The Boys – Saison 01

A New-York, la petite amie de Hughie, un trentenaire un peu effacé, est littéralement désintégrée par le passage de A-Train, un super-héros capable de se déplacer à une vitesse hallucinante. Alors qu’un avocat lui propose une somme rondelette en échange de son silence, Hughie est approché par un inconnu qui lui révèle que les Sept, un groupe de super-héros dont fait partie A-train, sont loin d’être les modèles de vertu et de courage que les médias présentent…

Les Boys… and girl!

Certes, l’idée d’intégrer de la manière la plus réaliste possible des super-héros dans notre monde n’est pas nouvelle et le Kick-Ass de Matthew Vaughn (un comics à la base) a bien défriché le terrain. Il est de bon ton –sous peine de ringardise marvelienne– d’aborder désormais le genre comme n’importe quelle production « réaliste » et de faire des super-héros des « gens comme les autres » (sauf qu’ils ont des pouvoirs qui déchirent la race de ta sœur, bien sûr), simplement humains et non plus des demi-dieux inaccessibles. Dans la série d’ABC, Matt Murdock veut bien enfiler la combinaison moulante de Daredevil mais pas avant la deuxième saison et uniquement si vous me la faites super fonctionnelle qu’on dirait une tenue des forces spéciales et le rouge pas trop rouge hein ! parce que bon, c’est quand même voyant quand on traîne dans les quartiers malfamés de Hell’s Kitchen. Approche similaire pour une Jessica Jones qui a les traits de votre voisine (surtout si votre voisine est bonne et un peu pochetronne aux entournures). Tiens même ce Punisher de Frank Castle n’est plus la montagne de muscles taiseuse à l’effigie de Dolph Lundgren mais juste un mec introverti avec une conscience, des sentiments et des grosses pétoires. Récemment, le long métrage de Zach Lipovsky et Adam B. Stein, Freaks, nous présentait des super-héros de tous les jours… (Ah, non ! Ma bonne résolution pour 2020 était de ne pas spoiler… En même temps, l’affiche du film le fait à ma place !).

Sheila and B. devotion, à la grande époque.

Bref, s’il est assez convenu à présent de réserver ce type de traitement aux histoires de super-héros, cet effet de mode ne risquerait-il pas de s’avérer aussi lassant que les réalisations binaires et « bigger than life » de Jon Favrau, voire de Christopher Nolan dont le monolithique Dark Knight est aussi humainement attachant qu’un bloc de cabillaud en phase de décongélation ? 

Alors en quoi la série The Boys est-elle différente puisqu’optant ouvertement pour cette approche « humaine » ?

Bonne question ! A brûle-pourpoint, je répondrais (à supposer qu’on me le demande) : les personnages ! Le salut ne vient-il pas des personnages ? Entre nous, une histoire convenue avec de bons personnages n’est-elle pas plus captivante qu’une bonne histoire avec de mauvais personnages ? Du moins dans le domaine de la série où désormais les show runners ont le luxe de développer la psychologie des personnages sur la durée confortable de dizaines d’heures d’épisodes. Prenons les Soprano. Si on y réfléchit bien, le pitch de David Chase bouffe à tous les râteliers : une idée piquée au film Mafia Blues (Analize This), un décor sorti tout droit des Affranchis et une bonne rasade de drame familial comme Hollywood en produit chaque année. Question originalité du sujet, on repassera. Pourtant, la série est devenue un classique et pour qui la découvre est presqu’instantanément addictive. Et pour quelle raison, ma bonne dame ? Les personnages ! Et leurs interprètes évidemment. Le très regretté James Gandolfini est Tony Soprano, ce parrain version gros nounours qui peut le matin s’émouvoir de la mort d’un cheval et la soirée régler son compte à un traitre. Et dans son sillage, emportés par le charisme du Don, d’excellents comédiens vous donnent l’impression d’être de vieilles connaissances de la famille (justement).

Aqu.. euh The Deep.

Les personnages et leur alchimie avec les comédiens : et si c’était ça le secret ?

Question personnages, dans un univers totalement différent, ceux de The Boys valent leur pesant de kryptonite ! 

A ma gauche : des super-héros, idoles des foules, à la solde de Vought Entreprise, un consortium aux ambitions belliqueuses qui s’emploie à présenter ses « produits » comme les sauveurs de l’humanité. Les sept sont constitués de versions corrompues de Captain America (Homelander), Aquaman (The Deep), Flash (A-Train), Wonder Woman (Queen Maeve), Black Panther (Black Noir), etc. 

Queen Maeve et Homelander : ça pouvait pas marcher!

