BRIGHTBURN – L’ENFANT DU MAL

Fous ta cagoule !

Les départements marketing sont forts, très forts même puisqu’ils sont capables de vous vendre tout et n’importe quoi sur un seul nom ! En l’occurrence ici, celui de James Gunn, placé en haut de l’affiche en Arial taille 108, sans omettre de citer quelques films du réalisateur : Horribilis, Harley Quinn et bien entendu, en gras et en souligné, Les Gardiens de la Galaxie.
C’est donc bien facile de vendre en laissant à penser que le bon James a joué un rôle important, c’est à dire celui d’être le réal’ et peut-être même le scénariste,… mais voilà, derrière se cache le service marketing ! Et ceux-ci n’iront jamais utiliser la même taille de police pour indiquer, en tout petit en-dessous – comme dans les contrats d’assurance – que le sieur Gunn n’est en fait que le producteur.
Des petits malins qui auraient ainsi pu nous vendre de le merde grâce à un simple patronyme. Heureusement, cette fois, on échappe au pire et on pourra même faire semblant de ne pas s’y être laissé prendre : « Oh moi tu sais, je me doutais bien qu’il devait y avoir anguille sous roche… on m’la fait pas à moi ! »

Hmmmm… t’as d’beaux yeux tu sais !

Tori et Kyle Breyer habitent à Brightburn, une petite ville rurale dans le Kansas. Ils habitent une jolie maison au cœur d’une exploitation agricole, et si tout semble être parfait dans le meilleur des mondes, il ne leur manque qu’une seule chose : un enfant !
Mais Tori a depuis longtemps laissé tout espoir de côté de réaliser son rêve, et pourtant c’est pas faute d’essayer dés que l’occasion se présente.
Un soir, alors qu’ils sont sur le point de forniquer comme des bêtes, un étrange engin venu de l’espace s’écrase dans leur champs.
Á son bord, un bébé ! Les prières de Kyle et Tori ont-elles enfin été entendues ? Tout porte à le croire puisque les voici parents du petit Brandon, et les parents ne paraissent pas se poser plus de question sur la nature du bambin.
La famille est heureuse, le bonheur à son comble, et ce pendant les douze premières années de la vie du petiot.
De prime abord Brandon est parfaitement normal, un gosse éveillé et un brin introverti qui est tant aimé par sa maman. Une mère heureuse de fêter les 12 printemps du gamin, lors d’une petite soirée au resto route du coin.
Mais ce que la daronne ne sait pas, c’est que le soir précédent Brandon a été victime de convulsions, et des voix ont retenti dans un dialecte assez étrange.
Dés lors le comportement calme et complaisant de Brandon se mue en une agressivité et une insolence jusqu’à lors jamais vues par ses parents.
Cette part sombre qui soudainement entoure l’enfant va croître de plus en plus vite, et celui-ci va découvrir qu’il détient un pouvoir qui le rend quasi invincible. Un pouvoir qui semble venir du sous-sol de la vieille grange, où se trouve l’engin spatial qui, depuis quelques jours, a réactivé l’ensemble de ces systèmes et commande à Brandon de posséder le monde !
Pour Kyle et Tori c’est le début d’un cauchemar qui voit leur petit garçon se métamorphoser, et devenir de plus en plus obscur.

C’est mon fils… ma bataille!

Tous les amateurs de Marvel et DC le savent, le super-héros par excellence est celui qui se sert de ses supers-pouvoirs pour faire le bien, sauver le monde et les opprimés. Prenons par exemple, Superman. Choix tout à fait au hasard évidemment. Son alter ego, le bien dénommé Clark Kent, vient de l’espace et si la kryptonite peut annihiler ses facultés hors normes rien d’autre ne peut lui résister. Le bonhomme est donc au service du genre humain et de sa planète afin que ses habitants puissent jouir de la tranquillité à leur aise ; Clark veille au grain et repousse les vilains grâce à ses pouvoirs extraordinaires.
C’est finalement plutôt légion dans le domaine : si vous êtes dotés de facultés hors normes, vous devez presque obligatoirement être la sauveur de l’humanité, le gentil tout plein qui remplira son rôle pour ensuite recevoir les honneurs.
Un plan de carrière tout tracé auquel on échappe pas vraiment.
Sauf que voilà, quelques irréductibles se sont penchés sur la question suivante : qu’adviendrait-il si, au contraire, ces aptitudes stupéfiantes étaient utilisées à des fins moins philanthropiques ?
Pour le savoir le producteur James Gunn a donc fait appel à son frangin, Brian, et son cousin, Mark. Une affaire de famille en somme, mais une affaire qui marche plutôt bien !
Avec Brightburn – L’Enfant du Mal, le duo de scénaristes s’amuse à déconstruire la sacro-sainte image du héros en cape et en collant – car bien sûr il ne s’agit ni plus ni moins d’un pendant maléfique de Superman. Et lorsque cette image se trouve ternie par les desseins belliqueux de Brandon, on prend alors conscience que, quelque-part, nous avons été dupé par ce consortium d’auteurs de comics qui nous promettaient que jamais le détenteur d’une telle force ne pouvait faire le mal ! Et que même si cela arrivait, il y aurait toujours le gentil, celui qui incarne la voie de la justice et de la vérité, pour nous sortir du pétrin.
Ce qui fait donc l’originalité – et original ne veut pas dire réussite absolue – de Brightburn, c’est qu’il n’existe pas de solution pour stopper Brandon dans sa frénésie. Le gosse, qui à son tour enfile cape et masque, ne laissera personne lui barrer le chemin. Sous couvert de son costume de super-antagoniste, il sème le désespoir et la peur ; et le paroxysme de tout cela s’illustre au travers de quelques séquences assez gores qui vous feront ressentir ce petit frémissent de bas ventre tant la cruauté de l’enfant est insoutenable.

