Greenville 1989

Welcome to Greenville ! Welcome in 1989 !

Se retrouver tous ensemble autour d’un bon jeu de société et se raconter des histoires qui font peur, voilà deux choses qu’on adore sur Monsters Squad !! Imaginé par Floran Fay, illustré par David Sitbon et édité par Sorry We Are French, Greenville 1989 a donc trouvé sans mal une place dans notre ludothèque. En effet, le but de ce petit jeu sans prétention est d’inviter les joueurs (entre trois et six pour être précis) à créer une histoire cohérente permettant de boucler un scénario de quatre scènes dans un univers fantastique/science-fictionnel/horrifique… Je comprends que la chose soit un peu floue pour le moment, alors arrêtez de me couper et laissez-moi donc plutôt vous expliquer tout ça plus en détail… Julius, Marty, Cindy, Kim, Manelle et Brandon sont six adolescents clichés (ordinaires nous dit le livret de règles) résidant à Greenville, une bourgade américaine tout ce qu’il y a de plus chiante (normale nous dit le livret de règles). Pour profiter des vacances en cet été 1989, nos amis décident de se retrouver un soir au bowling du coin… Mais voilà que les habitants du bled ont disparu et que d’étranges bestioles sortent d’à peu près partout dans un tourbillon d’événements paranormaux… Heureusement, nos amis découvrent qu’ils ont le pouvoir de communiquer par la pensée (on appelle ça la télépathie les enfants) et décident de se retrouver pour… euh… pour survivre… en groupe j’imagine… et euh… tenter de capter ce qu’il se passe… enfin, je crois…

L’équipe de Sorry We Are French, impatiente de vous présenter Greenville 1989… Qui a dit Stranger Things ??

Si le scénario semble un peu faiblard (on ne sait pas comment la télépathie est possible, on ne sait pas pourquoi les jeunes héros sont les seuls survivants et ce n’est même pas un enjeu en soit, on ne sait pas l’intérêt de se retrouver pour pouvoir « réparer » le monde…) et sent très fort le résidu de Stranger Things, il s’avère plus prenant qu’il n’en a l’air… Acceptons donc que l’histoire ne serve que de background et concentrons-nous plutôt sur le gameplay… En début de partie, chaque joueur possède une carte qu’il dévoile devant lui. Il doit la décrire au reste des joueurs. Une fois que tous les personnages ont expliqué leur situation (celle illustrée sur la carte, donc), un maître du jeu (qui change à chaque tour) pioche à l’aveugle un nombre défini de cartes et tente d’après les explications des joueurs d’affilier chacune d’elles à un personnage et donc à une histoire. Les autres joueurs doivent ensuite parier sur les bonnes combinaisons cartes/joueurs. Si une association est juste, le personnage concerné ajoute une brique à son scénario, si cette association est fausse, les adolescents glissent doucement vers le grand vide du plateau central et vers le game over. Pour gagner une partie, il faut que chacun des joueurs possède devant lui quatre cartes. Il s’agit donc d’un jeu complètement coopératif et semi asymétrique dont le but est de créer une suite logique et cohérente… Tout en sachant que chacun à sa propre logique et sa propre cohérence…

Bon alors ça paraît pas simple comme ça mais je vous assure que c’est facile à jouer !

La chose parait compliquée comme ça mais devient très intuitive une fois qu’on débute une partie. On se prend très rapidement au jeu de la description et on comprend très vite qu’il est important d’y ajouter du storytelling. Greenville 1989 invite en effet les joueurs à aller au-delà des cartes et à créer dans ses propres histoires, ses ambiances et d’adopter une vraie cohérence. Par exemple, je me suis amusé lors de mes première parties à insister sur le fait que mon personnage ne voulait pas être décoiffé, invitant ainsi le MJ à ne pas m’envoyer dans des tornades ou dans des endroits trop venteux)… Si on s’amuse donc à prendre Greenville 1989 comme un petit jeu de rôle on pourra laisser libre court à son imagination et rendre son personnage complètement badass, carrément débilos ou alors définitivement couard. Il faudra aussi s’attacher à tous les petits détails qui permettront de rendre les histoires assez différentes et ainsi permettre la progression de chacun… Plutôt que de parler uniquement du pont qu’on observe au loin comme d’une image fixe, on pourra décrire une scène entière et dire si le bateau que l’on voit à droite de l’image s’approche ou s’éloigne…. En plus de créer un vrai moment divertissant, cette approche permet d’aider le maître du jeu qui en plus des éléments tangibles (décors, objets, lumières) peut s’appuyer sur la logique pour distribuer les cartes adaptées et faire les bons choix. Il faudra évidemment être un minimum à l’aise avec les autres joueurs pour réellement s’amuser mais ce Greenville 1989, avec ses magnifiques illustrations, possède ce petit quelque-chose qui rend les parties tout de suite agréables et débridées. En gros joueurs réguliers et joueurs plus occasionnels peuvent rapidement se prendre au jeu et je suis sûr que même votre mamie saura s’éclater et vous raconter de sacrés histoires mêlant zombies de l’ombre, portails temporels et boogeymen belliqueux… Seul petit souci, il faudra bien mélanger les cartes entre chaque partie afin d’éviter les associations trop logiques, trop faciles… Certaines cartes présentent parfois trop d’éléments en commun et retirent toute la difficulté du jeu qui repose justement sur le fait de sortir d’une certaine zone de confort narratif.

