme qui entretient la piscine pour batifoler un peu.
Quitter son époux n’aurait-elle pas été la meilleure des solutions ? Que nenni mes p’tits lardons ! Avec un train de vie pareille, on préfère le luxe confortable d’une villa californienne, à la vieille caravane d’un bouseux qui récure le bassin d’eau. Faut pas charrier !
Prêt à s’en aller à se besogne, le doc fait une première découverte qui l’amène à douter de l’honnêteté de sa donzelle. Cette dernière est totalement nue sous sa robe de chambre. Oh la coquine !
Feignant de partir pour son cabinent, Alan fait un tour du pâté de maisons, pour revenir en toute discrétion chez lui.
Seconde découverte, la plus terrible, celle qui aura raison de son équilibre mentale : Brooke est affairée à engloutir le manche de l’ouvrier – qui trique comme un guedin et on le comprend – ne se relevant que pour glousser de rire, comme pour se moquer de son époux qui croit encore au mariage parfait.
Feinstone, assistant avec effroi à ce spectacle dégoûtant, imagine déjà la pire des vengeances. Laquelle lui semble un peu trop expéditive, il passe au plan B.
Sa femme a désormais la bouche bien sale, il va donc la lui laver !
Toujours sous le coup de l’émotion, le voici qui arrive sur son lieux de travail, pour le grand désarroi de ses patients, lesquels vont malgré eux payer les pots cassés.
Car leur dentiste a soudainement des visions, il voit la pourriture partout dans la bouche de ses clients.
Sombrant lentement dans la folie, Alan n’a plus qu’une idée en tête, se venger. Et ce sera vite fait, car le soir venu Brooke le rejoint à son cabinet.
Feignant de lui montrer une nouvelle salle de soin, la voici propulsée sur le fauteuil des tortures, Alan au-dessus d’elle prêt à opérer.
La pauvre va se faire arracher les dents une par une, avant de se faire arracher la langue.
Il aura eu son dû, générique de fin on en parle plus !
Enfin, c’est-ce que l’on croyait, mais le lendemain, le docteur Feinstone arrive plus cinglé que jamais. Un vrai psychopathe a remplacé votre dentiste messieurs dames, et il n’est pas certain que vous ressortiez vivant de votre consultation !

Alors Brooke, elle est comment sa queue ?

Le nom de Brian Yuzna évoque bien sûre des films comme Ré-Animator et Society, dans lesquels le réalisateur explorait tantôt l’univers Lovecraftien, tantôt les abysses de la bonne société qui cache en son sein quelques étrangetés monstrueuses.
Il était donc tout à fait étonnant de voir débarquer le gaillard avec une péloche faisant la part belle à un dentiste.
Bon il faut dire que le projet n’émane pas de Yuzna lui-même, car derrière c’est le nom du producteur exécutif Mark Amin qui ressort. Le bougre devait avoir une hantise – peut-être même une aversion sadique – du métier et souhaitait dés lors mettre en scène un médecin fou qui allait faire la guerre, à sa façon, aux caries.
Brian Yuzna sera donc appelé au front pour mettre en chantier cette entreprise, faut-il le préciser, pour notre plus grand bonheur puisque l’homme fera des étincelles.
Ce n’était pourtant pas gagné, puisque le script sera remanié a plusieurs reprises ; d’abord écrit par Dennis Paoli, l’histoire était censée se dérouler en une seule journée, mais voilà, le studio n’est pas très content de cette première mouture.
Pour le parfaire, ils vont engager Stuart Gordon, et pour le parachever Charles Finch !
Pas simple donc, encore mois lorsque le budget est quasi inexistant… bref le pauvre Brian devra user de son savoir-faire pour que l’ensemble tienne la route.
Pari réussi, puisqu’il nous propose une véritable maestria de l’horreur, composée de séquences entremêlées par le gore et la paranoïa du docteur Feinstone.
Le tout se déroulant comme une véritable pièce de théâtre. Á l’exception de quelques plans extérieurs, c’est quasi exclusivement au sein du cabinet dentaire que les méfaits du bon docteur s’opèrent.
L’avantage, c’est que cela va réellement confiner à une ambiance toute particulière, très anxiogène, laquelle sera d’ailleurs ponctuée par des morceaux de musique classique qui appuieront la folie qui s’est emparée du dentiste.
Ainsi le rythme insufflé à la bobine la rend assez singulière, s’éloignant de fait d’un scénario trop convenu qui aurait trop vite révéler les obsessions du sieur Feinstone.

Oh le beau sourire.

Au contraire, Brian Yuzna parvient à rendre son antagoniste mystérieux et terriblement inquiétant puisque, par exemple, on ne sait trop si c’est la seule vue de sa femme se parjurant qui lui fait péter les plomb(ages) ou s’il s’agit davantage de sa préoccupation d’une hygiène buccale parfaite.
Vu que sa Brooke chérie bouffe littéralement l’anaconda du pisciniste, le doc’ qui prenait soin de sa bouche en la gavant de Colgate, aurait-il soudain l’impression que tout est à recommencer ? Ses hallucinations tentent à lui faire croire, et tant mieux pour nous, puisque ce plongeon dans l’antre de la folie ne cessera de s’accroître au gré de ses rencontres avec ses patients.
Le talent de Corbin Bernsen dans la peau de Alan Feinstone, voilà ce qu’il fallait pour ponctuer l’intensité de pareil métrage. L’acteur (qui, paraît-il, est un vrai enfoiré) parvient à insuffler à son personnage ce ton si particulier qui fait que, quoiqu’il puisse arriver, et malgré sa cruauté, on le kiffe grave.
L’acteur parvient à sublimer le tout, ayant parfaitement compris les attentes de Yuzna, et surtout, dans quelle direction ce dernier souhaitait amener son film.
Totalement investi par son rôle, il crée là un véritable méchant comme on les aime, à tel point qu’aller chez un vrai dentiste par après demande de trouver au fond de soi un courage exceptionnel.

Alors ça va ? Pas trop mal ?

Bon sang ce que Le Dentiste est génial ! En à peine dix-huit jours de tournage Brian Yuzna est parvenu à pondre une merveille, à y intégrer des effets spéciaux finalement très efficaces. Pour preuve, cette bouche géante articulée qui permettait de filmer l’horreur dans toute sa splendeur.
Ainsi ce premier film, sorti en 1996, revêt encore aujourd’hui un charme sans pareil. Son originalité le place parmi les œuvres incontournables de son réalisateur qui démontre combien on peut transformer ce qui, au départ s’apparentait à un thriller des plus classiques, en tout autre chose de plus sensationnel et redoutablement efficace !
En conclusion, rien de tel que ce premier opus !
En effet, le second volet des aventures de Doc’ Feinstone est loin de l’égaler.
Sorti deux ans plus tard, et toujours réalisé par Brian Yuzna, cet ultime film révèle très vite ses faiblesses, et s’il se laisse volontiers regarder on aura tout de même du mal à retrouver la magnitude de celui qui le précède, en cause, une approche bien trop stéréotypée.
Inutile de trop s’y attarder, préférez davantage le film de 1996 qui, lui, ne vous décevra jamais, et ce, à chaque fois que vous le visionnerez.

De Brian Yuzna (1996)

Avec : Corbin Bernsen, Linda Hoffman, Mark Ruffalo, Virginya Keehne,…

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie. Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore ! L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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