Aïe ! Je m’ai coupé…

Toutefois, il faut bien l’avouer, le film de David Yarovesky prend son temps. Là-dessus pas de doute à avoir, la première partie est un brin chiante tant elle semble à tout prix vouloir repousser l’inévitable. Ainsi l’on palabre trop sur des sujets assez convenus et sans grandes surprises, on se ramasse la métaphore du passage de l’enfance à l’adolescence – bah oui l’engin spatial il aura attendu le bon moment pour se mettre en branle – et on assiste à l’inexorable impuissance des parents à refréner les ardeurs de leur rejeton.
Alors oui c’est un peu lourdingue, mais pour qui sait être un peu patient le meilleur est à venir.
C’est en effet dans sa seconde partie que la péloche révèle sa véritable nature narrative, et de fait toute la puissance qui s’en dégage. On bascule littéralement vers des volutes plus sombres, plus anxiogènes et surtout plus violentes. Le réalisateur apporte par ailleurs une énergie nouvelle, n’hésitant pas à utiliser des mouvements de caméra plus rapides, jouant à fond la carte de la présence en arrière-plan, dans la pénombre, de Brandon et souligne de fait la perniciosité de ce dernier.
Pour le coup c’est même assez cinégénique, je tiens à le dire !
Plus la nature du mal s’accroît, plus sa férocité fait des dégâts. Là encore Yarovesky n’hésite pas un instant à nous servir du gore bien crade, comme par exemple le mec qui se fait arracher la mâchoire, illustrant comme il se doit la nature de plus en plus maléfique du jeune Breyer.
Ce détournement de l’image du super-héros prend alors toute sa dimension et confine au sublime lorsque le long termine sa course dans un nihilisme qu’on sentait, c’est vrai, un peu venir mais qui pourtant ne nous épargne pas du tout.
Bien que Brightburn ait essuyé quelques critiques virulentes lors de sa sortie, il n’en demeure pas moins un très bon film qu’il faut impérativement voir. Ne serait-ce que pour y admirer la prestation tout en finesse de Jackson A. Dunn, dans le rôle de Brandon. Un talent qui vous fera frissonner tant le jeune homme est imprégné de son personnage, restituant avec force cette nature machiavélique au point de la porter au-delà des attentes qu’on pouvait avoir.
Pour lui donner la réplique, Elizabeth Banks et David Denman incarnent les parents désabusés par ce qui leur arrive. C’est bien joué, certes, mais dommage qu’ils soient aussi pénibles dans la première partie, trop enfermés dans le côté psychologique. Hosanna dans la seconde moitié, surtout pour Elizabeth Banks qui dévoilera toute l’émotion d’une mère qui doit prendre la plus difficile des décisions. Tiens, ça pourrait même vous arracher une larmichette.

J’tai à l’oeil sale petit con !

Brightburn – L’Enfant du Mal, du haut de ses six millions de dollars de budget tient donc ses promesses. Une belle photographie, un score agréable qui mélange douces mélopées et accords qui vous filent la trouille, effets spéciaux efficaces et jumps-scares utilisés à bon escient, franchement, c’est plutôt pas mal ! On ne regrettera finalement pas le coup de l’utilisation du nom de James Gunn sur l’affiche, même si la présence de celui-ci n’était définitivement pas nécessaire tant la bobine est suffisamment convaincante.

De David Yarovesky(2019)

Avec : Elizabeth Banks, Jackson A. Dunn, David Denman

Ced Valentin
Avec un papa cinéphile qui me berça trop près du magnétoscope, il était tout naturel que j'attrape la bosse de la cinéphilie.
Ainsi, de mes petits yeux émerveillés je pu découvrir tout un tas d'univers qui, aujourd'hui encore, me fascinent : Horreur, S-F, Action, Polar, Western,... des genres divers et variés que mon daron aimait partager avec un fiston qui en demandait toujours plus et plus encore !
L'âge adulte n'ayant rien arrangé, je continue à m'approvisionner à un rythme frénétique, à regarder le plus possible de péloches, histoire de satisfaire un appétit insatiable.

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