Question, laquelle de ces trois cartes permet de continuer l’histoire « J’étais en train de manger un sandwich aux olives dans mon sofa quand tout à coup… » ?

Si le jeu est aussi agréable c’est aussi et surtout parce qu’il est visuellement très réussi (quelles ambiances colorées bordel !!!) et que son univers foisonne de références qui flatteront les horror addicts de tous poils. Les cartes regorgent ainsi d’éléments faisant appel à Shinning (le tapis, les marques Redrum…), aux univers de Lovecraft (les créatures tentaculaires qui sortent des abysses…), à Ça (les ballons, le égoûts…), à Friday the 13th (la cabane au bord du lac, les machettes qui traînent un peu partout…), au clip de Thriller (le costume dans le cimetière) , à The Faculty (le monstre aquatique en plein milieu du gymnase) ou encore à Jeepers Creepers, The Ring, Freddy, Ghostbusters, Portal, Retour Vers le Futur, Le Seigneur des Anneaux… La chose amène à sourire lorsqu’on découvre une carte et qu’importe si l’un des joueurs ne possède pas la référence en question puisque ces références sont juste là pour flatter la rétine des aficionados de ces univers. C’est évidemment parfois un peu lourdingue et on sent encore une fois la grosse influence de Stranger Things (aussi légère et délicate comme une blague de Bigard) sur le jeu mais libre aux joueurs de passer outre ces gros clins d’œil appuyés pour ne profiter que de la sève même de ce Greenville 1989…  Avis aux allergiques des univers référencés : ne passez pas à cause de ce jeu uniquement à cause de ces citations visuelles pas toujours finaudes ! Passez outre ce petit principe putassier purement mercantile et laissez-vous porter… Je vous promets que vous allez passer un très bon moment !

Y’a personne… Quelle idée aussi d’organiser une anniversaire dans un utérus…

Quand on lance une partie de Greenville 1989 on pense évidemment à Dixit (pour la description des images), Mysterium (pour le fait de faire deviner des éléments à partir de visuels parfois abstraits) ou encore Fabula (pour la création d’histoires en temps réel). Si vous aimez l’un de ces jeux (ou mieux, les trois) et que vous n’êtes pas contre un petit plongeon dans l’univers rétro-fantasmé des sacro saintes 80’s vous devriez vous jeter sur ce Greenville 1989 qui animera sans-mal vos fins de soirées que vous ayez mangé une fondue, des crêpes ou même un cassoulet de la mer (perso rien que le nom me fout la gerbe, mais vous faites bien ce que vous voulez avec vos intestins). Un jeu simple, efficace, très joli, malin et avec une rejouabilité quasi infinie, je en vois pas trop ce qu’on pourrait reprocher à ce jeu de Florian Fay… Une durée parfois un peu longue lorsque les joueurs « bloquent » sur une carte ? Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à jouer plus longtemps… Pour continuer le plaisir et sortir du sillon des Duffer Brothers, Florian Fay et David Sitbon devraient d’ailleurs sortir très bientôt Paris 1889, un jeu basé sur le même principe mais se déroulant dans la capitale française, cent ans avant les aventures de nos ados ‘ricains… D’après les premières images ça sent bon les salons en marbre, les folies des expos universelles et les bestioles visqueusement lovecraftiennes… Allez, voilà une occasion pour les anti-Stranger Things de tester ce gameplay sans avoir à hausser les yeux au ciel et également une bonne excuse pour organiser une soirée cassoulet de la mer !!! Perso je vous conseille d’ajouter quelques bulots gratinés avec une pointe de fromage juste avant de servir, mais ceci est une autre histoire…

Une suite dans le passée ? Euh… Qu’importe, ça me semble pas mal tout ça !
Mighty Matt
Amoureux du latex, des prods Empire et Full Moon et des cyborgs. Fanatique du cinéma de Nicolas Winding Refn, David Cronenberg et Stuart Gordon. Graphiste à ses heures perdues pour gagner de quoi acheter des DVDs. Chef mutant tyrannique des fanzines Cathodic Overdose et Good Morning Captain, élevé à la lecture des romans Chair de Poule. Boule d'énergie inarrêtable, un peu comme un Cacodemon de Doom.

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