Candyman de Bernard Rose

Tout commença, en fin de compte, de la plus banale des manières. Par l’irrépressible envie de revoir Candyman, l’un de mes films préférés, post-fondateurs de ma culture de genre (j’étais déjà un grand garçon à l’époque de sa sortie) que je venais d’acquérir récemment sous forme d’une jolie édition ESC (Combo DVD/Blu-ray). Après la énième vision (mais la première en VO et en HD), une bouffée d’enthousiasme et d’amour mêlés m’investit aussitôt, tel le crochet rouillé de Daniel Robitaille plongeant dans le torse de ses victimes…

J’allais écrire tout le bien que j’en pensais du film de Bernard Rose sur Monsters Squad et tant pis si des centaines de vrais journalistes l’avaient fait avant moi. 

« Y a un truc qui me gratte, là! »

En bon garçon consciencieux que je suis, je me mis aussitôt à googler, histoire de rafraichir ma cervelle desséchée et de pouvoir faire mon malin en citant l’intégralité de la fiche technique et des anecdotes pêchées sur « Wikipedia». Ainsi, mon index venait-il à peine de taper « Candym… » (oui, parce que je tape avec mes index, le pouce gauche ne servant qu’à actionner la barre d’espace) que ce gros abruti de Google m’affiche en première proposition quelques lettres pourtant rassurantes, familières … suivies de quelques chiffres à la sinistre allure : « Candyman 2020 ». Oui 2020… 

Hein ? Quoi ? Comment ? C’est une blague ? Un fake ? Un poisson d’avril ? Mais pourquoi personne ne m’a-t-il rien dit ? Sans doute, une conspiration visant à épargner mes nerfs a-t-elle été mise en place par mes proches, eux qui doutaient déjà de ma santé mentale, s’échangeant parfois des regards embarrassés dès lors que j’évoquais des films vieux de plus de 25 ans… Un seul moyen d’en avoir leur cœur net : cliquer sur ce lien qui faisait se troubler ma vue et me rendait nauséeux. Puis, sombrer dans la folie si par malheur l’impensable s’avérait authentique. 

Candyman – Official Trailer… Click

(Quelques minutes et un petit cordial plus tard)

Bon, alors, les petits gars, j’ignore si c’est une bonne nouvelle, mais le machin est produit par Jordan Peele (Get Out, Us) Et comme la plupart des trailers de films d’horreur remakés, cet avant-goût peut être le reflet du meilleur comme du pire. Rappelez-vous les délicieux frissons qu’avait fait naître la bande-annonce du remake de The Omen et de la déception à la vision du produit final… La perplexité qui avait fait s’entrouvrir vos mâchoires en découvrant le premier extrait de Suspiria – le remake et à l’affaissement totale de votre menton en voyant le … truc…  

Hélas, ce n’est pas l’affiche du remake… Juste un joli fanart comme on les aime!

Jordan Peel oblige, ici, on a un peu l’impression que tous les protagonistes sont black, ce qui n’est pas dérangeant en soi, mais risque de déforcer certaines thématiques abordées dans l’original (les ghettos black misérables justement jouxtant les quartiers huppés majoritairement blancs). Bah, au moins semblent-ils avoir conserver les motifs musicaux de Philip Glass et Tony Todd y fait-il une apparition. Allez, allez ! On y croit, les petits gars ! ça sera peut-être pas mal, ne tirons pas de plans sur la comète ! On y croit… On… y… croit !

Mais que cette nouvelle ne nous émeuve pas outre mesure ! Candyman sera toujours Candyman ! On y croit, on y croit ! Allez, on sèche ses larmes, on renifle un bon coup (pas cracher par terre, petits dégoutants !) et on se fait un petit résumé de l’original pour se dégourdir la mémoire, têtes de linottes !

Chicago, 1992. Helen Lyle et son amie Bernadette travaillent sur une thèse traitant des légendes urbaines et plus particulièrement du mythe du Candyman, croque-mitaine insaisissable à qui les habitants de Cabrini Green, l’un des quartiers les plus défavorisés de Chicago, attribuent les meurtres de nombre des leurs. 

Allez, Virginia! Plus qu’une fois : « Candyman! »

La légende le décrit comme un jeune homme de couleur, Daniel Robitaille, ayant vécu à la fin du XIXe siècle et qui serait tombé amoureux de la fille d’un notable blanc. Furieux, le père de la jeune fille l’aurait alors fait amputé d’une main et livré à des essaims d’abeilles. Ainsi naquit le Candyman.

De nos jours, prononcer son nom cinq fois devant un miroir le fait apparaitre. Inutile de préciser qu’il ne vient pas pour prendre le thé en votre compagnie…

Lors de son enquête, Helen d’abord totalement sceptique sera amenée à croire à l’existence du Candyman

A l’instar d’un Silence des Agneaux, Candyman est un petit miracle des années 90.

A l’époque, à l’aube des 90s, le jeune Bernard Rose a déjà à son actif quelques films, dont l’émouvant Paperhouse… Clive Barker, quant à lui est surtout connu des fantasticophiles pour avoir réalisé le terrible et torturé Hellraiser et l’inégal Nightbreed (Cabal) ; son œuvre littéraire, promue par un Stephen King dithyrambique (« J’ai vu l’avenir de l’horreur, son nom est Clive Barker »), commence gentiment à se frayer un chemin dans nos contrées. Des déconvenues cinématographiques, Clive Barker en aura déjà vécu quelques-unes (les scénarios tronqués d’Underworld qu’il écrit pour George Pavlou et de Rawhead Rex, adapté d’une de ses nouvelles et réalisé par le même Pavlou, sans parler du remontage de Nightbreed…). Pourtant, Quand Bernard Rose demande à le rencontrer, Barker accepte. Les deux hommes s’entendront à merveille. 