Aux yeux du monde, les Sept sont des mega-stars intouchables. En coulisses, c’est une autre histoire : entre le comportement post #metoo de The Deep qui n’hésite pas à se défroquer pour proposer à la nouvelle recrue une petite gâterie et l’alcoolisme chronique de Queen Maeve qui a du mal à faire son coming-out, les traits de caractère « humains » ne manquent pas chez nos héros prétendument parfaits. Ainsi, la mégalomanie de ce névropathe de Homelander culmine lors d’un épisode de sauvetage aérien proprement glaçant !

A ma droite : les Boys, une bande de gaillards, d’horizons divers, bien déterminés à provoquer la chute des Sept et de la société qui les emploie en révélant un bien inquiétant secret (non, j’ai pas envie de spoiler ici). A priori (et au fil des épisodes : a posteriori aussi), nos amis revanchards ne semblent pas plus recommandables que ceux qu’ils combattent. Par exemple, le leader des Boys, le bien nommé Billy Butcher, incarné par un Karl Urban tout en sensualité virile, souffre d’un petit problème d’impulsivité et d’un penchant difficilement contrôlé pour la violence. Sans le moindre remord, il entraine dans sa quête sanglante un pauvre type qui n’en demandait pas tant et dont le tort aura été de voir sa fiancée proprement réduite à l’état de particules de chair par un membre des Sept.

Avec une telle brochette de salopards, inutile de dire qu’on se passe aisément des services de super-villains. Ce qui n’est pas déplaisant pour une fois.

Un petit selfie avec Homelander?

The Boys, c’est une intrigue de prime abord simpliste -mais généreusement nourrie d’un quota respectable de cliffhangers et de mini-twists– et qui, au fil des épisodes, parviendra non seulement à susciter un réel intérêt pour ses enjeux mais aussi à rendre l’ensemble de ses protagonistes attachants. Dans les deux camps. 

La performance des acteurs y est évidemment pour beaucoup, à commencer par celle d’Anthony Starr (la série Banshee) dans les frusques de cet erzats de Captain América. Charismatique en diable, le personnage suscite la même sympathie idiote que son illustre modèle auquel il doit les couleurs de son costume et le brushing figé. Du moins, jusqu’à un certain point, car, rapidement, la carapace se fissure et notre demi-dieu de laisser transparaitre une personnalité inquiétante, mélange de Norman Bates et de Max Zorin (le méchant de Dangereusement Vôtre joué par Christopher Walken). Montée de toutes pièces par la Vought Entreprise, comme à la grande époque hollywoodienne, son idylle avec Queen Maeve, n’aura pas réussi à combler son manque d’affection et le fera se tourner vers une figure plus « maternelle », ce qui nous vaudra quelques scènes un rien dérangeantes (sauf pour les amateurs de MILFs) que l’on ne risque pas de voir dans la série The Arrow, par exemple. 

Et puis, comme disait Brel, il y a les autres : le « Frenchie », ce truand romantique (j’ai jamais dit qu’il n’y avait pas de clichés) qui connaitra une ébauche de love story avec une mystérieuse créature, The Deep, ce super-héros amphibie et un peu puéril qui rêve de sauver tous les dauphins de la planète et dont les filles, elles, rêvent de titiller les branchies (autre scène un peu inconfortable), Starlight, la nymphette aux super-pouvoirs découvrant petit à petit la face cachée de ses nouveaux « collègues »… 

Les personnages, je vous dis !

Karl Urban : un joyeux drille!

Malgré l’allure complètement irrévérencieuse du show, l’intention des auteurs (ceux du comics et ceux de la série) ne se veut pas gratuitement provocatrice ; elle ne donne même pas l’impression de vouloir dénoncer quoique ce soit aux pays des super-héros traditionnels (les références aux modèles se limitent au look, il n’y a jamais de « charge » personnelle à leur encontre). Elle semble juste avoir pour but de divertir intelligemment et avec bon goût. 

C’est pas une intention honorable, ca ? Vivement la saison 2.

The Boys – Saison 01. Une série développée par Eric Kripke pour Amazon Video, d’après le comics de Garth Ennis et Darick Robertson. 8 épisodes.

Nick Mothra
Gamin, je me pâmais d’admiration devant les figurines de « La Planète des Singes », revivant à travers mes dessins et mes maquillages « maison » les destinées tragiques de Zira et Cornelius. Plus tard, tel le Docteur Moreau, je charcutai un vieil ours en peluche et en faisais une honorable copie de gorille. J’avais alors découvert King Kong, le seul l’unique de 1933. Par la suite, les marges de mes cahiers d’école se remplirent successivement de requins mangeurs d’hommes (après la vision de « Jaws »), de morts-vivants (suite à la diffusion d’un extrait de « l’Enfer des Zombies » à la télé), de dinosaures de tous poils (de toutes écailles plutôt), de Godzilla et encore de zombies… Et… Et… Bref, le cinéma fantastique a forgé mes goûts et jalonné ma vie… Et ça continue, aujourd’hui encore.
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