VIGILANTE

Vivant paisiblement à New York à même une petite maison auprès de sa femme et son jeune fils, Eddie Marino est un modeste électricien qui, tant bien que mal, tente de substituer aux besoins de sa tribu. Alors au pub en compagnie d’une poignée d’amis tenant dès lors des allégations et prises de position auxquels le pacifique papa n’adhère pas vraiment, faisant référence notamment à l’auto-justice, l’épouse et le bambin du besogneux réparateur vont être agressés par une bande de crapules brutalisant la mère et laissant le gosse sur le carreau. Envoyé 30 jours en cabane pour outrage à magistrat – dû à un juge corrompu qui ne sanctionna l’un des voyous qu’à seulement 2 ans de prison avec sursit – Marino va désormais rejoindre ses potes composant le groupe de vigilante avec l’intention de se venger lui-même…

Quasiment 10 ans suite aux premiers pruneaux balancés par Charles Bronson dans l’optique d’éradiquer la faune urbaine parasitaire, William Lustig va s’essayer lui aussi à ce genre popularisé par le film de Michael Winner. Principe et trame approximativement similaire, mais qui va s’avérer méchamment plus efficace. Dès la séquence d’ouverture, via laquelle nous découvrons un Fred Williamson vindicatif tenant un discours de déclaration de guerre aux malfrats et autres saloperies qui hantent les rues de la grosse pomme devant une mini assemblée de gus n’osant piper le moindre mot, le ton est rapidement donné. Nous ne sommes pas là pour rigoler, et ça risque de chier sévère à l’égard de la racaille. Bien avant que le pauvre Eddie ne puisse constater l’anéantissement de ce qui est primordial à ses yeux, l’argumentation tenue par ses hommes qui ne supportent pas de laisser leur ville à la vermine fait état d’un constat qui, mine de rien et en forçant un chouia le trait, n’est plus que jamais d’actualité. Si au sein de l’oeuvre du réalisateur de Maniac cop on appuie lourdement sur la passivité de forces de l’ordre ne disposant de pratiquement aucun moyen afin de lutter contre la criminalité, mais surtout que l’on pointe allègrement du doigt un système pourri et gangrené, on se dit que sensiblement 4 décennies après les choses n’ont guère changées. On sociabilise et stigmatise les faits maintenant, c’est tout. Même si en soit tu pulvérises quelques pressions de bombes senteur florale pour faire style de masquer l’odeur, si tu ne grattes pas un peu la merde à la brosse sur la surface des chiottes c’est fort probable que tu ne la décolle pas et qu’elle s’imprègne durablement. Triste état de fait.

Par le biais de son métrage, le gros Bill va même s’offrir le luxe de pousser à son paroxysme la démence de la vague déferlante de violence orchestré par les scélérats qui bouleverseront irrévocablement la vie d’un honnête travailleur croyant, encore avant cet acte odieux, aux valeurs prônées grâce à l’American Dream. Si elle scintille de mille feux, les dessous de la bannière étoilés ne sont guère reluisants. Les gars vont aller jusqu’à faire sauter la tête d’un môme, agissement hautement symbolique qui caractérise que l’innocence même n’a dorénavant plus véritablement sa place au milieu d’un monde qui se délecte à s’autodétruire. Consternant.

Équipé sauvage menée de main de maître par un Fred Williamson au top de sa forme, Vigilante se distingue surtout par un casting qui sied admirablement au périple proposé. Robert Forster (Abdul dans Delta force) en est touchant de justesse sous les traits d’un Eddie Marino qui semble un peu paumé. Rutanya Alda, inoubliable mère de famille torturée du génial Amityville 2, endosse parfaitement le rôle de la victime dont les blessures ne cicatriseront jamais ; et puis quelques seconds couteaux bien connu de la série B tel que Woody Strode ou Joe Spinell viennent donner encore davantage de cachet à cette péloche. Et du cachet, la pépite de Lustig n’en manque pas. On serait presque nostalgique à la vision de cette mégalopole des années 80 grouillant de vaurien et dont les trottoirs sont aussi sales que les têtes pensantes qui tirent les ficelles de tout ce joyeux bordel. Plaisir également de voir des mecs, des vrais, gonflés à bloc par la testostérone. Loin des parodies avatar du mâle actuel arborant barbe de djihadiste à la Olivier Giroud, jean taille slim remontant au dessus des chevilles et s’épilant les couilles tous les 2 jours. Y a pas, c’était quand même mieux avant…

Sempiternelle question que se pose ce genre de métrage, à savoir si se faire justice soit même est la solution au préjudice subi, là où les autorités compétentes ne peuvent – et ne savent – même plus sanctionner à juste titre, chacun y trouvera sa réponse. Mais quoi qu’il advienne, nous emporterons avec nous le souvenir d’une série B monstrueuse faisant office de deuxième merveille incontournable au cœur de la filmo du grand Lustig.

VIGILANTE

William Lustig – Etats-Unis – 1983

Avec Robert Forster, Fred Williamson, Richard Bright, Rutanya Alda, Don Blakely, Joseph Carberry, Willie Colón, Joe Spinell, Woody Strode…

Tom
Né à l'aube des glorieuses 80' à même la moquette de l'arrière-salle d'un vidéoclub, c'est par le biais de nos mythiques VHS que j'ai eu mes premiers émois cinématographiques. Amateur de péloches italiennes bien saignantes, grand fan devant l'éternel de Lamberto Bava et féru de ciné de genre US, le bis (mais pas que...) est pour moi une addiction dont je ne souhaite me défaire.Je vous contamine ?

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