In the mouth of…

Rose est fasciné par « The Forbidden » une nouvelle extraite des « Livres de Sang » qui à l’origine se déroulait dans la banlieue de Liverpool ; le réalisateur a la bonne idée de transposer la trame à Chicago où les zones urbaines défavorisées sont photogéniques à souhait. Même si quelques décors (principalement intérieurs) sont construits en studios, l’essentiel du tournage a donc lieu en plein territoires des gangs et certains figurants visibles dans le film sont de véritables voyous.  Cette authenticité n’est certainement pas étrangère au malaise global ressenti pendant le film, surtout lorsque les personnages trainent dans ces banlieues sordides. La séquence des WC est particulièrement glaçante et lorsque Helen (Virginia Madsen) est prise de haut-le-cœur en inspectant les cabinets répugnants, l’odeur pestilentielle de ces latrines de l’enfer nous parvient presqu’au narines. 

Ce côté documentaire, voulu par Bernard Rose, vous embarque dans le cauchemar sans que vous ayiez à vous poser la moindre question. Bien ancré dans cette déprimante réalité, vous être prêt pour le grand voyage. Laissez le Candyman vous emmener : la souffrance sera exquise, nous promet-il ! Et il ne nous ment pas, le bougre ! 

La première séquence, nous présente en images la légende urbaine. Voici le Candyman ! Les accords lancinants de la « music box » de Philip Glass vous ont déjà piégé et il est trop tard pour faire demi-tour ; vous voici sur les rails. Candyman, c’est un rêve noir empli de mélasse dans laquelle vos pieds peinent à se dégager. 

La belle édition ESC : avec ou sans livret…

Bien sûr, sans acteurs de talent et une solide caractérisation, pas de bon film (une règle hélas peu souvent respectée de nos jours) et le casting de Candyman nous offre sur un plateau d’argent l’extraordinaire Tony Todd que l’on avait vu deux ans auparavant dans le remake de La nuit des Morts-Vivants de Tom Savini. Todd s’offre totalement au personnage du Candyman et propose un jeu à l’encontre des clichés habituels. Les boogeymen du grand écran en font des tonnes dans le cynisme, la cruauté voire la brutalité bestiale? L’interprétation de Tony Todd sera toute en romantisme classique. Oui : romantique à la manière des grandes figures tragiques du cinéma d’épouvante à l’ancienne, tels le Fantôme de l’Opéra, la créature de Frankenstein. Le Candyman est un monstre humain.

Soulignons également l’interprétation de Virginia Madsen. D’abord légèrement insupportable en bourgeoise-pétasse (Ah ! le joli Loden vert!) ne cherchant que le succès universitaire, quitte à mettre en danger son entourage, puis, sous l’emprise du Candyman, transfigurée petit à petit, entrant, bien contre son gré dans un monde de cauchemars éternels. Encore une fois, à l’inverse des habituelles Scream Queens, la Madsen nous la joue tout en retenue. En présence du Candyman, aucun cri ne sort de sa gorge ; une étrange torpeur s’empare d’elle comme si son futur bourreau lui prenait la main pour l’entrainer dans son monde fait de murmures et de chuchotements. Bernard Rose a d’ailleurs fait appel, lors du tournage, à un hypnotiseur chargé de mettre en condition l’actrice juste avant ses scènes. Quand vous reverrez le film (parce que vous allez le revoir !), soyez attentif à son expression langoureuse d’abandon total lorsqu’elle se retrouve dans les bras de Tony Todd. Troublant.

Un autre fanart plutôt sympathique

Pour l’anecdote, citons le jeunot Ted Raimi (le frère de Sam) qui apparait dans la séquence de début et Xander Berkeley (Trevor, le mari infidèle d’Helen) qui deviendra quelques années plus tard un personnage clé de la série 24h Chrono.

Avec Midnight Meat Train de Ryuhei Kitamura, Candyman est sans doute l’adaptation la plus réussie d’un texte de Clive Barker et ma seule ambition, en rédigeant cette bafouille, était de vous donner l’envie de revoir –et de voir pour certains– l’un des plus beaux films d’épouvante modernes… avant d’être contaminé par son remake !

C’est tout pour aujourd’hui, les petits gars. Rompez !

Candyman (1992) réalisé Bernard Rose. Avec Virginia Madsen, Xander Berkeley, Tony Todd, Kasi Lemmons.

Nick Mothra
Gamin, je me pâmais d’admiration devant les figurines de « La Planète des Singes », revivant à travers mes dessins et mes maquillages « maison » les destinées tragiques de Zira et Cornelius. Plus tard, tel le Docteur Moreau, je charcutai un vieil ours en peluche et en faisais une honorable copie de gorille. J’avais alors découvert King Kong, le seul l’unique de 1933. Par la suite, les marges de mes cahiers d’école se remplirent successivement de requins mangeurs d’hommes (après la vision de « Jaws »), de morts-vivants (suite à la diffusion d’un extrait de « l’Enfer des Zombies » à la télé), de dinosaures de tous poils (de toutes écailles plutôt), de Godzilla et encore de zombies… Et… Et… Bref, le cinéma fantastique a forgé mes goûts et jalonné ma vie… Et ça continue, aujourd’hui encore.
Nick Mothra on Facebook

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *